II
5. Le ministre à Frontenac, 31 mars 1696. Ar. col., O. d. R., 1696-97, 86.
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He ns se ee: DRRnts de prisonniers anglais et Brouilpour se joindre, avec la petite garnison de Plaisance, aux Canadiens de d'Iberville. Quelques troupes d’An glais qui tentaient de couvrir la ville furent facilement sb tels des vaisseaux purent quitter le port, emmenant tout pi qu'il y avait de plus précieux dans les habitaticns. Seul le fort fit quelque résistance, mais les Français, ayant épergi pe navires qui louvoyaient devant le port, pressèrent Nr ee: d attaque, et la garnison capitula (1° décembre); elle 6 ct : sait de deux cent cinquante colons ou sédiaten très AL ment armés, auxquels on laissa la faculté de se toi Fo terre avec leurs familles. due Entre Brouillan et d'Iberville, le partage du butin ne se fit sans difficultés; on se mit pourtant d'accord, grâce à la tn 4 sance du second et l'on se sépara, non sans avoir tnvëndié ie fort et bourg de Saint-Jean. Brouillan s'en revint à Plaisance; , eYu : 1 : À 2 A trop bien défendus pour être EN % nn tn d ) s par une bande de partisans Bonneviste et l'ile de la Carbonnière, au nord de Saint-Jean Un ancien mousquetaire devenu missionnaire en Acadie Baudouin avait suivi d’Iberville; il estime que dans cette aMpagnE Jon Anglais perdirent plus de neuf cents prisonniers, dont environ trois cents habitants !. Mais pas plus qu’en Acadie les résultats ainsi obtenus ne pouvaient être solides; les Anglais, stpulaés dés cabanes de pèche où ils vivaient, revenaient dans ls sect suivante, et n'avaient pas beaucoup de peine à se réinstaller. La Potherie a pourtant raison, quand il vante le courage des got vingt-cinq Canadiens de d'Iberville, que « ie froid a pluie la neige, la faim et la soif » n'avaient pas arrêtés. Au début du rin temps, d'Iberville était rentré à Plaisance; il s’apprêtait Den
4. Journal de Baudouin, Ar. col, Ac., III, 27 ss. — Le récit de La Potherie ’
arrivé à Terre-Neuve au printemps de 1697 it être i ‘ D A LL AT p , doit être aussi consullé pour
miner la conquête de l'ile, lorsqu'il reçut, au mois de mai, des ordres différents de la Cour.
On avait lu à Paris, pendant l’hiver, le compte rendu de l'expédition des Onnontagués et le journal des premiers exploits de d’Iberville ; le ministre espéra que ces succès pourraient être complétés l’année suivante, et rédigea un plan de campagne contre toutes les possessions anglaises; « au petit printemps », des irstructions seraient envoyées à Villebon et à Frontenac, par l’Acadie ; une escadre suivrait à peu de distance. Comme en 1696, il ne parait pas qu’on ait tenu compte des vœux du gouverneur général, et l'objectif dernier des forces françaises resta Boston, alors que la prise de New-York eût été beaucoup plus utile au Canada!. C'est qu’en France on avait des raisons de craindre surtout Boston; le ministre avait été prévenu qu’une flotte anglaise, partie d'Europe, devait rallier cette place, y prendre des renforts, et renouveler contre Québec la tentative de Phips. Il invitait donc Frontenac à relever les fortifications de la ville et tenir des troupes prêtes pour tous les cas.
La frégate le Neptune, avec les ordres du roi, quitta la France à la fin d'avril 1697. Gabarret, qui la commandait, avait des lettres pour Villebon, pour l'abbé Thury et pour Frontenac. Le rôle de Villebon était de surveiller les mouvements des Anglais et d’en informer le gouverneur général; à cet effet, il garderait sans cesse à sa disposition un petit vaisseau léger, comme celui du capitaine Baptiste. L'abbé Thury devait assurer, sans doute par les bons offices de guides abénaquis, le voyage rapide du messager porteur des instructions de Frontenac. Le gouverneur était laissé libre de commander, « s’il estime pouvoir le faire sans nuire au service ou à sa santé » ; à son défaut, Vaudreuil dirigerait l’armée. Le rendez-vous général était à Pentagoët, au sud de l’Acadie, où l’on trouverait en temps utile les contingents abénaquis rassemblés par Villebon et l’escadre venue de France; les troupes canadiennes devaient être à même de partir au premier signal. Peutêtre le ministre se doutait-il que Frontenac hésiterait à détacher une partie de ses forces en Acadie, tandis que les Iroquois voudraient se venger des défaites récemment subies; aussi prenait-il,
4. Frontenac à la Cour, 15 oct. 1697. Ar. col., C. G. Can., XV, 91. — Cf. Mémoire du roi, 4697. Zd., M. S. M., VI, 15. — Lettres de mars 1697 à Frontenac, à Villebon, à l’abbé Thury. Id., O. d. R., 1696-97, 152-156,
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pour lui exposer ses projets, certaines précautions. « Ces entreprises, dit-il, et les efforts extraordinaires que S. M. a faits pour les exécuter, tendent uniquement à préparer les moyens de réduire les Iroquois »; sur les dispositions convenables contre ces sauvages, « le roi s’en remet absolument à l'expérience du gouverneur et à son affection pour son service ! ».
Selon les avis reçus, Frontenac passa tout l'été à fortifier Québec et préparer des troupes : tandis que les soldats travaillaient aux remparts, les bourgeois de la ville, exemptés de corvée, avaient accepté en échange de les nourrir; les habitants de la côte sud, moins privilégiés, durent payer de leurs personnes, et fournirent un homme par maison pendant quinze jours; des groupes de miliciens et de soldats ne cessaient de battre la campagne et quelques chefs iroquois, inquiets de cette activité, craignaient une nouvelle surprise et faisaient demander la paix à Frontenac. En Acadie de même, les hostilités n'étaient point ralenties entre les Abénaquis et les Anglais, qui perdaient nombre des leurs ?. Mais cette fois encore, la marine de guerre ne put remplir son rôle, et par les lenteurs de l’armement, puis par la lutte contre les vents contraires, l’entreprise projetée contre Boston échoua.
Les intentions royales données à Nesmond, commandant de l'escadre, sont datées du 21 avril 1697 : la flotte, composée de onze vaisseaux et quatre brûlots, partira le plus tôt possible pour Plaisance; après avoir ravitaillé cette place, elle cherchera dans les mers voisines la flotte anglaise qui doit se rendre à Boston, et s’efforcera de la disperser; puis, prenant au passage, à Pentagoet, les quinze cents hommes de renfort, Canadiens et sauvages, qui s'y seront assemblés, elle fera voile sur Boston. Nesmond ne devra retourner en France qu'après avoir subi un échec d'importance; si, Boston prise, il lui restait du temps et des vivres, il pourrait attaquer New-York. Le roi lui marquait enfin qu'il préparait une escadre de cinq vaisseaux qui devait aller en juillet à
1, Mémoire du roi pour Frontenac et Champigny, avril 4697. Ar. col., 0. d. R., 1696-97, 221 ss. — Champigny à la Cour, 26 août 1697. Id., C. G. Can., XV, 107.
?, Frontenac et Champigny à la Cour, 15 oct. 1697. Ar. col., C. G. Can. XVI, 20, — Villebon à la Cour, 1°" oct. 1697. Zd., Acadie, III, 68.— La Potherie, Ill, 292 ss,
la baie d'Hudson; en cas de besoin, Nesmond pourrait demander assistance à cette escadre. Afin de prévenir toutes contestations, le roi désignait expressément Frontenac pour commander toutes les troupes de la marine aussi bien que celles du Canada ; Nesmond, en son absence, serait généralissime, mais il s’attacherait alors à traiter avec égard les officiers des contingents canadiens, et spécialement leur chef, Vaudreuil !,
Tandis qu'à Québec et en Acadie on attendait à tout instant des ordres de marche, les vaisseaux de Nesmond étaient encore dans les ports de France : le 28 avril, le ministre écrivait à cet officier qu’il le croyait prêt à profiter du premier vent favorable; or, plus de quinze jours s’écoulèrent avant que Nesmond prit la mer; déjà les Anglais, avertis, réunissaient une flotte sur les côtes irlandaises pour l'envoyer en Amérique ?. Seuls, les vaisseaux destinés à la baie d'Hudson étaient partis à temps; Sérigny, frère de d'Iberville, devait commander cette escadre jusqu'à Terre-Neuve, Déjà en 1696, cet officier s'était présenté avec deux petits vaisseaux, à l'entrée de la baie *; mais il avait trouvé les Anglais rélablis dans tous leurs postes, même dans le fort Bourbon enlevé aux Francais; trop faible pour les chasser, il avait regagné la France, pour organiser dans des conditions meilleures une nouvelle expédition. Il avait trouvé, pour recruter ses équipages, une partie des Canadiens pris l’année précédente par les Anglais au fort Bourbon et relàchés à leur arrivée en Europe; au milieu de mai 1697, après cinq semaines d'une navigation très dure, il était à Plaisance‘.
Les lettres du roi que Sérigny portait à son frère d'’Iberville nommaient ce dernier au commandement de l’escadre et lui prescrivaient, avant d’aller à la baie d'Hudson, de porter quelques secours au fort de Villebon sur la rivière Saint-Jean; mais lorsque les vais” < furent radoubés, il était trop tard pour faire ce détour, * .se dirigea en droiture vers la baie (8 juillet). Les glaces flottantes contrarièrent beaucoup le voyage; arrivé
4. Instructic as de Nesmond, Ar. col., O. d. R., 1696-97, 201 ss.
2. Le minis re à Nesmond, 15 juin et 17 juillet 1697. Id. id.,267, 271. D’après les documents des Arch. de la Marine (B?, vol. 125, p. 266, 310, 337, 340), Nesmond, retardé par des allées et venues de Brest à Belle-lle et la Rochelle, partit seulement de ce dernier port entre le 13 et le 16 mai 1697.
3. Instructions pour Sérigny, #4 avril 1696, Ar., col., O. d. R., 1696-97, 52.
4. La Potherie était embarqué comme commissaire à bord de cette escadre (I, 2).
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| 267, 271. D’après 0,331, 340), Neset la Rochelle,
enfin, le 3 septembre, dans les eaux du fort Nelson, d’Iberville se trouva tout d’un coup, avec le seul Pélican, séparé du reste de sa flotte et menacé par trois Anglais, le Æampshire, le Daring et la Baie d'Hudson, portant ensemble cent vingt-quatre canons; il n’en avait que quarante-quatre, et son équipage, réduit par les maladies et les détachements à terre, n’était que de cent cinquante hommes, alors que le Æampshire, à lui seul, en avait cent de plus. Les Français pourtant attaquèrent, et les canonniers du Pélican firent si bien qu'ils coulèrent le Hampshire, criblèrent de boulets le Daring qui prit la fuite, et n'eurent même plus besoin de mitrailler la Baie d'Hudson, qui se rendit. Après le combat, qui fut acharné, d'Iberville essaya de porter secours aux naufragés du Hampshire, échoué sur un rocher; mais la mer était si mauvaise, que l’on ne put descendre les canots, et le navire anglais périt corps et biens.
leu de jours après, d'Iberville rallia les autres vaisseaux de son escadre; eux aussi s'étaient vaillamment défendus contre les Anglais, mais un br'eantin qui portait des provisions avait été écrasé dans les g° :, on n’avait sauvé que les hommes, à grand’'peine. Le fo: -elson, investi par toutes les forces francaises, ne résista que deux jours; la capitulation accordait aux Anglais les honneurs de la guerre, mais abandonnaït aux vainqueurs toutes les marchandises entassées dans le fort; il y avait près de vingt mille livres pesant de pelleteries! (12 septembre 1697). D'Iberville laissa son frère au fort Nelson pour garder sa conquête ; lui-même, avec les deux moins éprouvés de ses vaisseaux, repartit pour la France, où il arrivait au commencement de novembre. Ses victoires des deux dernières années, sa distinction et sa modestie personnelles lui valurent le meilleur accueil de la Cour; mais il eût été plus utile que le roi, pour consacrer cette série de succès, tranchât dans le sens des intérêts francais les questions litigieuses des domaines d'Amérique, et n’abandonnàt point aux discussions d’une conférence mixte les territoires sur lesquels d'Iberville venait de rétablir les droits de la France : car le fort Nelson s’appelait de nouveau fort Bourbon. Pendant la campagne des Canadiens à la baie d'Hudson, Nes-
1. Relat. d'iberville, 8 nov. 1697. — Mém. d'un fermier du domaine sur les prises, 1697. Ar, col., C. G. Can., XV, 189. — La Potherie, I, 56-114.
LE
mond, encore retardé par les vents contraires, était enfin arrivé à Plaisance; mais déjà l'été s’avançait; les Abénaquis, fidèles au rendez-vous, s'étaient réunis à Pentagoet, puis ne voyant point venir l'escadre, s'étaient ensuite dispersés pour chasser et piller les habitations anglaises; Frontenac, qui était prêt à marcher, n'avait pas voulu sans ordres nouveaux envoyer des troupes en Acadie, ct Villebon déclarait que, malgré les récents échecs des Anglais, à Pemkuit et devant Naxoat, il se trouvait dans une situation des plus précaires, sans munitions, sans vivres, menacé d'un retour offensif des ennemis dès qu’ils apprendraient qu’il n'avait rien reçu du Canada ni de France. L'entreprise contre Boston était manquée.
Nesmond, sans avoir rien fait, revint en Europe à la fin de l’année; c’était un brave officier, dont la responsabilité ne parait pas engagée dans cet échec ! puisque, retardé par les lenteurs des bureaux de la marine, il avait ensuite trouvé toujours les vents contraires. Mais le ministre se trompait lorsqu'il croyait possible de régler de France, avec les moyens de communication trop imparfaits dont il disposait, l’action combinée d'une flotte de guerre et d'un contingent canadien. Frontenac, dans sa lettre d'octobre 1697, faisait ressortir avec raison les difficultés d’une telle entreprise; bien différente et plus utile, eût été l'attaque de New-York par une flotte française, tandis que les Canadiens s’empareraient d'Orange; car, pour un projet de ce genre, quelques jours de retard ou d'avance, de part ou d'autre, n'auraient pas compromis sans espoir le succès final ?. Le ministre reçut assez mal cette lecon; dans un mémoire du 21 mai 1698, comme pour passer sa mauvaise humeur sur les administrateurs, il blâme une dépense de quatre mille livres r"gagée sans avis spécial pour les fortifications de Québec. Il fallait se servir des ressources existantes! En cas de récidive, les administrateurs seraient tenus de rembourser !e trésor royal ?! Il est difficile d’avoir la bouderie plus injuste.
Le traité de Ryswick, signé le 20 septembre 1697, marque en ce
4. Ilécrivait de Belle-Ile au ministre, dès son retour, le 30 septembre 1691. Arch. Mar., B?, vol. 127, p. 59.
2, Lettres de Frontenac, 15 oct. 4697; — de Champigny, 13 août; — de Vit lebon, 1° oct. Ar. col., C. G. Can., XV, 21, 120, et Ac., III, 68. 3. Id., O. d. R., 1698-99, 51 ss.
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