‹ Le comte de FrontenacChapitre 219 sur 358 · Mém. cité sur les guerres canadiennes · texte numérisé non relu

Mém. cité sur les guerres canadiennes

au-devant de ses enfants, pour planter de nouveau l'arbre de la paix ; la Grande-Gueule répondit que Tintention bien claire des Français avait été la guerre, et que maintenant, se sentant trop faibles pour y donner suite, ils se faisaient plus modestes; il refusa d'abord toute réparation pour les canots pillés, et revendiqua rentière liberté des Cinq-Nations contre les Illinois; à la fin, voyant que La Barre cédait sur ce dernier point, le plus important, il admit le principe d'une indemnité pour les dommages faits aux Français; La Barre obtint encore que, dans leui lutte contre les Illinois, les Tsonnontouans s'efforceraient de dis-

tinguer les Français, pour les épargner. Ce n'étaient là que des paroles; il fallut bien que La Barre s'en contentât, car, malgn l'attitude assez fîère qu'il avait adoptée au début des pourparlers, il était hors d'état d'attaquer les Iroquois, voire de leur résister, s'ils l'attaquaient eux-mêmes; comme par une dernière ironie, h Grande-Gueule convia quelques officiers français à un festin mèh de danses, qu'il donna près de leur camp; il semblait vraiment^V^ t que, sur ce sol iroquois où ils avaient voulu débarquer en maîtres^^^ f les Français n'étaient plus que des invités. La Barre, cette pai: malheureuse signée, regagna rapidement le fort Frontenac, puii Québec; l'armée le suivit, par petites étapes, perdant tous leî jours quelques hommes : quatre-vingts moururent à Montréal *.

Chemin faisant, La Barre avait envoyé vers Niagara l'avis qu( la paix était faite et l'ordre aux contingents auxiliaires d( regagner le haut pays. Perrot, La Durantaye, du Lhut avaient — enfin, péniblement, accompli la mission dont le gouverneur lessavait d'abord chargés, et La Durantaye s'était mis à la tète du corps de troupes assemblé à Michillimackinac, au nombre d^ deux cents Français et six cents sauvages; il avait fallu, pour^ décider ces derniers, leur promettre qu'ils seraient largement^ ravitaillés par les soins d'Onontio. Nicolas Perrot n'aurait pa£F voulu leur donner des assurances fermes; il le fit pourtant, sui^ l'ordre formel de La Durantaye, et les sauvages de son territoire^ Outagamis, Renards, commencèrent à construire des barques pour descendre vers l'Ontario; le 29 juillet, on quittait Michilli^ mackinac pour Niagara. On y fût arrivé à temps pour se joindra

1. Mémoires sur l'expédition. — Lettres des adrainistraieurs. Ar. col., C. G-^ Can., VI, et M. S. M., Afém.— La Honlan, Lettre VII. — La Potherie,!!, i638S.ii^

aux troupes de La Barre, si les Français avaient été seuls ; mais Jes chefs ne pouvaient obtenir des indigènes une marche régulière; sans cesse, des bandes s'écartaient pour la chasse, et Ton devait perdre du temps pour les rallier; le moindre incident raniiniait toutes les incertitudes : un sauvage ayant par maladresse t.uê son frère qui chassait avec lui, toute la colonne s'arrêta, ff^rappée par ce mauvais présage ; Perrot dut traiter de lâches ses c^oropagnons indigènes pour les décider à reprendre leur route. On arriva donc à Niagara fort en retard, au commencement de septembre, alors que déjà La Barre campait à la Famine. Rien Ji*avait été préparé pour recevoir les troupes, point de barques chargées de vivres et de fusils, comme La Durantaye Tavait fait imprudemment annoncer; pas même un canot qui portât des instructions aux chefs de la petite armée.

Parmi les sauvages, Tirritation fut à son comble; la plupart criaient à la trahison; d'autres, pour montrer jusqu'au bout qu'ils n'étaient point des lâches, parlaient de marcher aussitôt coutre les Tsonnontouans, ce dont les Français, considérant leur petit nombre, se souciaient fort peu. La Durantaye eût préféré gagner le fort Frontenac, qui eût offert sans doute quelques ressources et, en tout cas, un abri. Perrot, avec sa grande connaissaace des sauvages, trouva la solution; pensant avec raison que la plupart des indigènes ne voulaient point se battre, il alla trouver les principaux, un par un, pour s'assurer de leurs dispositions, puis il fît déclarer que les Français abandonnaient désormais aux commandants des alliés la direction de leurs hommes : il était bien juste qu'on leur donnât cette compensation, puisqu'ils pouvaient croire qu'on les avait sciemment trompés en leur promettant les ravitaillements qu'ils attendaient encore. Libres de leur itinéraire, presque tous les guerriers se préparèrent à retourner dans leur pays; à peine une trentaine d'entêtés partirent-ils à la découverte du côté du sud, vers les Iroquois; ils rencontrèrent bientôt la barque qui apportait du fort Frontenac la nouvelle de la paix. Ce fut une indignation générale parmi les indigènes qui ne s'étaient point dispersés encore. Les Outaouais du Saut étaient de tous les plus excités, et ** vomissaient mille injures contre les Français » ; La Durantaye et ï^errot les calmèrent cependant et même décidèrent quelques-uns Centre eux à se rendre à Montréal pour y entretenir le gouver-

neur général. Mais le mécontentement et le mépris des indigènes, ainsi dérangés de leurs chasses ordinaires pour une campagne sans combat, poursuivirent les Français dans le haut pays, où leur situation devint très difficile \

L'expédition de La Barre fut très sévèrement jugée, au Canada même; les uns lui reprochaient d'avoir inquiété sans profit les Iroquois et les nations des Lacs, Nicolas Perrot par exemple, qui eut de la peine à reconquérir sur ces populations son ancienne autorité; d'après lui, les ecclésiastiques et les marchands qui avaient fait décider la guerre s'imaginaient que, « sitôt que le Français viendrait à paraître, Tlroquois lui demanderait miséricorde; qu'il serait facile d'établir des magasins, de construire des barques dans le lac Ontario et dans celui des Outaouais et que c'était un moyen de trouver des richesses * ». D'autres, et c'est le plus grand nombre, blâmaient l'indécision dont La Barre avàil fait preuve. Le gouverneur, écrit l'intendant Meulles, avait en mains tous les éléments d'une prompte victoire; mais il s'attarda partout, douze jours à Montréal, quinze au fort Frontenac, autant à la Famine. Les nécessités de la lutte ne l'avaient pas empêché d'envoyer à la baie d'Hudson, en plein mois de juillet, un vaisseau monté par trente à quarante jeunes gens, qui auraient rendu plus de services dans l'armée : c'est que le gouverneur, esclave d'intérêts particuliers, n'a jamais donné à son expédition le caractère de franchise qui en eût assuré le succès; il a signé la paix comme il avait résolu la guerre, sans consulter personne que q uelques marchands, il a dépensé sans utilité plus de 45 000 livres, dont lui seul devra compte au roi *. Il parait d'ailleurs que parmi les plus acharnés contre le gouverneur, il y eut « des personnes dont il avait suivi l'avis en entreprenant cette marche qui écrivirent à la Cour contre lui et mandèrent qu'il n'était plus capable de faire la guerre* ». Seul peut-être, le P. de Lamberville félicita La Barre de la paix; les Iroquois, dit-il dans une lettre du 9 octobre i()84, avaient fortifié leurs villages de palissades; ils y auraient laissé trois cents hommes, pour aller, au nombre de douze cents

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