d., id.y
Frontenac et le Conseil Souverain; mais, pour compléter leur œuvre, les inspirateurs du prélat devaient encore le brouiller avec les Récollets, dont la faveur leur porfait ombrage; Sainl- Vallier fut donc un jour averti que Ton soupçonnait Gallières, gouverneur de Montréal, d'entretenir des relations coupables avec une dame de la ville, sœur du supérieur des flécollets. Sur ce bruit, Tévéque lance coup sur coup trois mandements blâmant la personne désignée et invitant le supérieur à prévenir de nouveaux désordres; ce religieux proteste que l'évêque est dupe de calomniateurs, Gallières le soutient et fait afficher un libelle fort désobligeant pour Ms"" Saint- Vallier; peu de temps après celui-ci, venu à Montréal pour une prise d*habit chez les RécoUels, trouve la place d'honneur de Téglise occupée par Gallières ; il somme le gouverneur de la lui céder; Gallières refuse, Tévêque sort avec fracas et le lendemain, ses domestiques et ceux du gouverneur enlèvent et replacent tour à tour le siège, objet du litige; Saint- Vallier alors, avant de regagner Québec, interdit Téglise et porte une plainte au Conseil Souverain. Désormais, les Récollets pouvaient passer à la Cour pour des factieux M
L'évêque alla plus loin; parti sur cette voie malheureuse, U ne s'arrêtait plus : la coutume, certainement fort blâmable, s'était établie parmi les officiers canadiens de garder pour eux la paie de leurs hommes d'accord avec ceux-ci, qui étaient libres alors de travailler pour les habitants. Les compagnies n'étaient complètes qu'au moment des revues et, contre cet abus dangereux, les administrateurs demandaient au roi des ordres sévères. L'évêque s'avisa d'intervenir dans cette question qui ne le regardait en rien, et fît un cas réservé de ce trafic, dont ofûciers et soldats étaient complices. Ce mandement intempestif fut très mal accueilli ; des groupes proféraient dans les rues des cris hostiles à l'évêque; on vint une nuit briser les fenêtres de sa chambre \ Bref, à la fin de l'été de 1694, la confusion était générale : le gouverneur écrivait à la Cour, rapportant les mandements de Tévéque contre des particuliers, ses différends avec le séminaire, ses refus
1. Lellre des adniinistraleurs, 5 nov. 1694. — Mém. de 1694. Ar. col., a G. Can., XIII, 26, 205, 215. -~ Mém. de La Mothe Cadillac, Id,, id„ 189.
2. Champigny à la Cour, 10 nov. 1692, 24 et 27 ocl. 1694. Ar. col., C. G. Can., XII, 90; XIII, 91, 95. — En 1698, Champigny se plaignait encore que presque tous les officiers trafiquaient de la paie des soldats (/cf., XVI, 107).
d'absolution pour trafic des salaires des troupes; les officiers rédigeaient des libelles pour les gazettes de Hollande ; le Conseil Souverain, saisi de réclamations contradictoires, discutait sans conclure. Le départ de Tévêque par les vaisseaux de 1694 fut pour tous un soulagement; les dossiers des affaires en cours avaient été envoyés au Conseil du roi; Mareuil après une détention de quelques jours était élargi par ordre de Frontenac, et le calme, sinon la concorde, renaissait à Québec ^
Le mémoire que Tabbé Tremblay, procureur du séminaire de Québec à Paris, adresse en 1695 à ses confrères est un document confidentiel, du plus baut intérêt pour Fhistoire des prétentions ecclésiastiques au Canada. Tout le monde, dit ce prêtre, est d accord, d'après les nouvelles reçues d'Amérique, pour dire qu'il faut rappeler Saint-Vallier ; la difficulté n'est que « de prendre des moyens suaves de le retirer » ; il est impropre à un évêché en France comme au Canada; les personnes les plus sages « prennent de sa conduite occasion de déclarer qu'il vaut beaucoup mieux donner des évécbés à des gens qui n'aient pas tant de piété apparente et plus de bon sens, qu'à ces dévots indiscrets qui mettent tout en trouble et en combustion ». Saint-Yallier, continue l'abbé, a été bien reçu par le roi et par Pontcbartrain, mais il ne faut pas s'en alarmer, car « c'est un style ordinaire de la cour de combler d'honnêtetés ceux dont on est le moins satisfait ». Cependant, malgré toutes les dénonciations, qu'il n'ignore pas, Tévêque affirme qu'il retournera dans son diocèse; comme on a toujours un an de répit, Tremblay profitera « pour tirer de lui ce que nous pourrons de ce qu'il nous doit et remédier un peu par là à nos affaires temporelles » ; mais, en prévision d'un retour possible du prélat, qui refuse énergiquement de donner sa démission, il sera bon de ne pas trop prendre parti contre lui. Déjà, ses dispositions pour le séminaire sont des moins favorables; « il en veut à nos messieurs de n'être point entrés dans ses intérêts en se déclarant contre M. le comte de Frontenac ». Ainsi les adversaires du gouverneur avaient joué leur rôle avec tant de bonheur, qu'ils pouvaient se donner pour des spectateurs impartiaux d'un combat dans lequel ils ne se montraient point. « Nos
1. Frontenac à la Cour, 25 oct. 169i. Ar. col., C. G. Can., XIII, 60. — Mém. cilé de Tabbé Tremblay, LIV. — Jug. du C. S., III, 915, 952.
messieurs, dit Tabbé Tremblay, jugeaient qu'il était inutile de s'en mêler, tandis que le bon Dieu disposait ainsi toutes choses... » N'avaient-ils point aidé le bon Dieu?
M8' Saint-Vallier n'avait guère plus de bienveillance pour les Jésuites que pour les prêtres du séminaire; est-ce seulement, comme le dit Tremblay, qu'il avait trouvé Tun d'eux, le P. de La Chaise, trop peu ardent à le défendre auprès du roi? N'est-ce pas plutôt que les Jésuites, comme les ecclésiastiques de Québec, étaient opposés aux réformes de Tévêque? V Histoire de V Hôpital général de Québec, dont les auteurs ont, pour la mémoire de Saint-Vallier, des attentions de piété filiale, donne la raison véritable : on reprochait à i'évêque de Québec de vouloir conduire son diocèse comme ceux de France * ; et, pourrions-nous ajouter, si on l'avait brouillé avec Frontenac, c'est que le gouverneur eût été le dernier à lui adresser pareil reproche. M»'" Saint-Vallier demeura près de trois ans en France; il ne crut pas devoir donner au roi la démission qui lui était demandée et repassa l'Atlantique avec les vaisseaux de 1697. Pas une cure n'avait été fixée en son absence; mais le parti ecclésiastique s'était affermi contre Frontenac; dans sa lettre du 27 octobre 1694, Champigny ne niait pas les excès de zèle de I'évêque, mais il condamnait plus sévèrement encore les désordres dont ces excès avaient fourni le prétexte et semblait, en réclamant des ordres de la Cour, «craindre que le gouverneur ne s'abstint, par une « tolérance capable de tout perdre* ».
L'avis du Conseil du roi ' sur les affaires que les magistrats de Québec lui avaient envoyées se résume en une phrase : il faut assoupir ces démêlés le plus doucement que Von pourra^ ordonner secrètement aux uns et aux autres de n'en plus faire d'éclat, du moins par des mandements publics ou par des actes judiciaires. On estime donc qu'il y a eu des torts des deux côtés : I'évêque aurait dû ne point intervenir dans des incidents qui relèvent de la police plus que de l'Eglise; le gouverneur, d'autre part, devait s'abstenir de solliciter du Conseil un avis sur la conduite de I'évêque. Mais ces réserves n'excusaient point le procureur géi\éral. Frontenac était son supérieur, et comme tel, bien que cou-
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