‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 361 sur 395 · Lettre du 25 oct. 1697. Id., id., XV · texte numérisé non relu

Lettre du 25 oct. 1697. Id., id., XV

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MAINTIEN DES POSTES DU HAUT PAYS 471

avec des sauvagesses, pour les fixer autour de leurs églises ‘, et soutenaient que les ordres du roi rappelant les Français des postes de l’ouest ne les concernaient point. Dans l'automne de 1696, Frontenac voulut empêcher quelques Pères de monter à leurs missions, alléguant les ordonnances de mai: l’intendant s’empressa d'écrire au ministre en faveur de ces ecclésiastiques : les Jésuites, dit-il, ont tout fait pour être agréables au gouverneur; ils lui ont donné des aumôniers pour la guerre des Iroquois; le refus de Frontenac, qui s'oppose à leur départ pour l’ouest, vient peut-être de ce qu’il les soupçonne d’être pour quelque chose dans le règlement contre les coureurs de bois, « mais Monseigneur (le ministre) sait qu’ils n’ont aucune part à la déclaration du roi »; les Pères assurent qu'ils ne font aucun commerce, et demandent à la Cour la levée des prohibitions que prétend leur imposer le gouverneur *?. La réponse du ministre fut favorable aux Jésuites : le roi n'avait pas entendu, par l'ordonnance visée, empêcher ces Pères « d'aller aux églises des nouveaux chrétiens qu’ils ont instruits ». Frontenac se soumit ; une lettre à Pontchartrain, le 49 octobre 1697 ?, signale le départ pour les Outaouais de deux Jésuites et d’un frère convers ; ils ont avec eux cinq domestiques, et montent deux canots.

Cette concession ne suffit pas à Champigny; les lettres de l’intendant pour 1697 sont pleines d’accusations contre Frontenac. Il estime que le gouverneur « a un fonds de peine contre lui, le croyant auteur de la suppression des congés ». Il dénonce le départ de Tonty, qui a certainement emporté des marchandises de contrebande ; il insinue que « les prétendues mines de cuivre découvertes par Le Sueur au Mississipi ne sont que des mines de castor »; il raconte les difficultés qui se sont élevées entre le gouverneur et lui-même à propos de la capture d’un brigantin anglais; le capitaine qui s’en est emparé, nommé Aubert, était muni d’une commission de Frontenac; celui-ci revendique sur cette prise le tiers revenant à l'amiral de France, dont il se dit le représentant naturel à Québec #. Par le même courrier, un contrôleur

. Frontenac au ministre, 25 oct. 1696. Ar. col., C. G. Can., XIV, 160. 2. Champigny au ministre, 25 oct. 1696. Id., id., 145. 3. Les administrateurs au ministre. Id., XV, 42. 4, Champigny au ministre, 43 août, 10 et 24 octobre 1697. Id., id., 84, 112, 127, 143.

au service de Champigny, La Touche, raconte que La Mothe Cadillac se livre à toutes sortes d’exactions; il saisit arbitrairement des castors aux voyageurs; « jamais homme n’a tant amassé de bien en si peu de temps ». Des particuliers lésés par ces violences auraient voulu que l’on confisquât à Québec, pour les indemniser, tout le castor de La Mothe Cadillac; mais le gouverneur, qui protège cet officier, s’y est opposé ‘. En revanche, l’intendant est favorable aux sauvages des missions; il faut leur continuer des subventions, car ce sont « les seuls presque que l’on peut mettre en mouvement contre nos ennemis »; il n'y a pas dans toutes les troupes canadiennes trois cents hommes capables de les suivre, et ils coûtent peu à proportion des soldats.

Champigny maintenant considère que l'abolition de la traite, du moment où le roi l'a décidée, doit être le souci principal de sa charge. Il se propose avant tout l'exécution des ordres reçus; quoi qu’il pense de l'utilité des postes éloignés, il « fait cesser ses raisons, car, tant qu'on aura ces postes, il sera impossible d'empêcher la traite selon les intentions de Sa Majesté ? ». Comme Frontenac, il est d’avis que les officiers ne peuvent subsister sans faire le commerce avec les sauvages *, mais, au lieu de conclure qu'il faut rapporter, en ce qui les concerne, les ordonnances de 1696 et 1697, il déclare qu'il fera tout son possible pour exécuter ponctuellement les instructions de la Cour; il ne montre même, quand il écrit seul au ministre, aucune mauvaise humeur; au contraire, dans les lettres qu’il rédige de concert avec le gouverneur, on sent à l'ironie de certaines phrases, percer l’amertume d'un regret; « à quoi bon, dit l’une d'elles, donner à Le Sueur des concessions sur le Mississipi, puisque la traite du castor lui est interdite; qu'importe qu’il ait découvert des mines de plomb et de cuivre, s’il ne peut continuer son œuvre #! » Souvent donc ces mémoires communs, malgré les précautions de langage qu’un tel genre de correspondance exige, portent le cachet personnel de Frontenac.

En présence des ordres réitérés du ministre, le gouverneur dut

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