‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 334 sur 395 · Id., XI, 210. 1. Mé 3. Id., id., 205. 2, La · texte numérisé non relu

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phytes : « Cela vaut mieux, disait-il, que de les exposer à boire tous les jours l’eau-de-vie des Anglais et à sucer l’hérésie !! » Si les Jésuites voulaient faire interdire le trafic de boissons, qui attirait les sauvages auprès des officiers du gouverneur et des marchands, c'est qu’ils considéraient le Canada comme une terre de prédication et par suite de domination; ils imploraient pour leurs missions la générosité du roi; « par cette colonie, écrivaient-ils, le nom de Sa Majesté se répand chez toutes les nations jusqu’au golfe du Mexique; la religion est portée à plus de sept cents lieues de Québec ? ». Ils oubliaient que, si La Salle avait établi le lien entre la Nouvelle-France et le golfe du Mexique, ils n’y avaient, eux, nullement contribué, tout au contraire. Mais, sur ces pays récemment découverts, ils comptaient bien développer « le champ de leur travail apostolique », et la surveillance des agents de Frontenac les génait.

Le gouverneur général connaissait leurs ambitions, et comme autrefois il encourageait les Récollets pour y faire contrepoids; il s'était assurément mis d'accord sur ce point avec ME Saint- Vallier, lorsque en 1691 ce prélat était parti pour la France; nous voyons en effet que, parmi les prêtres qu’il ramena, figurent quatorze Récollets; ces religieux obtenaient, en mars 1692, des lettres patentes du roi pour l’agrandissement de leurs églises canadiennes, sous condition du consentement du gouverneur général. L’évêque, à Paris même, négociait l'achat de la maison qu’ils avaient à Québec, sous le nom de couvent de Notre-Dame des Anges, et, le 43 septembre 1692, Frontenac approuvait le contrat, en sa qualité de « syndic apostolique des RR. PP. Récollets, père et protecteur de toutes leurs missions »; dans cet édifice, il y avait, paraît-il, une partie que lui-même avait fait construire, et qu’on appelait le bâtiment de M. le comte. Au même moment, les Récollets érigeaient en couvent régulier, sans

aucune opposition de l’évêque, leur maison de la haute ville;

dans la liste des concessions pour 1692, ils sont cités encore avec une terre pour la construction de leur église; Frontenac les recommandait spécialement au ministre, les disant très désintéressés, très pauvres, et d'autant plus dignes de secours que, seuls

1. Mém. de 1695-1696. Ar. col., G. G. Can., XIV, 39 ss. 2, Id, XII, 133.

de toutes les congrégations canadiennes, ils n'avaient jamais reçu de gratification du roi. Le 12 décembre 1692, le Conseil Souverain donnait acte aux Récollets des lettres patentes du mois de mars précédent. Il est donc certain que d'aucune manière le voyage de l'évêque en France n'avait servi les adversaires de Frontenac.

Me Saint-Vallier, qui avait toujours dépensé sa fortune en œuvres de bienfaisance, songeait depuis longtemps à fonder dans sa ville épiscopale un hôpital dont il aurait la direction; il avait enfin obtenu du roi, en mars 1692, les autorisations nécessaires *, et, dès son relour, s'occupa du nouvel établissement; le couvent acheté aux Récollets y fut affecté et l'ancien bureau des pauvres de Québec en devint le conseil d'administration; il se composait du gouverneur général, de l’intendant, de l’évêque, du curé de la cathédrale, du lieutenant général de la prévôté, de deux conseillers et du greffier en chef du Conseil Souverain. Frontenac était très bien disposé pour cette œuvre, mais au Conseil l'enregistrement des lettres patentes du roi n’alla pas sans quelques protestations; le procureur général d'Auteuil décida l'assemblée à présenter certaines remontrances, à demander notamment, que les directeurs de l'hôpital « n’aient pas plus de privilèges en première instance que les officiers du Conseil, qui ont leurs causes commises à la prévôté », puis « qu’il n’y ait point de rang entre les directeurs, qui se placeront comme ils se trouveront % ». Il semble bien que cet incident exprime les craintes de quelques personnes, que le gouverneur général ne profite de la création de l'hôpital pour renforcer encore son autorité avec l’aide d’amis placés dans le comité d'administration.

D’autres discussions portèrent sur le personnel hospitalier; plusieurs conseillers, redoutant peut-être la discipline et l’indépendance des religieuses de l’'Hôtel-Dieu proposées par l’évêque, auraient préféré des laïques; mais Frontenac appuya l’avis de Saint-Vailier, Champigny s’y rangea de même, et tous finalement

1. Lettres de Frontenac (15 sept. 1692) et de Champigny (10 nov. 1692). Ar. col., C. G. Can., XII, 29, 92. — Lettres patentes en faveur des Récollets, Id., M. S. M., V, 93. — Jug. du C. $., II, 745. — ME" Saint-Vallier et l'Hipital général de Québec, 98 ss.

2. Lettres patentes d'établissement. Ar. col., M. S. M., V, 94.

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