‹ Le comte de FrontenacChapitre 86 sur 358 · Lettre IV · texte numérisé non relu

Lettre IV

tante, car on avait vu des traitants enivrer les sauvages, ou même Jes assommer pour s'emparer de leurs pelleteries *; la foire durait parfois tout Tété, de juin à septembre; en échange de leurs pelleteries, les sauvages recevaient des ustensiles, des vêtements ; malgré des défenses souvent réitérées, on leur vendait aussi des liqueurs fortes, des armes et des munitions. Le malicieux La Hontan soupçonne que les gouverneurs généraux venaient à ces réunions pour « partager le gâteau » : Frontenac, en 1674, avait mieux k faire; dans un billet qu'il adresse, le 4 juillet, au major de Québec*, il montre comment il s'occupe, et se félicite d'un bon coup de filet de M. de Verchères, qui lui ramène douze coureurs de bois, dont La Rousselière et La Noyé, qui ne sont pas des moins fameux. Ce n'était pas tout d'arrêter les coureurs, il fallait encore les fixer, pour que leur travail profitât davantage au développement de la colonie; le gouverneur n'y manque point; le témoignage de ses lettres à Golbert' est ici confirmé par les documents moins personnels du Conseil Souverain. Docile aux avis du ministre, Frontenac encourageait les Canadiens à construire des vaisseaux ; Bazire, malgré les dangers de la guerre avec la Hollande, venait d'en envoyer un aux Antilles; d'autres promettaient de s'adonner à la pêche ; des vagabonds, frappés d'abord d'une amende, recevaient ensuite des terres pour devenir habitants; le Conseil Souverain rappelait aux concessionnaires de domaines l'obligation où ils étaient de défricher à peine de déchéance*. A la fin de 1674, après une nouvelle ordonnance du 5 novembre *, Frontenac se vantait qu'il n'y avait plus que cinq coureurs de bois réfractaires. Cela ne signifie pas qu'il condamnât entièrement la traite; il savait qu'elle est nécessaire à la vie même de la Nouvelle-France, où, faute d'argent, les pelleteries sont la monnaie courante ; mais il voulait éviter, sous prétexte de traite, la dispersion et l'indiscipline des colons : l'arrêt du Conseil de Québec du 22 avril 1675 « est très précis à cet égard; il formule, de la manière la plus heureuse, la pensée vraie de Frontenac : il restreint le bénéfice de la

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