‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 360 sur 395 · OIS · texte numérisé non relu

OIS

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MAINTIEN DES POSTES DU HAUT PAYS

Champigny.

L'ordonnance de 1696 n'admettait point de distinctions; toute traite était interdite, et par conséquent les postes éloignés se trouvaient tous condamnés: Frontenac cependant refuse de les abandonner, avant un avis plus explicite du ministre : d'Argenteuil conduit un convoi à Michillimackinac, Vincennes monte à Saint-Joseph des Miamis, Longueil au fort Frontenac, et cela vers la fin de l’année 1696, c’est-à-dire au moment où la Gironde et l'Amphitrite viennent d'apporter les lettres de la Cour. Ces officiers, dit uue relation contemporaine, n’emportaient de marchandises que la quantité nécessaire à leur subsistance !. Mais ce terme est très vague et probablement, avec l'autorisation tacite de Frontenac, la traite continuait comme par le passé; dans sa lettre du 25 octobre 1696, le gouverneur défend les coureurs de bois; sans doute, il y a parmi eux quelques débiteurs insolvables, mais c'est le petit nombre, et l’on a tort de les confondre tous dans une même réprobation; d’ailleurs plusieurs postes sont absolument nécessaires à la colonie : Michillimackinac, Saint-Joseph des Miamis, le fort Frontenac; si l’on n’y garde quelques hommes, c’en est fait de nos relations avec les indigènes ?.

La réponse du roi* tint compte, dans certaines limites, des observations de Frontenac. Jusqu'à nouvel ordre, le ministre tolérait le maintien des trois postes désignés dans la lettre du gouverneur, ainsi que de Saint-Louis des Illinois, pour lequel on avait toujours, depuis La Salle, fait une catégorie spéciale; mais la prohibition de la traite était renouvelée avec plus de force encore que l'année précédente; il est prouvé, dit le ministre, que les Iroquois ne font la guerre aux Français que pour garder le coinmerce des nations d’en haut; en leur disputant ce domaine, les coureurs de bois prolongent inutilement les hostilités ; nous n'avons aucun profit à mécontenter les Iroquois, il vaut mieux réserver pour d’autres objets les forces de la Nouvelle-France; et, dans la même lettre, le ministre ordonne à Frontenac de tenir prêts quinze cents miliciens et soldats pour l’entreprise de Boston ; il ajoute, relevant quelques mots échappés au gouverneur, que le

malgré des oppositions jalouses, comme celle de l’intendant

1. Relation de 1696-97. Ar. col., C. G. Can., XV, 19. 2, Id., XIV, 160.

3. Lettres des 21 et 28 avril 1697. Id., O. d. R., 1696-97, 221, 234.

roi ne l'a point visé personnellement, en supprimant les congés, mais qu'il a fait œuvre d'intérêt général. Frontenac n’en jugeait pas ainsi, et l'ordonnance de 1696 ne fut promulguée par lui qu'au mois de mai 1697, c’est-à-dire au moment où la traite dans les bois était à peu près terminée; alors seulement, il faisait défense à quiconque de traiter, sous quelque prétexte que ce fût, et de donner à coucher à tout étranger, Français ou sauvage, sans en faire la déclaration immédiate ; Callières, gouverneur de Montréal, publia cette déclaration dans son ressort, le 1° juin; un capitaine des troupes du roi, Le Verrier fut posté avec un détachement en amont de Montréal, pour arrêter ceux qui voudraient monter aux Outaouais, sans congé spécial du gouverneur !.

En écrivant au ministre par le courrier de 1697, Frontenac explique quelles sont les difficultés qui s’opposent à l'exécution entière des ordres du roi * : les postes éloignés ne peuvent vivre sans la traite; si donc on condamne la traite, il faut évacuer ces postes; le gouverneur ne s'y résoudra pas sans peine; il voudrait tout au moins garder le fort Frontenac, qu'il vient de faire ravitailler par cent cinquante hommes; il a de même laissé partir pour Michillimackinac Tonty et quinze Français; enfin Le Sueur continue vers l’ouest les recherches de mines pour lesquelles la Cour l’a commissionné ; il serait très fâcheux et d'un très mauvais effet sur les sauvages qu'on ne laissât dans le haut pays aucun Français pour représenter le roi. D’après Champigny, porteparole des adversaires de Frontenac, ce rôle devait revenir aux missionnaires : « la traite étant défendue dans les pays éloignés, écrit l’intendant, il est bon que les missionnaires s’emploient à conserver les sauvages alliés dans nos intérêts et leur promettent la protection des Français contre l’Iroquois *. »

Quel était le plan des Jésuites, alors seuls missionnaires des Outaouais? Il est aisé de le découvrir; les Pères espéraient, à la faveur de la suppression des congés, se débarrasser de la surveillance des officiers du roi, qui ne vivaient que de traite, et reconstituer avec des sauvages et des métis les communautés lointaines que le gouvernement de Frontenac avait si profondément transformées; ils mariaient volontiers des coureurs de bois

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