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4. L'origine de ce nom est contestée. Les uns disent qu'il signifie simplement baie de Teau amère ou salée; Marquette combat cette opinion; pour lui ce nom s'explique par le caractère marécageux des rives de la baie, d'où s'élèvent « de méchantes vapeurs ».
vont entrer dans des régions nouvelles; il y a là comme un arrêt solennel du voyage : « Nous quittons donc les eaux qui vont jusqu'à Québec, à quatre ou cinq cents lieues d'ici, pour prendre celles qui nous conduiront désormais dans des terres étrangères. Avant de nous embarquer, nous commençâmes tous ensemble une nouvelle dévotion à la Sainte- Vierge... et, après nous être encouragés les uns les autres, nous montons en canot*. » Le 17 juin 4673, un mois juste après leur départ de Michillimackinac, les explorateurs atteignaient le Mississipi, « avec une joie que je ne peux pas expliquer», dit Marquette. Pendant huit jours encore, ils avancent par petites étapes prudentes, évitant de faire de grands feux, se gardant sans cesse, passant la nuit dans les canots, à l'ancre au milieu du fleuve. Enfin, le 25 juin, on aperçoit sur la rive Tamorce d'un sentier; alors JoUiet et Marquette, laissant leurs hommes pour surveiller le convoi, descendent à terre, seuls, « s'exposant à la discrétion d'un peuple barbare et inconnu ». Leur crainte était heureusement sans objet, car ils furent bien reçus par les Illinois, chez lesquels ils étaient arrivés. Un conseil fut aussitôt assemblé, le grand chef présenta son calumet aux Français, et Marquette prit la parole : « Le grand capitaine des Français faisait savoir, dit-il, que c'est lui qui met la paix partout et qui a dompté l'Iroquois. » — Frontenac lui-même ne se serait pas exprimé d'une autre manière, et le P. Marquette, qu'il fût ou non pourvu d'une délégation officielle, parle ici, très judicieusement, le langage qu'il faut tenir dans l'intérêt de la Nouvelle- France; une nation supérieure aux Iroquois, dont la réputation de guerriers indomptables s'étendait au loin, devait passer pour invincible; en s'afQrmant de plus pacifique, il lui était facile de conquérir d'emblée toutes les sympathies.
Cependant JoUiet n'avait pas l'intention de demeurer aux Illinois; il voulait descendre le Mississipi jusqu'à son embouchure, et les explorateurs recueillirent des renseignements sur la route à suivre; an chef les avait pourtant invités à ne pas aller plus loin, car ils courraient de grands dangers, mais ces observations furent inutiles; on offrit alors aux Français un grand festin à quatre services : du sagamité (farine bouillie), des poissons, un grand chien, dont la vue découragea leur appétit, enfin des quar-
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tiers (le bœuf sauvage. Le leudemain, après avoir couché dans la cabane du chef, ils se mirent en route. On était alors à la fm de juin. A mesure qu'on descendait le fleuve, on notait, de part et d'autre, les confluents de grandes rivières; c'était à droite le Pekitanouï (Missouri), « par où on pense qu'on peut aller à la mer Vermeille » ; à gauche, TOuaboukigou, probablement l'Ohio, car la latitude donnée par Marquette, 36'', est à peu près celle du confluent de cette rivière. Ici, la nature change; les rives s'encombrent de grands roseaux; des maringouins harcèlent les explorateurs de leurs piqûres très cuisantes; on aperçoit dans les fourrés des oiseaux aux couleurs vives, par exemple un perroquet rouge, jaune et vert; des sauvages, interrogés, déclarent que la mer est à dix jours seulement; ces indigènes sont armés de fusils, de haches; il est donc évident qu'ils sont en relations avec des Européens, qui ne peuvent être que les Espagnols de la Floride ou du Mexique. Bientôt l'expédition arrive au pays des Akansea (Arkansas), par 30''40'de latitude; le golfe du Mexique n'est plus assurément bien éloigné, et la preuve est faite que le Mississipi se jette dans ce golfe, et non point en Virginie, comme quelques-uns le disaient, pas plus qu'en Californie. En somme, le résultat essentiel était atteint, et les explorateurs eurent raison <de ne point poursuivre un voyage qui ne leur aurait plus appris grand'chose; ils craignaient, en descendant jusqu'à la mer, d'être attaqués par les Espagnols ou leurs alliés sauvages; ils décidèrent donc de revenir en arrière. Partis du pays des Arkansas le 27 juillet, ils traversèrent de nouveau la fertile région des Illinois, notamment le village appelé Kaskakia, et, vers la fln de septembre, ils arrivaient à la baie des Puants. De là, Jolliet revint seul à Québec; le P. Marquette, fatigué du voyage, s'arrêta aux Miamis pour s'y reposer; il mourut au commencement de Tannée suivante, au moment où il regagnait Michillimackinac >.
La correspondance officielle de Frontenac ne parle pas de Jolliet, entre la lettre du â novembre 1072, qui signale son départ, et celle du 11 novembre IG74, où est mentionnée son arrivée *.
I. Douniol. -00 ss. En !i»"7, des saiivagos Kiskakons exhumirent son ooq^s, qui a\ait ele cnlcrrè sur place, et le trans(K»rtèrent à la mission de .MiohiUîmaokinao.
-. Los Ar. ool. yC. (î. Can.. IV. i5 ss.^ ne donnent qu'un résumé, d'ailleurs trî's complot, do U lottro>momoire du 13 nov. 1073. Le texte original est aux Ar. des AiT, Eir., Fonds Amérique. V.
Frontenac ne reçut donc vraisemblablement des nouvelles que par Jolliet lui-même, dans l'été de 4674. « 11 a découvert, écrit-il au ministre ^ des pays admirables, une navigation si aisée par les belles rivières qu'il a trouvées, que, du lac Ontario et du fort Frontenac, on pourrait aller en barque jusque dans le golfe du Mexique, n'ayant qu'une seule décharge à faire dans l'endroit où le lac Ontario tombe dans i^elui d'Érié *, qui dure peut-être une demi-lieue, et«où l'on pourrait avoir une habitation et faire une autre barque sur le lac Érié. » Jolliet, en effet, était descendu du Saul-Sainte-Marie parles Lacs; il avait ainsi reconnu cette voie dont un Iroquois naguère lui signalait Texistence; or, pendant qu'il accomplissait son voyage, Frontenac avait établi sur la rive septentrionale du lac Ontario le fort qui avait pris son nom; ce poste, d'abord destiné à n'être qu'une station de commerce et de surveillance entre Iroquois et Outaouais, prenait du fait de la découverte de Jolliet une importance nouvelle, considérable : c'était la tête de ligne d'une route relativement facile entre le Canada, les Illinois et le golfe du Mexique. A tout prix, maintenant il fallait s'y maintenir. — Le voyage de Jolliet avait eu un autre résultat, que Frontenac, ignorant la collaboration du P. Marquette, ne connaissait pas encore; il avait donné aux Jésuites les prétentions sinon les droits de premiers apôtres des peuples du Nississipi '.
La construction d'un fort sur le lac Ontario préoccupa Frontenac dès son arrivée au Canada; déjàCourcelles, on s'en souvient, avait désigné l'emplacement de la future station, et des raisons d'ordre politique et commercial en rendaient l'établissement prochain très nécessaire * : dans les premiers mois de 4673, les Jésuites missionnaires chez les Iroquois signalaient en effet des mouvements parmi les Cinq-Nations ^e fréquentes ambassades étaient envoyées par elles aux Outaouais, et le P. Nouvel qui habitait parmi ces peuples se demandait avec quelque inquiétude ce que dissimulaient ces manifestations*. Les Iroquois, dit-il, affectaient de vouloir con-
\. Lettre du ii novembre 4674, loc. cit.
2. Frontenac a ici interverti les noms; c'est une simple inadvertance, comme le prouve la Gn de la phrase.
3. Les documents les plus importants sur cette question ont été réunis par Margry, I, 193 ss.