Ar. col., M. S. M., Mim. 100 ss
exploit, d'Orvilliers, commandant du fort, leur envoya le P. d( Lambcrville, pour déclarer sa surprise d'une pareille violence, alors que les Français étaient en guerre avec les seuls Tsonuon-
touans. La réponse des Iroquois fut bien nette et montre toutes^iac
retendue de la faute commise par Champigny, Tannùe précé
dente : « Est-ce que les Français n'ont pas arrêté, naguère, de&^ -.a Iroquois de toutes les tribus? Qu'on nous rende ces prisonnierssr— ^ et nous rendrons les nôtres. » Lambcrville voulut gagner diL temps; il prétendit que les captifs étaient à Québec et que seul. Onontio pouvait se prononcer sur leur sort. Là-dessus, les Iroquois, peu satisfaits, partent avec les quatre Français pour le vil— -■!• lage des Onnontagués; Dongan, prévenu par eux, écrit en leuB -«i nom à Denonville et celui-ci, par une faiblesse qui est aussilùr «^31 exploitée, acceptant cet intermédiaire, envoie à New- York 1^ -3e P. Vaillant. A quoi donc avait-il servi, Tannée précédente, d^^ e proclamer les droits du roi de France sur le pays des Iroquois^ Dongan, éconduisant le P. Vaillant, fit savoir aux cantons qu iEI avait refusé d'écouter aucunes propositions jusqu'à ce que le gou — verneur de Québec se fût engagé à détruire ses forts en pay iroquois, c'est-à-dire Frontenac et Niagara; qu'en attendant, ils tinssent sur leurs gardes, car ils pourraient être attaqués, complicité de Dongan ne fut donc point étrangère aux démon trations iroquoises de 1G88. Et toujours Denonville, retenu la Cour, n'osait pas se porter directement contre son véritabi ennemi; les Anglais lançaient les Iroquois contre Montréal e pillaient TAcadie; les Français ne ripostaient pas, car Louis XIV négociait avec Jacques II; à peine le P. Bigot, missionnaire de Abénaquis, invitait-il ses chrétiens à gagner leurs parents établi dans la Nouvelle-Angleterre, pour les associer à la prochaine guerre contre les Iroquois *.
Soutenus par les Anglais et voyant la faiblesse réelle de Français, ceux-ci ne s'étaient jamais montrés plus insolents;, l'union qui avait paru quelque temps rompue entre les Cinq^ Nations était rétablie contre la France ; au mois de juillet, I Grande-Gueule, pressé par d'Orvilliers et le P. de Lambcrville, con — sentit à descendre à Montréal, mais ce ne fut pas pour s'humilier^
1. Mêm. d'oct. 1G88. — Lettres de DcnonviUe, 27 oct. 1687 et 10 août 168» - Ar. col., C. G. Can., X, 86, 74, cl M. S. M., Menu 234.
l'officier qui raccompagnait compta, sur les bords du Saint-Laurent, plus de six cents sauvages en observation; on laissa passer le convoi, mais il semblait que le protecteur fût ici le chef iroquois, dont la présence seule assurait la libre circulation de Tofficier français. Denonville reçut la délégation iroquoise le 15 juin 1688, et Ton traita de la paix. La Grande-Gueule revendiqua fièrement Tindépendance des cinq nations iroquoises, qui ne relèvent, dit-il, ni de la France ni de l'Angleterre; il exigea que tous les prisonniers faits par les Français seraient rendus. Denonville dut souscrire à tout ; le roi n'avait depuis un an fait passer au Canada ni hommes ni argent ; le gouverneur se décourageait; la résignation lui parut nécessaire; il signa donc, et la Grande-Gueule, de son côté, « forma de sa main, au bas du traité, les figures des bêtes » qui sont les sceaux des tribus iroquoises *.
Déjà Denonville avait envoyé aux nations d'en haut, par La Forest, Tordre de cesser toutes les hostilités contre Tlroquois; mais les Outaouais persistaient à ne pas traiter, ils avaient même enlevé quelques ennemis et s'apprêtaient à les brûler à Michillimackinac. L'intervention de Perrot sauva ces malheureux, et cet officier reçut même des Outaouais une sorte de délégation pour les représenter aux conférences qui devaient être ouvertes à Montréal en vue d'une paix générale ; il descendit avec un chef Qommé a la Petite Racine », mais il revint bientôt dans les postes de son commandement, car les conférences annoncées n'avaient pas été réunies ; tout se réduisit aux entrevues de la Grande-Gueule et de Denonville, suivies du peu glorieux traité du 15 juin'. L'attitude hautaine des députés iroquois paraît avoir profondément ému Denonville; rien, en effet, ne pouvait mieux lui faire sentir l'erreur de la politique dans laquelle il s'était obstiné avec un zèle, une abnégation dignes d'un succès meilleur. Ainsi, c'était pour s'entendre dicter des conditions par un chef sauvage qu'il avait 8i laborieusement préparé, si vaillamment dirigé la campagne de Tannée précédente? Devant cette évidence, il dut y avoir en lui comme un écroulement; tout désormais dans sa conduite révèle l'homme efifaré, désorienté, qui n'a plus que la force de pousser
1. Traité du 15 juin 1688. Ar. col., C. G. Can., X, 48. 3. La Potherie, II, 222. — La chronologie de Charlevoix sur les années 1687-89 (I, 528 ss.) est peu précise et parfois fautive.
des cris de détresse, et qu'envahit comme une folie de panique et de désespoir.
Sa première faute grave fut d*ordonner l'évacuation de Niagara ; ce poste, écrivit-il au ministre, coûtait trop cher; les sauvages -«
alliés n'en avaient point profité comme ils auraient dû pour har
celer l'ennemi *. La vérité, c'est que les Iroquois en avaient^^ réclamé la destruction, parce que le fort gênait leurs relations .^ avec les pays Outaouais; Denonville n'osa pas leur refuser cette-^ concession et fut trop heureux, à ce prix, d'obtenir la permissioi de ravitailler le fort Frontenac; le traité passé avec la Grandi Gueule est du 15 juin 1688; l'ordre d'évacuation de Niagara poi la date du 6 juillet suivant. Combien cette faiblesse était maladroite, le gouverneur lui-même l'avait démontré par avance, lorsqu'il parlait justement au roi dans ses précédents mémoires, d( l'importance de Niagara. La petite garnison de ce poste avait beaucoup souffert, depuis le départ de l'armée, en juillet 1687; S elle était bloquée par les. Iroquois qui infestaient les campagnes-^ environnantes; les vivres laissés par Denonville étant de mau- vaise qualité, des maladies avaient bientôt réduit la troupe à quel-^ — ques hommes, que commandait des Bergères, de Troyes ayant succombé. Sans des Miamis qui apportèrent quelques provisions fraîches, ces derniers survivants fussent morts de faim. C'est dans cet état de misère qu'ils reçurent les instructions de Denonville; ils étaient trop épuisés pour ne point s'y conformer avec plaisir : le procès-verbal d'évacuation, du 15 septembre 1688, est signé du commandant des Bergères et du P. Millel, Jésuite; on détruisit avant de partir tous les ouvrages militaires; on laissa debout une grande croix, quelques cabanes et les magasins, « pour maintenir la possession que Sa Majesté et les Français ont depuis longtemps en ces quartiers * ». Ce village à l'abandon, demi-ruiné, ne devait-il point donner aux indigènes l'impression d'une décadence, plutôt que celle d'un pouvoir jaloux de maintenir ses droits? Le chemin de Montréal était trop peu sûr pour une troupe affaiblie par la faim et les maladies : des Bergères remonta sur Michillimackinac; il est probable qu'il passa par Détroit, mais sans s*y arrêter ; ce poste ne devait plus alors avoir de garnison,