‹ Le comte de FrontenacChapitre 220 sur 358 · Perrot, p · texte numérisé non relu

Perrot, p

guerriers, harceler les Français, « leur tirer aux jambes », et torturer leurs prisonniers; ils avaient des canots prêts pour mener la poursuite jusqu'à Montréal. La Barre fit donc bien de traiter, car prolonger la campagne eût été dangereux pour toute la colonie *.

La Cour n'avait guère encouragé les intentions belliqueuses de LaBarre; puisque des Français ont été pillés, disait le ministre, la guerre est légitime, mais il faut la terminer vite, pour ménager le pays ; cependant le roi préparera des troupes, et sollicitera du duc d*York des instructions formelles pour ses agents en Amérique '. La Barre demandait sept à huit cents hommes, on lui en envoya trois cents, que le vaisseau YEmenllon débarquait à Québec au moment où le gouverneur revenait de sa triste expédition. Comme si le roi se déûait de son représentant, il avait conféré des pouvoirs spéciaux aux officiers commandant ces troupes, Desnos et de Montortier. L'intendant avait, de son côté, sollicité renvoi d'une flottille qui pourrait hiverner dans le Saint- Laurent. La Cour ne donna pas suite à cette idée; elle estimait les renforts de fantassins suffisants pour détruire entièrement les Iroquois, et recommandait de faire prisonniers un grand nombre de ces sauvages pour les galères de France ^. Les lettres par lesquelles LaBarre racontait au roi son expédition étaient peu feites pour rétablir sa réputation auprès du ministre; le gouverneur ne s'accusait-il pas gravement lui-même, lorsqu'il parlait de i'insolence de Dongan, faisant planter les armes du duc d'York dans les bourgs iroquois, « alors que lui-même en était à six iieues, après avoir marché plus de deux cents pour y arriver »? Des annotations en marge d'une lettre de Meulles prouvent que, dès la réception de ce courrier, le rappel de La Barre et la nomination de Denonville, son successeur, étaient décidés. « 11 joue de son reste, écrivait alors l'intendant; il est plus dangereux pour le Canada que les Iroquois mêmes *. » Sa révocation lui fut signifiée doucement : le roi parlait des fatigues de Tàge, sans rien ajouter de désobligeant pour la guerre si mal conduite. Dans une lettre à

i. Ar. col., C. G. Can., VI, 545. — La Potlieric, III, 57, approuve aussi la

2. Lettres du 31 juillet 1684. Ar. col., C. G. Can., VI, 289, 323.

Page 1