XIII
par sa découverte la Louisiane au Canada, le Mississipi au Saint- Laurent ?
Et les fermiers avaient sur Frontenac l'avantage de s'adresser directement, tous les jours, au roi et au ministre, la facilité de gagner des convictions par l'exposé persévérant des difficultés de leur entreprise, celle aussi d'acheter des concours au meilleur moment; d’autres plaintes, celles des missionnaires, ajoutaient à l’autorité de leurs observations, et les lettres de Frontenac, arrivant une ou deux fois chaque année, ne suffisaient pas à réagir. Les officiers les plus distingués de la Nouvelle-France, Callières, La Mothe Cadillac écrivaient au ministre dans le même sens que le gouverneur; mais l'intendant, toujours ménager d'avis indépendants, contribuait par les insinuations ou les maladresses de sa correspondance à ruiner le crédit de Frontenac. Voilà comment on doit expliquer les décisions du ministre Pontchartrain, qui ne manquait pourtant ni d'intelligence ni de fermeté; tant de raisons conspirèrent à lui représenter la traite comme un simple commerce, qui ruinait des marchands et pervertissait les sauvages, qu’il crut bien faire en la proscrivant. L'erreur est certaine, mais ce n’est pas lui qui doit en porter la responsabilité principale.
En effet, pourquoi la traite était-elle devenue l'occupation essentielle de beaucoup de Canadiens? C’est qu'ils n’en pouvaient plus trouver d’autres, depuis que l'hostilité des Iroquois, provoquée par La Barre et Denonville, condamnait nombre d'habitants à laisser leurs terres incultes. Il est vrai que ce commerce était parfois l'occasion de conflits avec les sauvages ; mais c’est la guerre iroquoise qui avait multiplié les traitants, qui par contre-coup encombrait les marchés du castor et menaçait la fortune des fermiers; on voit où est la faute, si c’est du côté de Frontenac qui avait jadis si sagement maintenu la paix, ou du côté de ses adversaires, laissés maitres après son départ de la politique canadienne. Aussi bien, le gouverneur n'’avait-il jamais été partisan de la liberté absolue de la traite; d'après Callières!, il aurait, avant de rien savoir des intentions de la Cour, rappelé plusieurs Français de Michillimackinac ; c’est que ceux-là desservaient sa politique. Mais il fallait des traitants ; dans les postes, les officiers détachés et les soldats vivaient surtout de leurs échanges avec