Douniol, I
Armer la paix quOnontio avait faite; mais leur dessein véritable était plutôt d'avoir « les pelleteries avec lesquelles ils attendent qu'on réponde à leurs présents ». Leurs manœuvres s*adressaient aussi bien aux indigènes de la baie des Puants qu*à ceux du Saut- Sainte-Marie, et des expériences nombreuses avaient appris qu'il ne fallait point se fier à leur sincérité. On supposait qu'ils étaient poussés par les Hollandais de New- York, désireux d'accaparer, par leur intermédiaire, le commerce des nations d'en haut.
Dès le printemps de 1673, Frontenac prit ses dispositions pour une campagne prochaine ; il ne voulait pas la guerre et son dessein était de faire les Iroquois ses propres complices, de leur montrer si bien les avantages d*un établissement français où ils pourraient commercer à leur guise, que la crainte d'une alliance entre eux et les Européens non Français de la côte fût pour toujours dissipée ; mais ce succès n'était possible que si Ton afOrmait à la fois la puissance et les intentions pacifiques d'Onontio; l'entreprise tournait donc, par la force même des choses, à l'expédition ou du moins à la parade militaire, et, dans l'état de dénuement où était alors la colonie, pouvait paraître inutilement onéreuse à des personnes moins prévoyantes que le gouverneur général.
Nous possédons, au sujet de cette campagne, plusieurs lettres de missionnaires jésuites ^ ainsi qu'un long journal du voyage de Frontenac au lac Ontario, dont on trouve le texte dans diverses collections '. Cet important document ne porte pas de signature, mais il paraît écrit ou inspiré par Frontenac lui-même, et comme la lettre du gouverneur à Colbert, en date du 13 novembre 1673% dit peu de chose de ce voyage qui était pourtant le grand fait de Tannée, il n'est pas téméraire de croire que nous possédons sous cette forme la relation officielle même, telle qu'elle fut envoyée à Paris par le gouverneur. La concordance de ce mémoire avec les lettres des Jésuites est assez exacte pour que nous puissions nous servir avec une égale confiance de toutes ces pièces.
Le plan de Frontenac était d'inviter les Iroquois à un rendez-
1. Ar. col., C. G. Can., IV, 5 ss., documents publiés par Douniol et Margry (voir ci-dessus» chap. II, p. 69).
2. Ar. col., C. G. Can., IV, 12. — Bibl. nat. Clairambaull, 499, T 113. — Bibl. de l'Arsenal, A'iôa, fo 8. — Publié par Margry, I. 198 ss.
3. D'après le texte de cette lettre, un plan de Québec et une carte du lac Ontario y étaient annexés. Ces documents ne nous sont point parvenus.
VOUS sur le bord de l'Ontario, et là en leur présence, et comme pour fournir la preuve immédiate des bonnes intentions des Français, de commencer un établissement de commerce dont on ferait peu à peu un fort. Un homme très sûr était indispensable pour mener à bien les délicates négociations préliminaires : il devait connaître la langue et le caractère des Iroquois, pour leur transmettre de la manière la plus efûcace Tinvitation du gouverneur général. Le choix de Frontenac tomba sur La Salle « comme sur une personne capable de cet emploi par les divers voyages qu'il avait faits en ce pays-là et par les habitudes qu'il avait prises avec les sauvages ». Comment Frontenac avait-il connu La Salle? Comment celui-ci se trouvait-il alors à portée de recevoir cette mission du gouverneur général? Nos documents sont muets là-dessus, et nous sommes réduits à des conjectures. Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous disions dans Tlntroduction *. La Salle, après Téchec de l'expédition commencée en 1670, revint vers le bas Canada pour amasser à nouveau les ressources nécessaires à la découverte dont il avait fait le but de sa vie; il n'était sans doute pas rentré avant le départ de Talon, car celui-ci n'aurait point manqué de le recommander, comme Jolliet, au nouveau gouverneur général, et la lettre du 2 novembre 4672 mentionnerait au moins son nom; ou bien, s'il était revenu sur le Saint-Laurent, il n'avait pas cru nécessaire, après un échec subi, de venir visiter les administrateurs.
Nous savons seulement, par la relation du voyage de Frontenac, que celui-ci « envoya ordre à La Salle de partir de Montréal dès que la navigation serait ouverte, et d'aller à Onnontagué... » La Salle était donc alors à Montréal. Était-il arrivé depuis plusieurs mois? Était-il récemment descendu à Québec? Nous ne pouvons ici rien dire à coup sûr, mais il semble bien, par le silence de nos documents, que Parkman s'avance beaucoup, en faisant de La Salle, dès celte époque, un intime du gouverneur général *. En tous cas, la mission que Frontenac lui confia ne ressemble pas à celle de Jolliet; il ne s'agit pas d'une découverte, mais d'une ambassade, comme jadis celle de Nicolas Perrot, envoyé par Talon pour préparer l'assemblée sauvage du Saut-Sainte-Marie et le