‹ Le comte de FrontenacChapitre 180 sur 358 · Charlevoix, I, 478, — et la carte, p · texte numérisé non relu

Charlevoix, I, 478, — et la carte, p

3. Douniol, II, 46, 229. — Cf. Frontenac à Colbert, 13 nov. 1673. Ar. il étr., F. Amérique, V, 350.

4. Ar. col., C. G. Can., V, 254. — Charles II date son règne du jour l'exécution de son père.

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du Lhut était à Québec, descendant de sa grande exploration; il dut signaler la richesse des territoires de chasse où s approvisionnaient les Anglais de la baie d'Hudson, et, bientôt, une Compapie dite du Nord fut constituée pour leur enlever ce commerce*. On eut le tort de confier le commandement de l'entreprise aux deux aventuriers qui avaient jadis conduit les Anglais, quoique leur double trahison dût éveiller quelque méfiance; Frontenac u'était point favorable à cette expédition : si Radisson, disait-il, demeure près du Saint-Laurent, il détournera la traite de Tadoussac ; s'il va plus loin, il s'expose à des collisions avec les Anglais; et le gouverneur général ne semble pas avoir grande confiance, en ce cas, dans la fidélité des chefs ; il refusa donc son concours '.

Le départ eut lieu pourtant en juin 1682; Radisson et des Groseillers avaient avec eux quelques habitants et marchands, Chanjon, Guiton, Sorel, La Chesnaye, vingt-neuf hommes d'équipage divisés en deux barques, des vivres et des marchandises de traite. Arrivés au fond de la baie, ils y rencontrèrent un forban anglais qui, n'ayant point de commission, se serait joint à eux par crainte des vaisseaux de la Compagnie; leur conduite est dès lors assez peu claire; ils n'osèrent pas attaquer les forts anglais, qu'ils trouvaient trop bien défendus; ils se contentèrent d'un petit poste d'hivernage, près de la rivière Nelson, puis firent la traite, pendant l'été de 1683, probablement d'accord avec les Anglais qui se trouvaient leurs voisins; ils revinrent à Québec en octobre, accompagnés toujours du forban anglais, leur associé plutôt que leur prisonnier, et rapportant une cargaison de pelleteries. Mais la Compagnie n'approuva point leurs manières d'agir, et les deux aventuriers passèrent encore à nos rivaux; La Barre, alors gouverneur de la Nouvelle-France, renvoya la barque anglaise, de peur de mécontenter ses voisins de la côte Atlantique'. Cette expédition aurait pu donner des résultats, si la direction en avait été plus sûre, et si, lorsque les Français revinrent à Québec, le gouverneur avait été plus capable que La Barre d'apprécier la valeur de la baie d'Hudson; le rapport du voyage indique qu'il est aisé de soutenir le poste français établi sur la baie par le lac

i. Charlevoix, loc. cil. — Cf. Suite, V, 97. — Le récit original est aux Ar. col., M. S. M., Mém,, 94 ss.

2. Extraits des lettres de Frontenac pour 1681, Ar. col., C. G. Can., VI, 50

3. Voir sa lettre au ministre, du 3 nov. 1683. Ar. col., C. G.. Can., VI, 138*

AlempigOD, où du Lhut a une station; et Frontenac, quoique d'abord hostile à Tentreprise, fût sans doute alors revenu de ses préventions : des magasins anglais, bloqués par les glaces pendant au moins huit mois de Tannée, n'auraient pu se maintenir si l'intérieur du pays avait été, de proche en proche, assuré à la domination française. Frontenac, lors de son second gouvernement, ne négligera pas la baie d'Hudson, mais l'incurie de son premier successeur va permettre aux Anglais, pendant quelque temps, de prendre l'avance et de diminuer, de tout le traQc qu'ils feront à la baie, le commerce de la Nouvelle-France avec les indigènes.

L'AcadieS dont Talon voulait faire le bastion avancé du Canada vers l'Europe, avait été longtemps négligée; au début du gouvernement de Frontenac, les quelques habitants qui s'y étaient fixés n'étaient protégés que par deux fortins : l'un, dit Gémésie, près de la rivière Saint-Jean; l'autre, Pentagoet ou Penobscot, plus au sud; en 1673, M. de Chambly fut nommé gouverneur de ce dernier poste. C'était un bon officier dont Frontenac faisait grand cas; à sa suite, le P. Pierron, Jésuite, était allé fonder une mission en Acadie '. Aucun chemin permanent ne reliant encore l'Acadie au Canada, ces petites stations étaient à la merci d'un coup de main, et les pirates de la Nouvelle-Angleterre, les flibustiers même de Saint-Domingue trouvaient en ces quelques habitations françaises, perdues loin de tout secours, un butin facile et sûr. Le 10 août 1674, le fort Pentagoet fut pris en trahison par des Anglais de Boston, auxquels s'était joint un corsaire hollandais ; comme les deux couronnes de France et d'Angleterre étaient en paix, Chambly ne s'était point prémuni contre une attaque de ce genre; il fut fait prisonnier et emmené à Boston; le poste de la rivière Saint-Jean fut également enlevé, et l'Acadie resta privée de toute défense. Nous possédons une lettre de Frontenac, datée de Québec, 25 mai 1675, et qui est probablement adressée au gouverneur du Massachusetts ' ; la violation du droit des gens

1. Voir Charlevoix, l, 449 ss. — Le nom d'Acadie était alors appliqué non seulement à la presqu'île qui est aujourd'hui la Nouvelle-Ecosse, mais encore au littoral occidental de la baie de Fundy.

2. Frontenac à Colbert, 13 nov. 1673. Ar. AIT. étr., F. Amérique, V, 350.

3. Coll. of the Massachusetts Hisl, Soc, Boston. Réimp. 1846. Série III, vol.

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dont Chambly a été victime est dénoncée en termes assez vifs; Frontenac ajoute qu'il a envoyé à Boston un représentant porteur d'une rançon pour délivrer cet officier, et qu'il n'en a point reçu de nouvelles ; il dépêche un second ambassadeur, Normanville, accompagné d'un de ses gardes, et compte sur une réponse prochaine; il est prêt à vivre en bons termes avec ses voisins, mais il entend qu'on en use de même à son égard.

Chambly fut certainement élargi et put repasser en France, puisque, dans une lettre de mai 1676 à Demuin S intendant de Rochefort, Colbert le désigne comme s'embarquant pour aller de nouveau commander en Acadie, prie qu'on lui facilite la traversée, et lui fait adjoindre cent habitants avec trente soldats. Il est donc évident que, dans l'intervalle, l'Acadie avait été restituée à la France, peut-être par un simple désaveu des corsaires qui l'avaient pillée. Charlevoix place à cette époque la création d'une petite bourgade au Port-Royal, qui devint dès lors la capitale du gouvernement de l'Acadie; en septembre 1676, une seigneurie nouvelle, appelée Beaubassin, fut concédée à La Vallière, sur l'isthme qui joint au Canada l'Acadie proprement dite; en quelques mois, les défrichements s'étendirent autour de ce point, et une compagnie de pèche y fut formée ; un autre poste, celui des Mines, fut établi sur la côte orientale de la baie de Fundy ; on y commença l'exploitation des gisements de houille qui font aujourd'hui la richesse de la Nouvelle-Ecosse. Chambly venait alors de quitter l'Acadie pour aller commander la Grenade, aux Antilles, et Frontenac envoya une commission à La Vallière pour le remplacer; de nouveau, en 1679 ou 1680, des flibustiers vinrent insulter nos établissements, conduits sans doute, comme cinq ans plus tôt, par des pilotes de Boston*. D'autres, quelque temps après, pillaient le Cap Breton et le havre de la Baleine, où s'était échoué un vaisseau de la ferme. Dans des lettres de 1681, Frontenac représentait à la cour qu'il était nécessaire de renforcer Pentagoet, pour empêcher les Anglais de pêcher sur nos côtes'; La Valllière faisait bien de son mieux, mais il n'avait pas assez d'hommes. D'autre part, le gouverneur général se plaignait directement à

i. Clément, IIP, 609. —Cf. Charlevoix, I, 462.

2. Ar. col., Ac, 1, 148, 150, 177. — Voir Charlevoix, I, 462-63. — Suite, VI, 4. -^ Rameau, op. cit., 149, 158.

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