‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 194 sur 395 · RE ER · texte numérisé non relu

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Conseil, à leur demande, cassa le jugement de la prévôté (31 octobre 1680); c’est dire qu'il arrêtait à Québec, sous prétexte du paiement de dettes assez mal établies, les marchandises dont la vente, si on les eût laissé passer dans le haut pays, aurait permis à La Salle de continuer ou du moins de consolider son entreprise. Est-ce seulement mauvaise volonté contre le découver? Peut-être surtout ignorance de ses projets véritables et coucession, assez difficile à refuser, aux intérêts des créanciers, qui étaient à portée de présenter directement, tous les jours, leurs réclamations aux magistrats. Mais, pour La Salle, le préjudice était le même.

Duchiesneau n’était point favorable à La Salle, l’une des sept persorues contre lesquelles seules il écrivait à la Cour !; il lui avait :ü !, sans doute, pour motiver cette inimitié, que La Salle parüt lié avec Frontenac et peu sympathique aux Jésuites; le découvreur s: risignait que, parmi des hommes qui lui arrivaient @* Frau ©. l'intendant en eût arrêté un à Québec de sa seule autorité, qu: u!:s tard, lorsqu'il instruisait le procès de ses déserteurs du fort Crèvecæur, qui avaient emporté quantité de marchandises, il n’avait cherché que l’occasion d'accumuler des témoignages contre le chef de l'expédition ?. L’un des reproches les plus ordinaires de l'intendant porte sur l’abus que La Salle aurait fait des congés de traite, malgré toutes les défenses du roi. Certainement, La Salle dut en délivrer un grand nombre; à la fin surtout, quel autre moyen lui restait-il de grouper autour de lui les quelques hommes dont il avait besoin ? Cependant, pour le peu perspicace intendant, il n’est qu’un imposteur : « sous prétexte d’une découverte, il envoie traiter et traite lui-même dans les nations outaouaises, qui ne sont pas de sa concession, et donne des congés à plusieurs particuliers d’aller traiter avec les sauvages * ». Parmi ces particuliers, Duchesneau signale le juge de Montréal, le gouverneur de cette ville et les deux secrétaires de Frontenac. Sans doute, l’'intendant prétend démontrer de cette manière, que La Salle achète le concours des principaux fonctionnaires de la Nouvelle-France; par une ironie curieuse, c’est à Bellinzani, le directeur du commercé dont nous connaissons les

1. Lettre du 13 nov. 1681. Ar. col., C. G. Can., V, 295. 2. Lettres de La Salle. Margry, II, 65, 225, 3. Id., id., 112, 265.

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Aux griefs de l’intendant, La Salle répond que jamais il n’a donné de congé hors des limites de sa concession; il avoue seulement qu'en 1680, après les grandes pertes qu’il avait subies, il ne pouvait s'acquitter envers ses gens; pour les dédommager, il remit à plusieurs d’entre eux des autorisations écrites de traiter dans les dépendances du fort Frontenac, comme il en avait le droit; son but était, pendant son absence, de tenir ainsi le fort muni de marchandises, pour éviter que les Iroquois ne portassent leurs pelleteries aux Anglais; de même, en 1681, il a donné divers certificats à des compagnons qui venaient l’aider dans sa découverte, « afin qu'on ne les arrêtât pas comme coureurs de bois » !. La conduite de La Salle ne manque pas d’excuses, mais dès lors des conflits étaient inévitables au fort Frontenac, par exemple, entre les agents de Plet et les hommes laissés par La Salle sous les ordres de La Forest : en juillet 1682, Duchesneau rend une ordonnance par laquelle il est fait défense « à La Forest et à toutes autres personnes de fournir aucunes marchandises pour être traitées audit fort, jusqu’à ce que Plet soit remboursé de ses avances » ?. De plus, si La Salle essayait de trouver des compagnons en leur offrant part aux bénéfices de sa découverte, il était impitoyable pour ceux qui prétendaient s’y associer sans son aveu; les coureurs non munis de ses commissions étaient l'objet de toute sa rigueur; La Potherie assure que ses gens avaient permission de les piller, et les sauvages défense de traiter avec eux. La Salle agissait ainsi, parce que «le commerce qu'il faisait était le véritable moyen d'entretenir ces peuples, et qu'il ne pouvait réussir dans ses découvertes, s'il ne les attirait à soi ° », mais en accusant aux yeux des indigènes les divisions qui régnaient entre les Français, servait-il exactement les intérêts d'ensemble de la colonie? L'étendue de «ses concessions et découvertes » était mal déterminée; pour assurer des ressources à son entreprise, il voulut en reculer trop loin les bornes : ainsi s’expliquent les plaintes qu’il formule contre du Lhut et ses coureurs de bois et les réserves que Frontenac, d'abord tout acquis à ses projets, fut obligé de poser ensuite; la recherche d’une voie

2, Id.. id., 193, d La Potherie II, 143.

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