‹ Le comte de FrontenacChapitre 54 sur 358 · I^^oDioI. Appeod. I, 24d · texte numérisé non relu

I^^oDioI. Appeod. I, 24d

Frontenac, firent le sacrifice de leurs publications ordinaires et par conséquent des avantages qu'ils en tiraient. La suppression des Relations fut, selon le P, Martin, « un acte de prudence ou, si Ton veut, une concession accordée par la peur ». Il est vrai que le motif des Jésuites dut être de prévenir un danger qui les menaçait, mais ce n'est pas ici des susceptibilités de Frontenac qu'il faut parler.

L'année 1672, qui est celle de l'arrivée de Frontenac au Canada, est aussi celle du retour définitif de l'intendant Talon en France * ; c'est, selon toute vraisemblance, ce dernier fait qui a décidé les supérieurs de l'ordre h ne publier plus les Relations des Pères du Canada : Talon, en effet, avait étudié les questions sur place; il rapportait des documents sérieux, indiscutables. Comment, informé de cette manière, Colbert n'aurait-il pas eu, sinon le désir de contester les chiffres des conversions opérées par les Jésuites, du moins la pensée très naturelle de mettre en balance les entreprises engagées et les résultats atteints, la situation politique occupée et les conquêtes religieuses réalisées? Que restait-il des Relations, du jour où le gouvernement métropolitain avait h sa portée les éléments d'une enquête critique? Elles portaient surtout la preuve des illusions dont se nourrissaient leurs auteurs, facilement amenés, dans les fatigues de « leurs courses sur les glaces pour chercher la brebis égarée * », à mesurer sur leur peine l'effet utile obtenu. Les Relations perdent alors leur charme de belles légendes; on n'en retient que quelques faits; on y voit que les Jésuites occupent tous les meilleurs postes du haut pays, et Ton est presque tenté de se demander pourquoi. C'est dans ce sens seulement que la suppression des Relations doit être considérée comme un acte de prudence : le public des lecteurs n'avait, sur la Nouvelle-France, que ces récits hagiographiques; mais le gouvernement, depuis le retour de Talon, pouvait estimer ce que représentaient, dans le travail d'évangélisation du Canada, les rares conversions d'adultes opérées par les missionnaires; publier des Relations nouvelles eût été vraiment une imprudence^ car il eût été trop facile aux ennemis des

1. Talon, de retour en France, présenta au gouvernement plusieurs mémoires sur le Canada; il eut même un entretien particulier avec le roi sur la Nouvelle-France. — Voy. Ar. col., C. G. Can., IV, 28 ss.

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