Ar. col., C. G. Can., IX
2. Lettre de Denonville du 8 juin 1687. — Perrot, La Potherie, loc. cit." La Hontan, I, 96.
3. Mandement du 24 avril 1687. — Déclaration du 3 mai. Ar. col., M. S.M^
LA GUERRE IROQUOISB 331
j haut pays, ils montaient à cent soixante-dix Français et trois nts sauvages. C'étaient donc environ deux mille cinq cents »mmes que Denonville conduisait contre les Tsonnontouans. Les Dupes du roi formaient quatre compagnies, sous d'Orvilliers, int-Cirque, de Troyes et Valrennes, tous aux ordres de Vaueuil; Gallières avait le commandement général des milices, visées aussi en quatre groupes, sous Berthier, La Yaltrie, Grandie et Lemoine de Longueil *.
Quelque soin que Ton prît de dissimuler l'objet véritable de s préparatifs, il était impossible que les Iroquois n'en fussent »int inquiets; d'après Denonville, c'est Dongan, informé de nos ans par des déserteurs, qui les aurait avertis de la date proible de l'attaque, et les Iroquois se seraient empressés de rapîler un fort parti de six cents hommes, envoyés en guerre »ntre les Miamis. Les Français étaient donc attendus, et même, ir la fin du printemps, des négociations avaient été engagées mr éviter la lutte; les Onnontagués, partisans de la paix selon ur habitude, avaient essayé de s'entremettre, comme naguère i 1684, et c'est encore leur même représentant, Ouréouhati, sieur de la Grande-Gueule », qui s'était chargé de porter la irole en leur nom. Pendant toute l'année 1686, ils venaient au rt Frontenac où commandait alors d'Orvilliers; ils y traitaient 'ec les Français et les sauvages. La guerre n'allait-elle pas trouer des relations que l'empressement des Onnontngués rendait rtainement profitables? S'imposait-elle impérieusement, comme crovait Denonville?
Pour donner jusqu'au dernier moment le change sur ses inten- 3ns, le gouverneur avait convié les chefs iroquois à une grande union qui devait se tenir au fort Frontenac; le frère cadet du . de Lamberville était descendu à Montréal, sous prétexte de i porter des nouvelles; en réalité, Denonville, jugeant inutile exposer ce missionnaire aux vengeances des Tsonnontouans, avait rappelé dans les établissements français et l'y garda; seul, ar conséquent, le P. de Lamberville aîné demeurait chez les
i. Lettres de Denonville, 8 juin, 25 aoiU, oct. 1687. Ar. col.. M. S. M., Mém,, U, 228, et C. G. Can., IX. 100. — La Uontan, 1, 90. — Cf. Suite, V, 135. — Le mémoire des guerres de 1082-1712, dont l'auteur dit avoir pris part à pluîeurs des expéditions de cette époque (baie d'Hudson, 1686; lac Ontario, ^87), évalue l'armée de Denonville à trois mille hommes (M. S. M., Mém.t 103).
Iroquois. On était alors au début de juin, tout était prêt pour la guerre; les administrateurs voulurent frapper les ennemis de terreur avant de commencer la campagne proprement dite. L'intendant Champigny, successeur de Meulies, monta au fort Frontenac pour achever la concentration des provisions nécessaires; précisément alors plusieurs chefs iroquois, dociles à l'invitation du gouverneur comme aux exhortations du P. de Lamberville, arrivaient de leur côté. Champigny, quand il les vit tous réunis, leur offrit un grand festin; puis, pendant le repas, les faisant cerner brusquement par les soldats du poste et les ouvriers qu'il avait amenés, il s'assura de leurs personnes; faute de prison, ces malheureux furent attachés à des arbres; leurs femmes, qui les avaient accompagnés, reçurent la permission de leur donner à manger, mais sans les délier. Les prisonniers surpris ainsi s'attendaient à la mort; ils chantaient à pleine voix leurs chansons de guerre, pour défier les Français; ils accablaient d'insultes l'intendant assez lâche pour les avoir attirés dans un pareil guetapens; quelques-uns rappelaient les services rendus, les déserteurs arrêtés, le fort ravitaillé; rien ne put fléchir Champigny; le roi lui avait recommandé de prendre le plus grand nombr possible d'iroquois pour les galères; un bon intendant ne discu pas les instructions du roi *.
Or aucune félonie n'eût été plus impolitique que celle don Champigny venait de se rendre coupable. La plupart des Iroquoi arrêtés appartenaient aux tribus amies; c'étaient des Onnontagué ou des habitants du Kcnté et de Ganéoussé, villages du nord d l'Ontario voisins du fort Frontenac, dont jamais nous n'avion été les ennemis. La présence même des femmes parmi les sau vages indique qu'ils pensaient venir en traite, comme ils e avaient coutume, et qu'ils n'appréhendaient aucune surprise Frontenac, La Barre lui-même les avaient habitués à de meilleu procédés. La première victime de la déloyauté de Champigny fu le P. Millet, Jésuite, qui tomba quelques jours après aux main des Oneiouts; on le tortura cruellement et, sans doute, on 1* ensuite brûlé, sans l'intervention « d'une matrone, qui l'adop le retira dans sa cabane, et le traita bien ». Le P. de Lambervil
1. Mémoire des guerres de 1682-1712. Ar. col., M. 8. M., Mém, 100 H. La Hontan, 1, 92. — Charlevoix, 1, S09.
dut à l'autorité personnelle qu'il avait acquise de n'être point massacré par les Onnontagués; convoqué devant le conseil des anciens, dès qu'arriva la nouvelle des incidents du fort Frontenac, il redoutait la juste colère des indigènes; ils l'épargnèrent pourtant : c( Nous te connaissons trop, lui dirent-ils, pour n'être point persuadés que ton cœur n'a pas eu de part à la trahison que tu nous as faite. » Cependant, comme des jeunes gens du canton pouvaient être moins généreux que leurs anciens, ceux-ci prièrent le Père, pour sa sûreté, de quitter leur pays et lui donnèrent des guides jusqu'à ce qu'il fût hors de danger. Il se réfugia quelque temps au fort Frontenac, et certainement les Onnontagués ne lui gardèrent pas rancune, puisque, dès l'année 1688, nous le '•etrouvons employé par Denonville pour négocier avec ces sauvages, et sachant se faire écouter d'eux *.
Les prisonniers îroquois étaient toujours retenus au fort Frontenac, lorsque le 1" juillet 1687, l'armée canadiennne arriva, ^«us les ordres de Denonville. La ilontan, qui faisait partie de l'* expédition, ne put se défendre d'un sentiment de pitié à la vue ^e ces pauvres gens; des indigènes, auxiliaires des Français, (Prenaient plaisir à les torturer et spécialement à leur brûler le ft^out des doigts dans des pipes. Un jour que La Hontan, indigné e celte cruauté, s'était jeté sur un allié pour mettre fin au suplice d'un Iroquois, il reçut un blâme et fut puni d'arrêts dans tente : la politique indigène obligeait parfois les gouverneurs sacriGer quelques victimes à la férocité des sauvages, et ce te'était pas à la veille d'une campagne qu'il fallait montrer pour les Iroquois une humanité qui eût passé pour faiblesse; on fit donc courir le bruit, dans le camp, que La Hontan était ivre ^uand il était intervenu. Bien vite après, l'armée traversa le lac pour joindre les contingents du haut pays et débarquer chez les Tsonnontouans; les captifs, brutalement séparés de leurs familles, furent acheminés sur Québec, puis sur la France; c'étaient à peu ^rès les seuls prisonniers que l'on dût faire car, pendant la campagne, les Tsonnontouans restèrent insaisissables ou vendirent chèrement leur vie '.
Toute l'armée française, dans les premiers jours de juillet 1687,
i. Charlevoix, I, 510, 526.
2. La Hontan, I, 92. — Sur la difaculté de faire des prisonniers, lettre de Denonville, 8 juin 1687.
était réunie sur la rive méridionale du lac Ontario ; la n'avait pas été inquiétée par des partis ennemis, mais sage des rapides, en pleine fougue à cette saison, plus cents habitants ou soldats avaient été estropiés. Denonvi résolu à ne point laisser traîner la csimpagne, persuadé lenteur de La Barre avait été Tune des causes principales échec; dans sa lettre du 8 juin k la Cour, il assurait aucune envie de faire durer la guerre plus qu'il n'était bes « le métier est rude de marcher à pied dans les bois, d( soi-même ses vivres dans un havresac, être mangé des gouins, et n'avoir pas plus de douceurs qu'un simple sold gouverneur, malgré sa fatigue, paya bravement de sa pei avant de s'engager dans le pays des Tsonnontouans, il fit bord du lac quelques forlications en terre, où il laissa d'O avec quatre cents hommes pour garder les canots. Puis sa ligne de retraite, il commanda le départ.
Les sauvages alliés et des coureurs de bois formaient garde; mais, dans ce pays où les rivières coulent souvei des berges rapides, dans d'étroits défilés, il eût été née pour prévenir toute surprise, de développer les éclaire une ligne beaucoup plus étendue que le front de l'arm^ d'explorer en même temps les fonds et les plateaux hoisés dominent. Cette précaution fut sans doute négligée, car garde donna dans une embuscade, à une petite distance du premier village des Tsonnontouans (13 juillet) : hui Iroquois bondissant de la haute brousse sous laquelle ils tapis, déchargent leurs armes et se jettent, l'épée en m les coureurs de bois des premiers rangs; quelques-uns détour essaient de prendre l'avant-garde à revers pour la des autres troupes qui étaient assez loin derrière; il y f les Français et leurs alliés, un moment de panique; une c d'hommes étaient déjà blessés, notamment le P. Enjalr marchait en tète avec les sauvages de ses missions. Den Callières, La Valtrie, quelques autres officiers, retenao hommes prêts à se débander, les amènent au secours de battants; à la fin les indigènes aUiés, détachés tout au l'armée, débusquent les Tsonnontouans, les fusillent d'à: arbre, les rejettent pas à pas sur leur village, et les met fuite. Des scènes de cannibalisme terminèrent cette sa
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escarmouche ; les sauvages se ruèrent sur les corps des ennemis tués ou blessés, les taillèrent en pièces et en firent sur-le-champ un horrible festin; c'est ainsi qu'ils s'excitaient au courage et au mépris de leurs adversaires ^
Peut-être aurait-on pu profiter de leur ardeur enfiévrée par le mccës pour les lancer aussitôt à la poursuite des Tsonnontouans; eax seuls étaient capables de courir à travers bois et de couper la retraite aux fuyards pour les ramener ensuite sur Tarmée canadienne : il semble, d'après La Hontan ', que des chefs indigènes aient sollicité de Denonville l'autorisation d'avancer aussitôt, et sans doute on leur aurait facilement fait accepter un plan qui <i€vait aboutir à la destruction totale de leurs ennemis. Le gouverneur n'accueillit pas leurs propositions. Craignait-il, en les lais- ^sint partir, de les voir débaucher par les Iroquois? Ou plutôt ne 'V'oulait-il point se priver d'auxiliaires sans lesquels l'embuscade cie la journée nous eût coûté fort cher? Il les invita donc à rester <^uprës des Français, oubliant qu'il est bien difficile d'imposer à Oes sauvages une guerre ou même une dévastation méthodique; cle là, des dissentiments entre le gouverneur et les ciiefs des sau- "Vages alliés, dont plusieurs seraient dés lors retournés chez eux ^uindis que les autres, mécontents du rôle qu'on leur faisait jouer, 'Ki'apportaient plus aux Français qu'un concours fort médiocre; C]aelque8-uns commençaient à parler de traiter avec l'iroquois '. Le 14 juillet, lendemain de la bataille, l'armée atteignit le village principal des Tsonnontouans ; il était vide, les habitants «vaient fui, brûlant eux-mêmes une partie de leurs cabanes et les provisions qu'ils n'avaient pu prendre avec eux. La prédiction ^'un chef sauvage à Denonville se réalisait : « il allait fourgailler clans le nid des guêpes et, ne trouvant pas moyen de les écraser toutes ensemble, courait grand risque d'eu recevoir des piqûres *. » TJn fortin que les Iroquois avaient élevé à la hâte fut détruit; les Français achevèrent l'incendie du village, brûlèrent de même deux petits hameaux des environs et s'emparèrent de tous les ^vres qu'ils purent trouver. Les blés étaient mûrs, et les Iroquois n'avaient pas eu le temps de faire la récolte : les soldats moisson-
1. Mém. de 1682-1712. — La Hontan, lettre XUI. — La Pothcrie, II, 208.