Margry, I
Salle ' donne pleinement raison à sa prudence; les Iroquois, malgré la paix conclue, n'avaient jamais cessé d'inquiéter les nations des Lacs par de continuels partis de guerre; ils devaient donc redouter, si Frontenac ne déclarait pas hautement ses intentions pacifiques, une nouvelle expédition comme celle de Tracy. Frontenac, en ne divulguant ses projets véritables que peu à peu, réussit la très délicate entreprise d'amener les chefs iroquois à constater dans une réunion tout amicale que les Français étaient à la fois capables de vaincre les Cinq-Nations et désireux de ne point leur faire la guerre ; ce voyage du lac Ontario nous offre un exemple des plus remarquables de l'art avec lequel Frontenac traitait la politique indigène ; il calmait les défîances anciennes, et se présentait aux sauvages si bien entouré, si persuasif et savamment familier tout ensemble, qu'il commandait aussitôt un respect voisin de l'affection. Mais, pour atteindre ce but, il lui fallait user d*abord de réserve, de dissimulation si l'on veut; labbé Faillon paraît mal venu à lui en faire un reproche, au lieu de l'en féliciter.
A Montréal, on resta dix ou douze jours à terminer les préparatifs. Sur l'avis que les Hollandais maîtres de Manhattc pouvaient profiter de son absence pour attaquer le bas Saint-Laurent et Québec *, Frontenac envoya des instructions pour fortifier la place ; décidé à revenir en arrière si les Hollandais se présentaient, mais désireux de ne point perdre de temps pour attendre un événement qu'il ne croyait pas probable, il ordonna tout pour un prochain départ à Touest ; avec sa maison, les troupes des milices sous des « ofQciers habitués » et quelques Hurons auxiliaires, il disposait de quatre cents hommes, montés dans cent vingt canots et portant les munitions nécessaires et les matériaux pour la construction du fort; à grand'peine, le gouverneur était arrivé à a régler les rangs et la marche pour ne donner de dégoût à personne »; il y était enfin parvenu; les Montréalais l'avaient fort bien accueilli; leur gouverneur particulier, Perrot, présidait en