‹ Le comte de FrontenacChapitre 181 sur 358 · Ar. col., G. G. Gan., VI · texte numérisé non relu

Ar. col., G. G. Gan., VI

Boston; au mois d'octobre 1682, le Conseil de cette colonie s sembla sous la présidence du gouverneur, Symon Bradstreet, j délibérer sur ces doléances : Frontenac et La Vallière accusa des corsaires partant de Boston de venir dans les eaux ou sui territoires appartenant aux Français prendre du poisson ou enl du charbon ^ ; sans doute les ofGciers français avaient parlé car le Conseil de Boston admit leurs réclamations, et prit mesures « pour le maintien des bonnes relations avec ses voi du Canada et de TAcadie ».

Cette dernière possession avait de grands avantages : le p; beaucoup plus tempéré que le Canada, produisait des fruits abondance; la mer y était libre toute Tannée, mais pour y £ de Québec, les routes manquaient; le chemin commencé par Tî était abandonné; aussi, quoique la distance directe fût sculen de quatre-vingts lieues, il fallait faire par mer un détour de qu cents, si l'on ne voulait s'avancer à travers bois, comme les î vages*. Frontenac manquait de ressources pour ouvrir, e Québec et la côte d'Acadie, une voie qui eût mis Pentagot huit jours de nos vieux établissements et facilité l'action franc sur les indigènes de ces régions; il était donc forcé de reco aux missionnaires et aux quelques habitants du pays, pour f surveiller de ce côté la frontière anglaise. Les Relations des Jésu indiquent que les hostilités étaient presque continuelles entre Abénaquis et les colons anglais; ceux-ci, d'abord, méprisa des sauvages dont ils pensaient avoir facilement raison, mai durent bientôt en rabattre; un jour, un parti de quatre c Européens qui allaient punir des Abénaquis de quelque pilj fut presque anéanti : moins de dix hommes échappèrent; ç là, des bandes d'indigènes détruisaient les récoltes ou 1 laient les maisons; puis, s'ils craignaient une vengeance, venaient se réfugier dans les bourgades françaises, à Trois-Ri vie à Sillery, près de Québec. En 1G77, le P. Morain se trouvani mission chez les Etchemins et les Gaspésiens, du côté de Pe; goet, constatait combien toutes ces tribus sont d'accord coi les Anglais; sa tentative était nouvelle, car le P. Pierron, qui a

1. CeUe délibération est publiée dams Records of Massachusetts, Boston, — V, 373.

2. Lettres des intendants Duchesneau et MeuUes, 1681-83. Ar. col.,C.G. ( V, 318, et VI, 191.

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sollicité de ses supérieurs, dès 1674, l'autorisation de se fixer parmi ces peuples, dont il connaissait la langue, en avait été dissuadé par le P. Dablon et s'était retiré aux Iroquois; pourtant il avait pu, sous un déguisement, pousser une reconnaissance jusqu'à Boston même *. Les Abénaquis et leurs voisins d'Acadie furent dès lors pour les Français des auxiliaires d'avant -postes, comme pouvaient l'être pour les Anglais les Iroquois et spécialement la plus orientale de leurs tribus, les Agniers ou Mohawks.

Quel que fût, en Europe, Tétat des relations entre les couronnes de France et d'Angleterre, les sujets des deux rois, en Amérique, étaient naturellement ennemis, car leurs intérêts étaient rivaux : il s'agissait de capter, par l'intermédiaire des Iroquois, le commerce du haut pays; aussi Dongan, gouverneur de New- York, ne cessait-il de faire des avances aux chefs iroquois; il leur donnait des armes et des vêtements à meilleur marché qu'on ne le faisait au Canada, k cause des exigences de la compagnie fermière des pelleteries*; par les Iroquois, les produits anglais pénétraient jusque chez les Outaouais, et c'est pour empêcher ce commerce que Frontenac proposait, en 1681, d'établir au pays des Agniers un fort que commanderait Saint-Ours, officier connaissant très bien la région*. Un jour que le gouverneur général, causant à Québec avec un habitant du Maine, blâmait Dongan de fournir des fusils aux sauvages contre les Français, son interlocuteur, nommé Davis, ripostait que les colons de New-York étaient seuls responsables, car ceux de Boston restaient exactement neutres. Frontenac n'admettait point cette excuse trop commode, disant que Boston et New- York sont une même nation *.

Cependant New- York était, de ces deux colonies, la plus redoutable, parce qu'elle pouvait en se développant couper les communications de la Nouvelle-France avec le haut pays; elle recevait souvent des déserteurs français, comme ce Guillaume David, dont parle une lettre de Sorel, qui avait quitté les bords du lac Champlain pour les territoires anglais avec sa fille, son gendre et plusieurs petits enfants '. Les Bostonnais, pécheurs, pirates

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