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à quelques postes sans ligne de soutien, elle ne pouvait être que le théâtre d’exploits de sauvages et d’inutiles razzias.
Cependant d'Iberville avait fait voile pour Plaisance, où il arrivait le 12 septembre ! ; le gouverneur Brouillan était parti sans l'attendre, pour s'emparer de Saint-Jean, principale position des Anglais à l’est de l'ile; conformément aux idées de Frontenac et de d’Iberville, des navires de Saint-Malo s'étaient joints aux vaisseaux du roi; ces bateaux pêcheurs s'étaient fort bien équipés, on en comptait trois de cinquante canons, deux de quarante et un de seize; l’armateur était un marchand appelé Danican ?. Brouillan n’ignorait certainement pas la prochaine arrivée de d'Iberville; mais c’est là précisément, d’après ce que nous savons déjà de son caractère *, la raison qu'il eut d'agir sans tarder; il ne voulait partager avec personne la gloire de la prise de Saint- Jean ni surtout le butin qu’il en espérait. Sa croisière ne fut pas sans profit : il enleva plusieurs bateaux anglais et prit quelques postes de la côte, mais, une première fois détourné de Saint-Jean par le courant qui vient du nord, il dut renoncer à une seconde tentative devant la mauvaise volonté des Malouins qu'il traitait trop durement, et rentra dans Plaisance avec ses prises. Il y trouva d'Iberville, avec les Canadiens envoyés par Frontenac, mais, au premier mot qui lui fut adressé d’une expédition commune contre Saint-Jean, il s’emporta, déclarant tout net que les Canadiens ne partiraient que s’il était reconnu comme chef unique.
D'Iberville hésitait, se rappelant peut-être les aventures de La Hontan, lorsque ses Canadiens intervinrent; ces braves gens, écrit l’érudit Charlevoix, étaient la dixième légion qui ne combattait que sous la conduite de César, et à la tête de laquelle César était invincible ‘. C’étaient en effet presque tous des amis personnels de leur chef recrutés, sur l'avis spécial de celui-ci, par d'Auteuil et Maricourt5. Voyant leur attitude très peu conciliante, Brouillan, déjà suspect aux Malouins, crut prudent de céder, et l’on combina
4. Charlevoix donne, à quelques pages d'intervalle, les dates du 12 août et 12 septembre (II, 180, 187). C’est cette dernière qui est la bonne.
2. Ar. col., CG. G. Can., XIV, 302. Ce mémoire n’est pas daté, mais parait bien par son texte se rapporter à l’année 1696. — Cf. Id., id., 324.