Jug. du C. S., III, 389-398, 418, 429 et passim
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tions et de la distinction que le roi veut que l’on ait pour lui‘. » Champigny, naguère associé aux moindres démarches de Denonville, ne pouvait admettre qu’on le reléguât maintenant au second plan.
C'était assurément une besogne fort ingrate que celle de comptable des deniers publics dans la Nouvelle-France ; car on se trouvait pris sans cesse entre les besoins de la colonie et les avis de la cour, invitant à la plus stricte économie ; cependant Champigny n'avait pas moins tort de blâmer auprès du ministre les dépenses utiles engagées par Frontenac, 15 000 livres pour la réfection du château Saint-Louis, 35 000 pour d’autres travaux de forüifications, 9 ou 10 000 pour présents aux sauvages, et d’autres sommes importantes pour les partis contre les Iroquois et le ravitaillement des postes. On avait dû faire de la monnaie de cartes, et la plupart des officiers attendaient plusieurs mois échus de leur solde ; seuls, les privilégiés désignés par le gouverneur touchaient à terme leur paye et même recevaient des avances; tel des Bergères, commandant du fort de Chambly. En van mot, l'intendant assurait que les procédés de Frontenac rendaient impossible toute comptabilité régulière ?.
Le reproche adressé à Frontenac de traiter en contravention aux ordonnances était renouvelé de l’intendant Duchesneau ; si cette question de la traite avait paru assoupie sous La Barre et plus encore sous Denonville, c’est sans doute que personne n’avait alors intérêt à la ranimer. Lorsque, dès le retour de Frontenac, les principes du gouvernement changent, les vieilles querelles aussi reprennent : Frontenac, dit l’intendant, donne des congés dissimulés à des particuliers, comme Le Sueur, qui va traiter aux Sioux; les officiers détachés à Michillimackinac font un commerce public avec la complicité du gouverneur ; celui-ci n'est-il pas créancier pour 1% ou 15000 livres, de la succession de La Salle #? Nous avons dit ailleurs qu'il était en effet très vraisem-
1, Lettres de Champigny à la Cour, 10 mai 1691 et 4 nov. 1693, Ar. col., C. G. Can., XI, 266, et XII, 286. — Promotion d'officiers, le 42 nov.1690, Id., XI, 102,
2. Deux « auteurs de faux billets », Pierre Malidor et François Laurent, furent jugés et condamnés par le Conseil Souverain au printemps de 1690, (ug. du C. S., III, 402, 421.)
3 Voir les lettres des 12 oct. 1691, 4 nov. 1693, 6 nov. 1695. Ar. col., C. G. Can., XI, 282 85.3; XII, 267 ss.; XIII, 351 ss.
‘4 Lettres de Champigny, nov. 1690, oct. 1691, nov. 1692, nov. 1693. Id., XI, 136, 2815; XII, 91, 284.
blable que Frontenac ajoutait par des opérations commerciales quelques suppléments aux trop modestes revenus de sa charge; mais Champigny, comme Duchesneau, le dénonce moins par respect pour les prohibitions royales que par jalousie ou complaisance pour des rivaux; lui-même avoue que, pour donner l'exemple, il s'était intéressé dans une affaire de pêcheries'; Frontenac faisait-il beaucoup autre chose?
Le gouverneur général se rendait très bien compte que l’intendant dirigeait une campagne contre lui; des avis venus de Paris, par les soins de M"° dé Frontenac, l'avaient informé de ce que l'on écrivait à la cour; sa lettre du 20 octobre 1691, qui en parle au ministre, est l’une des plus dignes et fières qui soient jamais sorties de sa plume ? : « Ma révocation, dit-il, avait rendu mes adversaires maîtres des conseils et de la conduite du gouvernement; elle a été suivie de toutes les disgrâces dont cette malheureuse colonie a été accablée…. J'espère qu’il ne sera rien fait de ce que demande la cabale qui s'agite contre moi... » Le mal vient surtout des excès de zèle de quelques prêtres : le curé de Montréal est un Franc-Comtois qui voudrait établir une Inquisition pire que celle d'Espagne, et nombre de ses collègues agissent comme lui; « les ecclésiastiques commencent à traiter d’impies ceux qui sont obligés de résister à leurs passions et à leurs intérêts ». Toutefois, à ce moment, les difficultés étaient moindres pour le gouverneur général qu’à l’époque de ME Laval, car on ne voyait plus, entre tous les représentants du clergé, cette union qui avait jadis rendu la lutte si pénible; M# Saint-Vallier, en effet, ne s’entendait pas bien avec le séminaire de Québec.
Saint-Vallier, dont l’ardeur charitable et la piété méritent d’ailleurs tous les respects, demeurait au Canada le réformateur inquiet qu'il était naguère dans sa charge d’aumônier de la cour; sur le point de partir pour l'Amérique, il avait mis ses biens en commun avec ceux du séminaire de Québec, sans bien connaitre encore probablement ce qu'était cette institution; arrivé dans la Nouvelle-France, il avait com::'s que cet acte imprudent aliénait sa liberté, lui laissant seulement, dans le diocèse qu'il devait diriger, une situation financière et morale tout à fait subalterne;
1. Lettre du 6 nov. 1695. Ar. col., C. G. Can., XIII, 358. Cf. ci-dessus, p. 205% 2. Ar. col., C. G, Can., XI, 230. — Cf. lettre de nov. 1690, Id., id., 98.
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il voulut donc se dégager, mais il y eut beaucoup de peine, et, pour avoir été trop confiant d’abord, il passa plus tard, aux yeux de beaucoup de prêtres canadiens, pour un incapable et un brouillon. La fixation des cures rencontrait les mêmes obstacles sous Saint-Vallier que sous Laval, mais de plus l’ancien évêque, qui avait obtenu de repasser au Canada et de vivre en simple prêtre au séminaire, ne cachait pas qu’il désapprouvait les idées de son successeur à ce sujet; il semble, en effet, que Saint-Vallier se soit occupé de déférer sur ce point au désir bien connu du roi, et cependant, aucune nomination de curé ne fut signée par cet évêque avant 1692 : la raison en est qu’il était alors engagé dans des discussions très vives avec le séminaire. Frontenac voyait juste, quand il écrivait au roi : « Il y a ici des gens qui n’ont pas plus d’envie de voir l'autorité d’un évêque bien établie que celle d'un gouverneur !. »
Plusieurs questions divisaient l’évêque et les directeurs du séminaire : Saint-Vallier aurait voulu que, sur les fonds du roi, la plus grande partie allât aux paroisses par l'intermédiaire de l'évêque; que les cures ne fussent plus unies au séminaire, que ses biens particuliers lui fussent rendus; il se plaignait spécialement de deux prêtres, les abbés Glandelet et de Mézeray, dont il sollicitait le rappel en France; enfin il s’étonnait que le séminaire refusât d’acquitter la dime pour ses terres, comme devaient le faire, d’après ies ordonnances, tous les seigneurs ?. En 1690, déjà, l'évêque voulait passer en France pour exposer ses doléances au roi; l’arrivée de Phips retarda son départ et calma quelques jours les différends qui le motivaient; ce ne fut pas pour longtemps, car, sans attendre les vaisseaux du roi, Saint-Vallier partit sur un petit bâtiment au printemps de 1691 ; Frontenac note ce départ, mais sans amertume contre l’évêque; visiblement, il tient compte à Saint-Vallier des efforts qu'il a tentés; il exprime seulement le désir que, pour faciliter la fixation des cures, on rétablisse l’ancien édit sur le patronage des églises, aboli par une lettre de
cachet et l'on n’exige plus d’abord des seigneurs la construction d'églises de pierre ?.