‹ Le comte de FrontenacChapitre 65 sur 358 · Margry, I · texte numérisé non relu

Margry, I

lorsque le 9 juillet, il eut des nouvelles de son envoyé. Tout avait fini par s'arranger pour le mieux : « après quelques difficultés fondées sur l'appréhension que les sauvages avaient de l'approche des Français, ils étaient enfin résolus de venir assurer le gouverneur de leur obéissance, et le recevraient à Kenté (c'était le lieu fixé d'abord pour le rendez-vous) au nombre de plus de deux cents des plus anciens et des plus considérables K »

Dès sa première lettre au ministre (2 novembre 1672), Frontenac annonçait son intention de fonder, sans retard, l'établissement du lac Ontario; comme il se trouvait sans ressources, « sans troupes, sans aucune munitions de guerre ni de bouche », il demandait quelques renforts et des approvisionnements. Depuis le retour des six compagnies de Carignan-Salières, en 1669, il n'était pas venu de soldats de France au Canada; pour les obtenir enfin, le gouverneur donnait deux raisons qui devaient frapper Colbert, Tavantage incontestable du commerce français qui profiterait du trafic détourné des Hollandais, et les services que rendrait le nouveau poste à la mission sulpicienne des Iroquois. On pouvait ajouter que le fort serait, en cas de guerre, une base d'opérations en plein pays ennemi. Ces arguments n'ont point touché l'abbé Paillon, qui semble avoir gardé contre Frontenac la rancune d'un confrère posthume de l'abbé de Fénelon *. Cet honorable Sulpicien, plus belliqueux qu'on ne l'est d'habitude dans son ordre, accumule les griefs contre le gouverneur général : il se serait hâté de partir avant l'arrivée des vaisseaux de France, par crainte de recevoir un contre-ordre de la Cour; il aurait dissimulé une partie de ses projets; il aurait accablé les habitants de corvées injustes en vue de son expédition. L'abbé Faillon déclare enfin que « le motif d'intérêt privé qui détermina M. de Frontenac à cette entreprise, servit d'exemple et de prétexte à un grand nombre d'autres officiers du roi » pour la fondation de postes analogues, plus éloignés encore, et très onéreux pour la colonie '. Or ce n'est pas assurément pendant les dernières années du xvu" siècle que Ton multiplia de telles créations; et, lorsqu'on voit l'abbé Faillon citer, à l'appui de son dire, une lettre du minisire de la marine de 1753

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