‹ Le comte de FrontenacChapitre 39 sur 358 · Jug. du C. S., I · texte numérisé non relu

Jug. du C. S., I

lementaires et de la traversée eu biais du parquet! Au Canada particulièrement, il était nécessaire que le représentant du roi fît usage de toutes ses prérogatives; ce n'était pas trop pour réagir contre un pouvoir rival au profit duquel dans l'enfance de la colonie s'était établie une sorte de prescription.

On a vu, dans l'Introduction, comment les héroïques aventures des premières prédications avaient fait du Canada une terre de missions, où tout venait du clergé ; Frontenac croyait arrivé le temps d'en faire une colonie, où tout dépendrait du roi, c'est-àdire de lui-même. De là, son attitude à l'égard des ecclésiastiques canadiens : aux prêtres vivant au milieu des Français, il reproche de se mêler à la vie des familles, d'exercer, au nom de confréries qu'ils ont établies parmi les habitants, une véritable inquisition sur la conduite de chacun, de se servir hors de propos de menaces d'excommunication; quant aux Jésuites, missionnaires des sauvages, loin de travailler au rapprochement des indigènes et des Français, ils isolent jalousement leurs convertis, sous prétexte de les mettre à l'abri de la corruption européenne, et négligent, malgré des avis réitérés, de leur apprendre le français. Des auteurs jansénistes du xvii" siècle, comme Arnauld S comme l'ami anonyme de l'abbé de Gallinée dont Margry publie un mémoire ', se sont emparés de ces faits certainement vrais pour dénoncer à tort l'ambition personnelle et la cupidité des Jésuites canadiens.

Frontenac agit dès le principe avec sa vigueur ordinaire et, sans que jamais il soit intervenu dans des questions d'ordre spirituel, il montre sa résolution de ne point laisser sortir les prêtres, à l'avenir, des fonctions qui sont les leurs. Les registres du Conseil Souverain nous fournissent là-dessus de curieux documents. Il faut observer qu'à celte époque, en l'absence de tout fonctionnaire de l'ordre administratif, Frontenac présidait sans opposition les séances du Conseil et dirigeait les délibérations; il avait dans celte assemblée des amis, comme ce Tilly qui recevait de lui, pendant une tournée, le commandement de la ville de Québec et du château ' ; les premières tentatives de protestation des

i. Voir le commentaire du livre du P. Lcclercq dans la Morale pratique des Jésuites (Œuvres (T Arnauld, éd. de Lausanne, XXXIV, 669 ss).

Page 1