‹ Le comte de FrontenacChapitre 85 sur 358 · Paillon, III · texte numérisé non relu

Paillon, III

iSuit donner acte à Penrot de ses protestations. Les choses en

étaient là lorsque Frontenac, trouvant une occasion d'écrire en

France par la voie de Boston, s*empressa d'envoyer à Colbert, le

16 février 1674, un mémoire sur la question, pensant qu'il pourrait

aToir une réponse par les vaisseaux de l'année. Cet espoir fut

déçu, car, lorsque Colbert rédigea sa lettre du 17 mai, le mémoire

ne lui était sûrement point parvenu; dans le cas contraire, il

n'eût pas terminé par ces mots : « Sa Majesté m'ordonne aussi

de vous recommander particulièrement la personne et les intérêts

du sieur Perrot, gouverneur de Montréal et neveu du sieur Talon,

son premier valet de chambre '. » L'abbé de Fénelon, pendant ces

premiers débats, n'était pas resté inactif; étonné, puis irrité de la

rigueur de Frontenac, il avait voulu s'entremettre, avait sollicité,

jusqu'à se rendre importun, des audiences du gouverneur général ;

pais sur les refus de celui-ci, le maladroit abbé s'avisait de'com-

maniquer en secret avec Perrot prisonnier! Il n'eût pas mieux fait

s'il eût voulu provoquer la colère de Frontenac, dont le moindre

défaut était de ne point aimer la contradiction; après quelques

joars de démarches, craignant, nous dit Paillon, que le gouverneur

exaspéré ne lui retirât le bénéfice de ses libéralités antérieures,

il regagna Montréal et transféra au séminaire de Saint-Sulpice

la concession de 111e Courcelles (â6 février 1674). Tranquille

désormais sur les conséquences de sa conduite, il ne va pas

tarder à faire de nouveau parler de lui et à compliquer, par son

zèle brouillon, l'affaire de son ami Perrot.

L'arrestation du gouverneur de Montréal avait permis à Frontenac de reprendre, avec une énergie nouvelle, sa campagne contre les coureurs de bois. L'œuvre accomplie pendant cette année 1674 est considérable; elle fut poursuivie avec une méthode persévérante, qui fait grand honneur à Frontenac. Carion, dont la conduite violente avait amené le procès de Perrot, fut une des premières victimes de ces rigueurs ; dès le 6 avril, il était mis aux arrêts, par décision du Conseil Souverain, pour avoir contrevenu aux ordres du roi et du gouverneur général; on le laissait libre toutefois de sortir pour vaquer à ses affaires dans Montréal, « à la charge de se présenter toutes fois et quantes il serait ordonné » par Tilly, conseiller délégué; le 24 septembre, le Conseil le

i. Clément, UI^ 574.

condamnait à cent cinquante livres d'amende, <c pour avoir équipé de marchandises des coureurs de bois ». Brucy, Tagent principal de Perrot, fut puni de même, après une longue détention, de 200 livres d'amende. Parfois les peines étaient encore plus dures, car Frontenac n'avait rien retranché de son ordonnance de septembre 1672; un arrêt du Conseil Souverain, le 23 juin 1674, condamne à la pendaison un coureur nommé Thomas; un autre, Yvelin, devra faire amende honorable et sera banni pour deux ans de Montréal; la sentence sera placardée dans cette dernière ville, à la Chine et dans Tîle Perrot. Dès le mois de février 1674, Frontenac avait renouvelé sa prohibition contre la vente des armes aux sauvages et rappelé qu'un indigène, surpris en état d'ivresse, devait payer une amende fixée à une peau d'orignal *•

Pour assurer cette répression impitoyable, il avait envoyé à Montréal des agents sûrs; un officier, La Nauguère, recevait commission, le 10 février 1674, pour « commander dans la ville et Ile de Montréal pendant que le sieur Perrot en serait absent » ; un magistrat spécial avait été créé pour l'expédition des affaires relatives aux coureurs de bois : c'était Boisvinet, jadis établi par Talon comme juge à Trois-Hivières. Ces deux nominations ne tenaient point compte de la seigneurie du séminaire de Saint-Sulpice que l'on n'avait pas consulté; mais les prêtres de cette communauté se contentèrent d'une protestation modeste, probablement de pure forme, qu'ils firent porter au juge ordinaire de Montréal, d'Âilleboust, par leur procureur fiscal, Migeon de Bransac *; il n'en fut point tenu compte, car le 20 octobre 1674, Frontenac signait une ordonnance pour faire payer à La Nauguère les appointements de gouverneur de Montréal, retenus à Perrot '.

Dans Tété qui suivit les débuts du procès, Frontenac monta lui-même à Montréal pour présider à la grande foire annuelle qui s'y tenait à la venue des sauvages. La Potherie *, après La Hontan •, décrit ces marchés, où se rassemblaient des indigènes venus de cinq ou six cents lieues à la ronde : les étalages étaient dressés sur le bord du fleuve, et des soldats exerçaient une surveillance cons-

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