Mém. cité d'ocl. lC9i
vient au Conseil et demande que chacun opine par écrit sur la conduite de Tévêque; après des discussions qui durent encore quinze jours, le Conseil décide que ses membres opineront à l'ordinaire, et qu'on ne peut se dispenser d^entendre avant tout les explications de Tévôque. On juge si, de se voir joué par ces subtilités de procédure, Thomme d'action qu'était Frontenac devait sentir bouillonner sa colère. Il est notable, toutefois, qu il reste très modéré quand il parle de Saint- Vallier, il veut s'informer seulement si le prélat n'a pas outrepassé les droits de sa charge; il comprend bien que, dirigés contre lui, ses emportements n'iraient pas à leur but; c'est à l'intendant, et plus encore au procureur général qu'il les réserve *.
L'affaire des appels comme d'abus ne fut pas la seule où d'Auteuil éprouva l'impatience de Frontenac; d'autres discussions portèrent sur certains règlements de police et spécialement sur la création d'une boucherie à Québec; d'après La Mothe Cadillac, le premier conseiller Villeray tenait une boucherie, où sa femme était assise à la caisse, tandis que son valet débitait la viande ; le cas n'était pas bien grave, mais quand il s agit en mars 4094 d'établir une taxe sur les viandes, il y eut, à l'occasion de Vilh'ray, des séances très orageuses, où d'Auteuil et Frontenac échangèrent de gros mots. D'Auteuil, en racontant ces faits à la Cour, charge Frontenac, qui serait intervenu à tout propos dans le Conseil, <c ne lui laissant qu'une liberté apparente, et imputant à désobéissance et manque de respect les avis qui lui sont contraires ». Comme de juste, Frontenac explique les choses autrement *. Quant à l'intendant, il s'efface le plus possible; le mémoire du 5 novembre 1694 laisse bien entendre qu'il n'a pas toujours été d'accord avec le gouverneur, mais ajoute qu' « ils n'ont pas cessé de se voir et de délibérer en commun sur les aiîaires de leur service * ». Champigny n'en jouait pas moins un rôle actif contre Frontenac, qu'il desservait à la Cour dans des lettres particulières.
La maladresse de l'évêque avait ranimé la discorde entre
1. Les registres du Cons. Soiiv. nous <1onncnL le détail de ces diverses procédures; voir surtout lU, 829, 832, 845, 856, 884, 941.
2. Ar. col.. M. S. .M., Y. — Lettres de Frontenac, 2 nov. 1695; — de d'Auteuil, 26 oct. 1694. /cf., C. G. Can., XIII, 131, 323.