‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 154 sur 395 · Défense de · texte numérisé non relu

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est prononcée la condamnation définitive de Louis Boulduc. La Martinière, qui remplaçait au siège de procureur général d’Auteuil absent, n’était pas mieux vu de Frontenac; il s'était naguère associé aux démarches si mal accueillies du conseiller Damours, et le gouverneur général ne lui avait point pardonné davantage . Donc, depuis 1678, le Conseil souverain ou du moins la majorité des conseillers fut résolument hostile à Frontenac. Les amis du gouverneur, qui le défendaient à Paris, comprenaient bien la politique suivie par ses adversaires; le plan était d'exaspérer Frontenac pour l'amener à se mettre dans son tort : « ils ne se sont portés à des extrémités avec lui, disait l'un de ces officieux à Seignelay, que pour l'obliger à en venir aussi à la violence, et dans la pensée de justifier tout ce qu'ils ont avancé contre lui ?, » Doit-on s'étonner que Frontenac soit tombé dans ce piège? Presque tous ceux qui, dans la colonie, étaient en situation de correspondre avec la Cour, lui étaient décidément opposés; seul, sans appui que sa confiance en lui-même, il devait lutter de toutes les ressources de sa volonté contre des adversaires assez nombreux pour diversifier les attaques et se relayer les uns les autres; sans doute, il souffrait d’être contraint à des arguties de mauvais plaideur, alors qu'il avait une idée si haute de ses devoirs politiques sur cette terre lointaine où le roi lui avait confié la mission de développer le domaine de la France, alors qu'il se fût volontiers dévoué tout entier à cette œuvre assez grande pour remplir sa vie, Mais Colbert avait mis un espion sur ses pas : l’intendant Duchesneau, jaloux de sa supériorité, surveillait toutes ses démarches, attentif à dénoncer la moindre de ses initiatives, à solliciter malignement la vigilance de ses ennemis, à l’user en un mot, par de vilains procédés de petite guerre. Ce fonctionnaire encombrant agissait-il d’après les inspirations de son propre tele? N'était-il que l'instrument inconscient d’adversaires autrement fins que lui? Par lui, dans tous les cas, le maintien de Fronlena* dans la Nouvelle-France devint impossible ; sur lui doit peser là responsabilité d’une révocation dont la colonie porta la peine.

Nous ne savons quelle avait été, dans les débuts de sa carrière,

1 Jug, du G. $., Il, 524, 720, 722, 727, 751, 7176.

2. Défense de Frontenac par un de ses &nis. Ar. col., GC. G. Can., V, 279. — M. TP, Bedard attribue ce mémoire à la comtesse de Frontenac; ce n’est là dune hypothèse, d’ailleurs vraisemblable.

la conduite de Duchesneau, ni quels services l’avaient désigné pour l’intendance du Canada! ; mais, du jour où il eut débarqué en Amériiue, sa maxime constante semble avoir été de contrecarrer en tout la politique du gouverneur général. Peut-être lui pardonnerait-on si, comme l’évêque Laval, il luttait au grand jour, violent mais sincère et brave jusque dans ses colères: Duchesneau n’a rien des hommes de cette allure; il est faux, obséquieux et plat; il suffit de lire ses mémoires à Colbert, ou même les réponses de ce ministre, pour se convaincre qu'on est en face d'un personnage inférieur d'intelligence et de caractère, qui pouvait être tout au plus un bon commis subalterne. « Vous parlez dans vos lettres, lui écrit Colbert, comme si M. de Frontenac avait toujours tort, et vous êtes persuadé qu’il ne doit rien faire dans l'exercice et dans les fonctions du pouvoir que le roi lui a donné, que de concert avec vous; enfin, il paraît que vous vous mettez toujours en parallèle avec lui... Il vous faut bien éclaircir de la différence entre un gouverneur et lieutenant général du pays, qui représente la personne du Roi, et un intendant... ; vous ne devez rien faire dans vos fonctions que d'accord avec lui ?... » Il n’est pour ainsi dire pas une lettre où Colbert ne rappelle à Duchesneau qu’il doit au gouverneur général une stricte déférence; et le ministre écrit alors, comme on a pu le voir par la citation qui précède, sur un ton sec et quelque peu méprisant. Il en use autrement avec Frontenac qu'il a toujours ménagé: méme plus lard lorsque Seignelay rédige la correspondance des colonies, depuis 1681, les lettres au gouverneur formulent les reproches de la Cour avec ume certaine réserve; le ministre ne commande pas, il conseille, il exhorte *; il prévient le gouverneur général qu'il s'expose, en ne modifiant point sa conduite, à un rappel prochain; mais malgré tout, un sentiment d'estime el presque de respect perce sous ces remarques ; il semble que, suivant Les habitudes de son père, Seignelay veuiile laisser entendre qu'il s'adresse à un homme supérieur, dont les faiblesses mêmes

ne sont point sans excuses.

1. Duchesneaw amœit été employée dans la généralité de Tours (Clément, HE, 594): cependams M. l’archiviste départemental d’Intlre-et-Loire ne connai dans son ressort aucune pièce où # sat question de ce personnage.

2, Lettre du 22 avril 269 Clément, II, 638.

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