‹ Le comte de FrontenacChapitre 276 sur 358 · Ar. col., C. G. Can., XI, 211 et · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., XI, 211 et

rappelait, avait projeté de ramener des vaisseaux d'Angleterre pour reprendre, avec méthode cette fois, sa tentative avortée contre Québec ; sans la mésintelligence qui divisait les colons des diverses possessions anglaises depuis leurs échecs de 1690, il est probable qu*un mouvement naval par le Saint-Laurent aurait coïncidé avec Tattaque de Montréal. Mais, cette fois encore, la Nouvelle-France, atteinte d'un seul côté, défiait ses ennemis.

A défaut de secours militaires, le ministre * avait envoyé des instructions à Frontenac pour reconquérir TAcadie et consolider notre situation à la baie d'Hudson et à Terre-Neuve. Villebon, qui partait avec les vaisseaux de 1691, reçut Tordre de s'entendre avec Frontenac pour réoccuper Port-Royal de TAcadie et négocier ensuite avec Boston l'échange des prisonniers *. Le gouverneur général appréciait à. sa valeur cette position avancée du Canada; dés l'arrivée de Villebon, il lui donna cinq officiers et quarante hommes, Canadiens plutôt que soldats du roi, pour enlever Port- Royal. Champigny s'imaginait que c'était beaucoup trop peu, que jamais Villebon ne pourrait se maintenir avec une aussi faible garnison. Un mois plus tard, cependant, il enregistrait le succès du petit corps expéditionnaire, et ne semblait plus contester l'utilité de son départ '.

Villebon avait réussi en effet aussi facilement, à ce qu'il semble, que Phips l'année précédente. Les habitants, fatigués des pillages dont les conquêtes successives étaient accompagnées, auraient craint, en résistant trop vivement aux Français comme aux Anglais, d'aggraver leur situation naturellement précaire. Il ne fallait donc pas compter dt; ce côté, comme à Montréal, sur la collaboration très active de la population établie; ce n'est pas à Port-Royal, ni dans les autres postes d'Acadie que les soldats de France trouvaient le concours de bonnes milices. L'expédition de Villebon ne chassa pas seulement les Anglais d'Acadie; elle s'empara encore d'un vaisseau sur lequel avaient pris passage Nelson, armateur de Boston, et Tyne, désigné par ses compatriotes comme gouverneur de leur nouvelle province acadienne. Nelson, s'il faut en croire La Potherie, avait toujours affecté beaucoup d'amitié pour les Français; il était le chef d'un parti d'opposition

1. Seignelay venait de mourir. Son successeur était Pontchartrain.

2. Instruclions de Villebon, avril 1G91. Ar. col., C. G. Can., XI, 306.

3. Champigny au ministre. 12 oct. et 12 nov. 1691. Id., id., 281 et 290.

àPhips *; Frontenac disait avoir reçu de lui des lettres fort conrenables *; il reconnut plus tard que ce correspondant avait abusé de sa confiance. Les Anglais pris par Villebon furent envoyés à Québec, où ils furent traités avec égards. Les souverains anglais avaient pensé probablement que la conquête de Phips était définitive; le 7 octobre 1691, au moment même où Villebon, secondé par les vaisseaux du capitaine Bonaventure, allait reprendre Port-Royal, Guillaume et Marie signaient un acte d'union en une seule province, sous le nom de Massachusetts, de la baie ^

ainsi appelée, de la Nouvelle-Plymouth, du Maine, des ieiritoires de t'Acadie ou Nouvelle- Ecosse et des pays intermédiaires '. C'était procéder un peu trop vite.

Pendant ce temps, les Abénaquis et Ganibats, toujours dociles à l'action des missionnaires et des capitaines de sauvages, venaient s'excuser auprès de Frontenac de n'avoir pu, faute d'armes, se livrer à leurs exploits ordinaires, et le gouverneur, malgré sa pauvreté, leur faisait passer des fusils, des munitions, des vêtements, car leur concours lui était précieux. Le ministre le recommandait expressément, et d'ailleurs les cadeaux faits aux sauvages de TAcadie ne coûtaient pas fort cher aux magasins du roi : en 1692, trente fusils et vingt carabines, deux mille livres de poudre, quatre cents de balles, six chapeaux, six plumets, six paires de bas; dans l'état pour 1693 figurent cinq fusils avec leurs baïonnettes, dix chemises à 40 ou 50 sols la pièce, et dix chapeaux bordés de faux (sic). On peut, d'après ces documents, se faire une idée du costume de guerre des chefs indigènes qui participaient à ces largesses ^.

A la baie d'Hudson comme eu Acadie, la campagne de 1691 nous fut favorable : quoique du Tast, avec des vaisseaux de France, fût parti trop tard de Québec pour ravitailler les postes de la baie à son retour, d'iberville avait traité dans les meilleures conditions avec les indigènes; il rapportait à Québec plus de quatre-vingt mille livres de pelleteries ^. Alors, au moment de

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