‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 355 sur 395 · Mém. sur l’Acadie, 1696. Id., id · texte numérisé non relu

Mém. sur l’Acadie, 1696. Id., id

fort Naxoat, à l'embouchure de la rivière Saint-Jean et signalait à la Cour les discordes qui régnaient à Boston; une attaque de cette ville, disait-il, exigerait peu d'efforts : avec quatre vaisseaux du roi, six cents hommes de troupe fournis par le Canada et quatre cents sauvages Canibats et Abénaquis, le succès est à peu près sûr, le butin paiera les frais de l'expédition, et les Anglais des îles qui tirent beaucoup de Boston, seront aussi frappés que les voisins de la Nouvelle-France. À cemoment mème (juillet 1696), d'Iberville arrivait en vue des côtes d’Acadie; il était accompagné du capitaine Bonaventure et devait s'emparer de Pemkuit, position bien fortifiée qui commandait le territoire contesté entre les rivières Saint-Jean et Kinibequi. Cette opération était réputée nécessaire pour nous assurer la direction des sauvages et constituer à l’Acadie un boulevard contre les entreprises des Anglais !.

Les habitants de Boston avaient été prévenus de l'approche des vaisseaux de France. En entrant dans la baie Française ?, Bonaventure et d'Iberville aperçurent deux frégates et un brigantin qui manœuvraient pour leur barrer le passage : l’une des frégates était un beau navire de vingt-quatre canons, avec quatrevingts hommes d'équipage; d'Iberville l’attaqua pourtant et s'en rendit maître, après un combat d’une demi-heure; les deux autres bateaux, craignant un sort pareil, s’enfuirent et le brouillard ne permit pas de les poursuivre ; le lendemain, les Français entraient à Naxoat, d’Iberville exposait à Villebon son plan de campagne et ravitaillait le fort; puis il repartait avec un renfort de sauvages que Bonaventure prit à son bord ; au mouillage suivant, celui de Pentagoët, il rencontrait le baron de Saint-Castin, distribuait à ses sauvages des armes, des vêtements et quelques autres présents du roi, enfin, avec un nouveau contingent d’Abénaquis, allait investir le fort de Pemkuit. Tout jusqu'alors s'était passé conformément aux espérances du ministre; mais il restait à prendre Pemkuit, et c'était le plus difficile : la place était munie de canons et défendue par une centaine d'hommes. A la première sommation, le commandant répondit par un refus très fier ; d’Iberville lui fit alors savoir que, s'il était forcé de donner l'assaut, il abandonnerait ses prisonniers aux Abénaquis. Sur cette menace,

1. Mém. de 1696. Ar. col., C. G. Can., XIV, 6. 2. Aujourd’hui baie de Fundy.

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les Anglais se rendirent, à condition qu'on les ramènerait à Boston (août 1696). Ces conditions acceptées, d'Iberville détruisit le fort de Pemkuit et répartit entre les auxiliaires les armes, provisions et munitions abandonnées par les Anglais !. Un détachement, commandé par Villieu, conduisit les prisonniers à Boston, comme il était convenu; mais cet officier, sous prétexte qu'il était arrivé plus tard que le jour fixé, fut incarcéré plusieurs mois, puis embarqué pour la France. Villebon n’apprit qu’au bout de deux ans ce qu'il était devenu *.

D'Iberville avait donc exécuté brillamment la première partie de son programme; mais de telles entreprises étaient peu profitables, parce que c’étaient des victoires sans lendemain : à peine les vaisseaux français se sont-ils éloignés que les Anglais reviennent; ils refont en sens inverse, sans être arrètés, l'itinéraire de d'Iberville, passent à Pentagoët, mais sans s’atturder à poursuivre les sauvages de Saint-Castin dans les bois et vont assiéger Villebon dans le fort de Naxoat. Repoussés, ils pillent les habitants de Beaubassin, qui avaient pourtant accepté de Phips, six ans auparavant, un acte de soumission aux souverains d'Angleterre (septembre-octobre) *. Sans doute on ignorait, à la Cour, comment les Acadiens étaient forcés de rester en rapports avec Boston et de passer au besoin, comme ceux de Beaubassin, des traités particuliers de neutralité. Quand Villebon parlait, pour assurer la tranquillité de la colonie, de permettre la pêche aux bateaux de Boston en leur faisant simplement acquitter une taxe, on se demandait s'il n'était pas vendu aux Anglais‘, et l’on ne comprenait pas que des croisières comme celles de d'Iberville n’auraient point d’effet durable, tant que des communications permanentes ne seraient pas établies entre l’Acadie et le Canada. C'est par là que Frontenac voulait commencer, docile aux avis des habitants les plus autorisés 5, L'Acadie n’avait de valeur que comme façade, sur la mer toujours libre, d’une colonie intérieure; réduite

1. Journal de d’Iberville, 24 sept. 1696. — Callières à la Cour, 20 oct. 1696. de col., C. G. Can., XIV, 234, 242. — Corresp. de Villebon. Id., Acadie, Il, 16, 19.

2. Lettres de Villebon. 1d., id., 23, 128. — La Potherie, LIT, 290.

3. Mém. de 1696. Ar. col., C. G. Can., XIV, 12 ss. 4, Corresp. d’Acadie. Id., Ac., III, 16, 153. 5. Voir un mém. de 1698. Jd., C, G. Can., XVI, 190.

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