P. 10. Biographie de M“ Laval
3 La Hontan, 1, 59 ss.
4 Mandements.… 1, 114.
prétaient à quelque dissipation, et l'attachement de La Hontan pour son Pétrone n’était peut-être pas une manie de bibliophile; mais, dans une société déjà nombreuse, comme celle de la Nouvelle-France, était-il opportun d'user, pour de telles vélilles, des dernières sévérités ecclésiastiques? Il est douteux que l'intérêt même de la religion le commandât, et les conseils d’un gouverneur plus intelligent que La Barre en auraient sans doute averti les chefs de la chrétienté canadienne.
Mais nulle part La Barre ne montra, mieux que dans sa politique indigène, combien il était au-dessous de la mission qui lui avait été confiée; Frontenac encourageait également toutes les découvertes, suivant l'exemple que lui avait laissé Talon; il protégeait La Salle contre ses adversaires, mais pas assez cependant pour ne point comprendre l'utilité des expéditions de du Lhut; s’il entrait volontiers en relation avec les Jésuites missionnaires des Iroquois, parfois même avec ceux du Saut-Sainte-Marie, il avait eu soin que tous les pays concédés à La Salle fussent desservis par des Récollets; il maintenait ainsi l'équilibre entre les explorateurs rivaux comme entre les ordres religieux concurrents. La Barre n’a plus de ces habiletés; il ne sait pas défendre contre les représentants de la ferme métropolitaine les intérêts de la nouvelle Compagnie canadienne de la baie d'Hudson; il abandonne l'œuvre de La Salle aux jalousies d’une société hostile, dont fait partie du Lhut; les Jésuites des missions de l’ouest ne sont plus pour lui de simples collaborateurs, mais bien les agents officiels du gouvernement auprès des indigènes; tels les PP. Engelran à Michillimackinac, Nouvel à la baie des Puants'. Les Récollets perdent leur monopole religieux pour les pays de la découverte de La Salle ?; c'est seulement après de longues disputes en Cour qu'on leur réservera le vicariat apostolique si disputé de ces régions ?.
La traite de Tadoussac et de ses environs appartenait à la ferme, et par conséquent, la chasse sur ces territoires était interdite aux particuliers; la valeur de Tadoussac, très grande au début de la colonisation française, avait diminué à mesure que des postes nouveaux étaient fondés vers l’ouest: on avait mème
4. Ar, col., C. G. Can., VI, 523 ss, 2. Cf. lettre des administrateurs, 6 nov. 1686. Margry, V, 25. 3, Ar. col., C. G. Can., VIIL, 188.
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évacué quelque temps cette station, en 1670, à la suite d’une épidémie de petite vérole !; mais les découvertes dirigées du côté de la baie d'Hudson lui avaient rendu quelque activité; sous le gouvernement de La Barre, Riverin, ancien secrétaire de Duchesneau, sous-loua la ferme de Tadoussac à Jean Oudiette, fermier du domaine d'Occident. Mais à peine y était-il établi, que les réclamations affluèrent à Québec; plusieurs habitants des côtes du bas Saint-Laurent assuraient que Riverin, sous prétexte de faire respecter les droits de la ferme, interdisait la traite sur des territoires qui avaient toujours été francs de cette servitude. En effet, d'après une enquête de l’intendant, toutes les dépositions s’accordent pour condamner les prétentions de Riverin; les plus formelles sont celles d# deux anciens employés de la ferme, à Tadoussac même, Charles Cadieu de Courville, « interprète pour la langue algonquine », et Nicolas Juchereau de Saint-Denis, «bourgeois et habitant de Québec ». Jamais, d’après ces témoins, les territoires litigieux n'ont relevé de la ferme; Riverin a seulement voulu abuser de ses protections pour faire le commerce à son propre compte; les associés de la nouvelle Compagnie de la baie d'Hudson en fournissent aussi des preuves non équivoques, et demandent la suppression du privilège de Tadoussac, dont il est fait un si fâcheux abus ?.
Ils n'eurent pas gain de cause, et c’est regrettable, car il eût valu la peine, à ce moment, de soutenir les tentatives canadiennes dirigées vers la baie d'Hudson : une association, dont faisait partie le conseiller La Martinière, s'était formée à Québec, au printemps de 1684; elle demandait à Seignelay quelques franchises de droits *, puis, avant même d'attendre la réponse, organisait sa première campagne; La Martinière en personne se rendit à la baie, mais il y rencontra les Anglais bien établis et fut obligé de prendre contre eux mille précautions; ainsi peu libre de ses mouvements, il ne put presque pas traiter et revint à Québec : les Anglais, dit-il, sont soutenus par une Compagnie puissante; ils ont avec eux trois ou quatre renégats français qui connaissent le pays; les Canadiens ne sont qu'une poignée de trappeurs à peine armés; un vaisseau du roi leur serait nécessaire pour s'emparer