Documents dans Margry, I, 59 ss
forèt, pour trouver au bout d’une piste à peine tracée quelque campement indigène, couchant sur des branchages, surpris quelquefois par un dégel subit au bord d’une rivière, où il manquait « achever son sacrifice ‘ ». Mais quels succès répondaient à tant d'efforts? Les indigènes étaient difficiles à fixer, insouciants presque tous des enseignements qui leur étaient apportés, incapables même de les comprendre; lorsque l’évêque de Québec, M£' Laval, fonda son séminaire, son idée première était d'y former des prédicateurs indigènes, recrutés sur place, instruits spécialement dans ce dessein; ni lui, ni ses successeurs n'y ont réussi; souvent des jeunes gens, fort dociles en apparence, quittaient les bancs de l’école pour se joindre à quelque partie de chasse; deux ou trois mois plus tard, on les voyait revenir et, tranquilles, reprendre leurs études abandonnées. D’après des témoignages dignes de foi, les races indigènes n'auraient jamais fourni au clergé qu’un seul prêtre, d'origine huronne, qui était dernièrement (1893) curé d’une paroisse rurale près de Québec. Les éducateurs dévoués qui se consacrent de nos jours à l'instruction des enfants sauvages, se heurtentaux mêmes obstacles que les missionnaires du xvn° siècle: à la petite école professionnelle de Saint-Boniface, près Winnipeg, on ne compte plus les désertions temporaires, trop heureux quand elles ne deviennent pas définitives; parfois, inversement, des parents sauvages viennent passer une saison près de leur fils; ils font à travers la forèt deux ou trois cents kilomètres; un cheval traine sur une misérable carriole leurs ustensiles et les personnes les moins agiles de la famille; en route, ils vivent de chasse, doublant leur itinéraire à la poursuite du gibier; arrivés à leur but, ils dressent leur tente et campent deux ou trois semaines; l'enfant pensionnaire leur porte aux heures de parloir quelques friandises, empruntées à la desserte du réfectoire; et cette station durera jusqu'à ce qu’un jour, sans motif apparent, repris par son désir héréditaire de changer de place, le père de famille décide de partir. N'est-ce pas d’ailleurs la vie sédentaire, pratiquée dans les Réserves, qui est une des causes principales de la disparition actuelle des derniers Indiens? Ils ne sont pas faits pour cette existence ; ils en meurent comme des fauves captifs.
Cesraisons, quisubsistent aujourd’hui, expliquent mieux encore,
4, Relat. de 1671, 93 ss.
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1, lielat, de 1670 2. Kelat, de 1671 3 Douniol, IF, 464
quand il s’agit du xvu‘ siècle, combien la prédication efficace du catholicisme était malaisée parmi ces peuples; en général, ils accueillaient volontiers les missionnaires; séduits par la nouveauté du costume, des cérémonies, attirés par des présents, soignés souvent dans leurs maladies, ils écoutaient les exhortations et se laissaient quelquefois baptiser ; mais bien rarement ils donnaient aux Pères le plaisir d’une conversion réelle. Les Relations ellesmèmes avouent que les conquêtes sérieuses du christianisme étaient peu de chose : « Après tout, écrit le P. Dablon, il faut convenir que ces peuples ont de grandes oppositions à la foi et que la conversion d'un sauvage est un coup du ciel ‘. » Les causes de ces «oppositions » sont multiples : l’indigène est orgueilleux, passionné pour la liberté; il ne veut pas renoncer à sa vie errante de chasseur ou de guerrier; il est souvent adonné à des vices honteux et, « depuis plusieurs années, possédé par le démon de l’ivrognerie ». Les missionnaires, pourtant, ne se laissent pas décourager ; ils sont ordinairement aimés des sauvages, ils en profitent pour se mêler à eux et baptiser furtivement, quand ils ne peuvent mieux faire, des nouveau-nés ou des moribonds. Ils comptent sur le temps pour réussir davantage, et, en attendant, ne négligent aucun moyen de gagner la confiance des indigènes en flattant leurs goûts de grands enfants.
Les Pères missionnaires s’attachaient moins à prècher la doctrine qu'à fixer l'attention de leurs auditeurs : le P. André avait remarqué que les sauvages aiment la musique; il avait alors composé à leur usage plusieurs cantiques, et, « les ayant enseignés aux enfants, au son d’une flûte douce, il allait avec tous ces petits musiciens sauvages déclarer la guerre aux jongleurs, aux rèveurs et à ceux qui avaient plusieurs femmes ». D’après le même principe, le P. Raffeix avait introduit chez les Iroquois Goyoguens les chants de l’Église, en accommodant diverses prières et quelques hymnes en leur langue?; à Saint-Xavier de Montréal, les sauvages convertis formaient deux chœurs de chant, J'un d'hommes, l'autre de femmes *; toute l’indulgence des missionnaires devait tre nécessaire, pour accepter et surtout pour diriger un pareil accompagnement aux cérémonies du culte; car les chanteurs sau-