‹ Le comte de FrontenacChapitre 260 sur 358 · Ar. col., C. G. Cm., XI, Kil · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Cm., XI, Kil

point cessé les hostilités à la baie d'Hudsoa; les négociateurs européens, après un premier échange de vues, à Londres, n'avaient pu s'accorder et s'étaient prorogés au 1*^ janvier 1689; mais, dans l'intervalle, la révolution d'Angleterre avait éclaté, et les préoccupations d'un avènement difficile ne permettaient pas à Guillaume 111, à supposer qu'il y eût consenti, de reprendre les pourparlers ; la Compagnie anglaise avait pourtant, d'ofQce, donné l'ordre à ses agents de proclamer sur les territoires contestés la souveraineté de Guillaume et Marie d'York. Louis XIV, dans ses instructions au comte de Frontenac, fait entendre qu'il ne peut accorder aucun secours militaire à la Compagnie française, et cependant recommande au gouverneur de ne pas laisser empicler sur nos droits, pas plus à la baie d'Hudson qu'en Acadie ' : quelques vaillants Canadiens, aidés de sauvages alliés, suppléeront au défaut des renforts de la métropole.

D'iberville était retourné à la baie d'Hudson à la fin de l'été de 1688; puis, peut-être après un voyage en France, il s'y trouvait encore au printemps de 1689 *; deux navires anglais, après avoir proclamé dans les postes de leur Compagnie les nouveaux souverains, s'apprêtaient alors à chasser les Français de toutes leurs positions; ils étaient bien munis d'armes et de vivres et comptaient près de cent hommes d'équipage; les Français, en très petit nombre, observèrent l'ennemi plusieurs jours, s'attachant à gêner ses mouvements à terre, à disperser les groupes qui s'aventuraient trop loin, à faire, çà et là, des prisonniers : c'étaient les procédés des indigènes du Canada que d'iberville appliquait ainsi. Quand il vit le commandant anglais affaibli par cette tactique, il l'envoya sommer de se rendre par Maricourt, l'un de ses frères. L'Anglais demanda d'abord un délai, puis consentit; on lui fit d'ailleurs des conditions très acceptables; les deux navires anglais restèrent aux mains de d'iberville, mais un bâtiment fut accordé aux officiers et à quelques hommes, pour se retirer; les autres, et notamment les pilotes qui les avaient con-

1. Instructions de Frontenac. Ar. col., Ordres du roi, Canada, 16S8-9d, p. 84.

2. Cr. ci-dessus, deuxième partie, p. 316. En comparant les divers textes cités, on conrlura (|ue, si d'iberville passa en France & celte époque, comme il en avait Tintentiun, il n'y put rester que fort peu de temps, dans rbirer de 1688-1089.

duils, furent retenus prisonniers (juillet 1689); d'iberville envoya par terre au Canada la nouvelle de sa victoire et reçut l'ordre du gouverneur de se rendre à Québec avec le plus grand des vaisseaux anglais qu'il avait pris. 11 arriva le 28 octobre; dans une lettre qu'il écrivait alors à la Cour, il se faisait fort, avec soixante Canadiens et un vaisseau du roi, de conquérir tous les postes anglais de la baie par une nouvelle campagne *.

Ces succès, dus à la méthode de guerre que Frontenac avait toujours recommandée, firent la meilleure impression au Canada; quoique Frontenac n'eût en rien contribué à les préparer, il en recueillit le bénéfice, et les documents contemporains parlent de « Tardeur que témoignait alors la jeunesse canadienne pour aller contre les Anglais ' ». Mais, pour rester libre de tourner de ce côté la meilleure partie de ses forces, le gouverneur général devait d'abord s'assurer des dispositions des indigènes, et ce n'était pas chose facile, après toutes les faiblesses de son prédécesseur. La Cour s'était enfin décidée à renvoyer au Canada les Iroquois arrêtés naguère auprès du fort Frontenac par Champigny; mais trois seulement de ces malheureux avaient survécu à l'existence des galères, bien que, par faveur spéciale, on eût substitué pour eux le régime des nègres du Sénégal à celui des condamnés de droit commun. En mai 1689, un garde de la marine, Sérigny, avait été désigné pour les ramener de Marseille à la Rochelle, où ils devaient s'embarquer avec Frontenac : « Dès qu'ils seront arrivés, écrivait le ministre à Begon, intendant de la marine, ayez soin de les habiller et, sans faire beaucoup de dépense, tenez compte de leurs goûts; Sa Majesté est bien aise de se servir de ces sauvages pour faire la paix avec ceux de leur nation, n'étant pas à propos de continuer cette guerre dans la conjoncture présente '. » Le plus notable de ces captifs libérés s'appelait Ouréouharé; Frontenac, durant toute la traversée, puis une fois débarqué à Québec, lui témoigna les plus grands égards; il le logea au château, lui fit servir jusqu'à sa mort la paie de capitaine, et lui fournit toujours libéralement des justaucorps soutachés de broderies dont ce sauvage était très fier *.

1. Les documents principaux sur ces événements (Ar. col., C. G. Can., X 290 ss.) sont résumés exactement par Charlevoix, 1, o54-55G.

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