‹ Le comte de FrontenacChapitre 84 sur 358 · Mém. des motifs · texte numérisé non relu

Mém. des motifs

C'était la rébellion formelle d'un gouverneur particulier contre le gouverneur général. Frontenac ne pouvait tolérer cette insolence sans compromettre l'autorité que le roi lui avait confiée; une décision énergique et prompte était nécessaire ; mais comment, pendant l'hiver, diriger contre Montréal une expédition? Le coupable n'en eût sans doute pas attendu l'arrivée ; d'autre part un officier seul, envoyé pour arrêter Perrot, aurait eu certainement le sort de Bizard; c'est à Québec, au siège du gouvernement, que l'affaire devait être portée. Mais Perrot y viendrait-il? Toujours est-il que Frontenac lui fit passer l'ordre de relâcher ses prisonniers et de descendre à Québec, pour comparaître devant le Conseil Souverain. Le mémoire que le gouverneur général adresse sur ce sujet à Colbert ne dit rien d'une autre démarche, justement signalée par Tabbé Paillon et après lui, par Parkman ' ; il s'agit d'une lettre par laquelle Frontenac aurait engagé l'abbé de Fénelon à s'interposer auprès de Perrot, pour lui représenter l'inconséquence de sa conduite et l'inviter à ne point aggraver son cas en n'obéissant pas à la citation qui lui était lancée ' ; à ce moment, les relations étaient excellentes entre le gouverneur général et Tabbé ; celui-ci n'avait point marchandé les éloges à l'expédition du lac Ontario'; il avait reçu dernièrement la concession de rile Courcelles^; son intervention amicale pouvait donc être utile, mais il n'aurait pas dû se promettre qu'il épargnerait à Perrot le traitement qu'il méritait; rien ne l'autorisait à crier au guet-apens, parce que Frontenac, dès sa première entrevue avec Perrot, fit arrêter et emprisonner au château Saint-Louis le gouverneur rebelle (29 janvier 1674).

Le Conseil Souverain délégua aussitôt, pour instruire l'afTaire, deux de ses membres, Tilly et Dupont, et Perrot se prêta sans observation au premier interrogatoire, qui eut lieu le dernier jour de janvier. Mais ensuite, lorsque la procédure fut reprise après les fêtes du carnaval, on voit l'accusé changer brusquement d'attitude : il récuse ses juges, prétexte que leurs relations avec Frontenac ne les laissent pas libres de leurs décisions; on n'en poursuit pas moins les interrogatoires, mais, à chaque séance, il

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