Mëm. et Doc., II
2, Id,, id., 160, 175, 179.
3. Voyage de Villieu. — Lettre de Frontenac, 2 nov. 1695. — Mémoire de
1695. Ar, col., C. G,. Can., XIII, 153, 314, 322, — Mém. et Doc., II, 174. 4, Ar, col., C. G. Can., XIII, 134.
ÿ. Mém, anonyme, 1695-96. — Frontenac au ministre, 1695. Id., XIV, 38. — La Potherie, III, 257; IV, 40.
acadienne et dès lors les négociations entre les Abénaquis et les Anglais furent rompues; la maladresse de Guillaume Stoughton, gouverneur intérimaire de Boston, y avait contribué aussi : les Abénaquis n’entendaient point qu’on les traitât dédaigneusement comme l'avait fait ce personnage, de « sujets rebelles de la couronne d'Angleterre », et ce langage imprudent ne servit que les intérêts français,
Cependant les Bostonnais avaient beaucoup rabattu de leur ancienne arrogance, et, dans les pourparlers entamés avec Frontenac pour un échange général des prisonniers, ils montraient, dans la forme du moins, quelque modération; à la suite d'un accord intervenu entre les souverains d'Europe, Frontenac invitait le gouverneur de Boston à lui envoyer sur un vaisseau non armé tous les prisonniers français qu’il gardait encore; ce bâtiment ramènerait les prisonniers anglais. Lorsque l'été suivant le Zryal vint à Québec, le gouverneur fut surpris d’en voir descendre seulement cinq Français; on lui écrivait de Boston que « tous ceux qui avaient voulu s'étaient embarqués »; lui-même alors ne laissa partir que quelques Anglais, se réservant d'amener les autres, l’année suivante, sur un vaisseau français pour lequel il demandait un sauf-conduit, et dont les officiers pourraient vérifier à Boston, Manhatte et même Orange, s’il ne restait, des prisonniers français, que des résidents volontaires !, Ainsi Frontenac, peu confiant dans la sincérité de ses voisins, gardait toujours, à leur égard, sa liberté d'action. À
Il y avait d'autant plus de mérite que ses relations avec la France étaient moins sûres; des croisières anglaises barraient l'entrée du Saint-Laurent, et les bâtiments de commerce, s'ils n'étaient fortement convoyés, n’arrivaient point au Canada c'est pourquoi le ministre recommandait aux officiers des vaisseaux du roi de donner la chasse, à l'aller et au retour, aux corsaires anglais; on renforçait, à cet effet, les équipages des navires courriers de 1693; quelques hardis aventuriers, comme le capitaine Baptiste, avaient obtenu du roi de petits commandements pour faire la course dans l'Atlantique du nord contre les escadres anglaises; cependant, plusieurs bâtiments français portant «des
1. La correspondance relative à cet échange de prisonniers est au tome XIII de la Corr. gén. Can., aux Ar. col,
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vivres étaient capturés : en 1692, le Saint-Jacob ; en 1694, le Saint- Joseph; les côtes étaient si peu sûres que, lorsqu'on était longtemps au Canada sans nouvelles d'Europe, on craignait que tout le convoi de France n’eût été enlevé par les Anglais; réciproquement, dans les ports de la métropole, on faisait partir les vaisseaux marchands plus tôt que d'habitude, afin de tromper la diligence des ennemis !.
Le Canada luttait donc avec ses seules forces; quoique toujours exposé à se voir coupé de la France, il avait de 1690 à 1695 fortifié beaucoup ses positions contre les Anglais; les gouverneurs de Boston consentaient à négocier avec Frontenac, d'égal à égal; les relations avec la baie d'Hudson, Terre-Neuve, l’Acadie, étaient multipliées autant que le permettaient l’indigence de la colonie française et les dangers de la navigation parmi les croiseurs anglais. Pendant son premier gouvernement Frontenac, libre de tout souci de ce côté, développait à loisir sa politique indigène; la tâche est double cette fois, mais son intelligence et sa volonté suffisent pour l’embrasser tout entière; en même temps que de ses voisins anglais, il s'occupe des [roquois et des nations d’en haut.
En 1692, les Iroquois étaient venus, comme l’année précédente, s'établir à poste fixe pendant la saison des semences en tête de l'ile de Montréal; au printemps, Frontenac en personne alla diriger contre eux quelques attaques; les premières n'ayant pas réussi, l’on diseuta le projet d’une action plus générale; mais les vaisseaux de 1692 n’amenèrent aucun renfort, et lorsque le gouverneur revint à Montréal, au moment de la moisson et de la traite, il dut lever trois cents hommes des milices pour protéger autour de la ville les travailleurs des champs; personne ne sortait qu'en armes, et de proche en proche, par des signaux convenus, on s’annonçait la présence de l'ennemi. L'histoire canadienne de cette époque est pleine d’anecdotes qui montrent quelle était alors l'incertitude chronique où vivaient les habitants, et comment, avec quel courage, quelle présence d'esprit, ils s’accoutumaient pourtant à cette existence de continuelles alertes : une
1. Champigny au ministre, 8 oct. 1692. — Frontenac au ministre, 25 oct. 1694, — Mém. de janv. 1695. Ar, col., CG. G. Can., XII, 84; XIII, 22 et 314. — Mém, et Doc., II, 127, 152, 162, 172. — La Hontan, lettre XXII. — La Potherie, IV, 77,
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jeune fille de quatorze ans, Madeleine de Verchères, voyant un
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jour, en l’absence de ses parents, leur domaine envahi, se jette dans le fort de la concession, poste aux créneaux ses deux frères, âgés de douze et dix ans, et deux soldats, — toute sa garnison, — et se couvrant elle aussi d’un chapeau masculin, pour mieux tromper les Iroquois, leur en impose si bien qu'ils se croient en présence d’une troupe nombreuse, n’osent pas attaquer la famille d'un colon qui débarque à quelques pas d'eux, et s'enfuient, sans avoir rien fait que piller la campagne, lorsqu'arrivent quarante soldats de Montréal. A La Chesnaye, un vieux garçon venait d'entrer dans la maison d'une veuve qu'il courtisait, lorsque parait un groupe d'Iroquois; chacun alors de saisir un fusil et de tirer sur les maraudeurs par les fenêtres, quitte à reprendre après leur départ la conversation interrompue #.
On s'était donc, depuis un an, tenu à cette vigoureuse défensive que recommandaient les lettres de la Cour; il devenait pourtant uécessaire d’effrayer les Iroquois par une démonstration sérieuse : ils venaient encore d'envoyer, heureusement sans grand succès, deux partis par le lac Champlain et le lac Saint-François. Callières après avoir ravitaillé le fort de Chambly, en fit le point de concentration d’une troupe de cinq à six cents hommes, soldats, habitants, Iroquois du Saut, qui devaient opérer, en plein hiver, contre les Agniers. Les miliciens surtout, jaloux de se venger des dommages subis par leurs habitations, montraient beaucoup d’ardeur : les Agniers, rejetés dans leurs villages par une marche bien combinée, perdirent nombre de morts et trois cents prisonniers; Les Français auraient voulu décider leurs alliés à « casser la tête » de ces captifs, afin d'alléger la colonne et d’aller surprendre Orange, « mais on ne put jamais les y résoudre, quoiqu’ils l’eussent promis tant à M. le Comte qu’à M. de Callières, aussi l’expédition n'atteignit pas son entier résultat ». On brûla toutefois, avant de rentrer à Montréal, trois fortins iroquois ? (janvier-mars 1693) et Callières, apprenant à son retour
1. Voir une lettre autographe de M'° de Verchères sur cet épisode aux Ar. col., M. S, M., IV. Le récit également autographe qui est au tome V dela mème collection, a été écrit longtemps après les événements, et parait moins sûr. — Cf. La Potherie, IT, 152 ss, — Mém. des guerres de 1682-1712. — Parkman (Count Frontenac, chap. XIV) raconte en détail l’histoire de Verchères.
2, Relation de 1692-1693, Ar. col., CG. G. Can., XII, 182 ss.
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que les Agniers unis aux Anglais complotaient une prochaine campagne de revanche, fit fortifier à neuf tous ses postes, ainsi que Montréal : un petit ouvrage fut élevé sur la colline qui domine la ville. En même temps, le commandant du fort Chambly, des Bergères, s’attachait à rendre impraticables les portages que suivait ordinairement l'ennemi, tactique excellente en ce pays dont les larges rivières sont coupées de rapides qu’il faut tourner !.
Les grands projets des Anglo-Iroquois, en 1693, n’eurent point de suite, et Frontenac, sur l'avis que des émissaires anglais avaient été vus aux Miamis, envoya des ambassadeurs à ce peuple pour le maintenir dans notre alliance. En même temps, pour exciter le zèle des indigènes contre l'ennemi le plus dangereux de la colonie, les administrateurs instituèrent des primes de chasse : on payait vingt écus par Iroquois prisonnier, dix pour chaque mort dont on rapportait la chevelure. Avec des adversaires pareils à des bêtes féroces, force était bien de recourir à de tels moyens; en 1694, on demandait au roi douze mille écus pour cet objet : cela suffirait, disait-on, à détruire les Iroquois ?. La prime était accordée aussi bien aux indigènes des nations d'en haut qu'aux sauvages chrétiens des missions; c'était une manière d’employer, au mieux des intérêts de la colonie, les fonds bien peu considérables dont on disposait; un état de 1691 note que cette politique revient moins cher et réussit mieux que celle des campagnes réglées avec des contingents européens; en 1693, le total des présents faits aux sauvages monte à plus de neuf mille cinq cents livres *, sans compter les primes; par des dépenses de ce genre, Frontenac entretenait notre union si nécessaire avec les nations d'en haut.
En 1693, au moment même où l’on craignait, à Québec comme à Montréal, une attaque des lroquois et des Anglais, cent quatrevingt-six canots descendaient la rivière des Outaouais, apportant de grandes quantités de castors et d’autres pelleteries ; les ennemis postés au confluent de l’Ottawa et du Saint-Laurent s'étaient dispersés à la vue de ce convoi, qui comptait près de sept cents hommes, dont cent soixante Français. Les Montréalais accueillirent les arrivants avec enthousiasme; les chefs indigènes étaient