EXIGENCE DE L AUTRICHE
sa fidélité dans ses traités (1). » Ce que voulait dire le maréchal, c'est ([ue, pour dégager sa parole, le roi allait envoyer en Allemagne une seconde armée française.
Lorsque, dans les négociations poursuivies à Vienne par le comte d'Estrées, la France avait insisté pour remplacer par une armée de cent mille hommes sur le bas Rhin le corps de vingt-ijuatre mille auxiliaires qu'elle devait joindre aux forces de l'impératrice, les ministres autrichiens avaient toujours soutenu que la diversion par la Westphalie et le Hanovre, telle qu'on la projetait à Versailles, n'aurait aucun effet sur les incidents de la guerre en Saxe et en Bohême. L'événement.venait de leur donner raison et l'habile comte de Kaunitz n'avait point manqué de s'en prévaloir pour réclamer de la France la stricte exécution du traité de Versailles. Louis XV n'avait point contesté ; déjà plus de trente mille hommes commençaient à s'acheminer de tous les points du royaume vers l'Alsace. Mais en même temps qu'on montrait à l'impératrice que la France était toujours prête à faire plus qu'elle n'avait promis, on tenait à lui prouver aussi que l'action de la France dans l'Allemagne du Nord n'était point aussi peu efficace qu'on le prétendait à Vienne. C'est pourquoi les ordres les plus pressants avaient été dépêchés au maréchal d'Estrées de chercher le duc de Cumberland et de le combattre.
Le 21 mai, le camp de Wesel était levé, et le 26, le quartier général était établi à Munster. Cette marche de cinq jours à travers la Westphalie avait été très
(1) Bcllo-lsle àGisors, 22 cl -24 mai [343iJ.
178 MARCHE EN >VESTPHALIE
pénible pour les troupes ; de la pluie, des chemins défoncés, obstrués, des colonnes coupées par les équipages, arrêtées à chaque instant ou rappelées en arrière, un chaos d'ordres et de contre-ordres, pour horizon des bruyères, des marais, çà et là une pièce de blé maigre, de rares et misérables villages sans aucune ressource, et, la nuit venue, le soldat épuisé de fatigue et de faim, n'ayant pas même assez de bois pour sécher ses habits, tel est, en raccourci, le tableau qu'en traçait le comte de Gisors. Pour lui-même il avait lieu d'être salisf lit, car il n'avait pas cessé de donner a ses soblats l'exemple de la règle et de la patience. Chaque soir il lui eût été facile de trouver aux abords du campement un logis et un foyer; cependant il passait la nuit sous la tente: tout le jour il était à cheval, allant d'un bataillon à l'autre, encourageant ses hommes. « Si je me donne beaucoup de peine, écrivait-il à son père, j'ai aussi lieu d'être content de l'esprit du régiment. Il n'est pas échappé un mauvais propos aux soldais qui au contraire chantoient et rioient. Il n'y en a ([ue deux ou trois (|ui seroient demeurés en chemin d'inanition, si je ne les avois fait ramasser par notre artillerie et ne leur a\ois fait boire un reste de vin de Malaga que j'avois dans mon flacon (1). » Aussi était-il adoré de son régiment, et, par l'exemple de son régiment, de toute l'armée.
Le 30 mai, une colonne commandée par le duc d'Orléans arrivait, le régiment de Navarre en tête, au camp sous Munster. Entre Navarre et Champagne, les premiers des vieux corps après Picardie, il y avait une fraternité d'ancienne date. Aussi le comte de Gisors,
(I) 24 mai [3431].
CHAMPACM-: ET INAVAUHE 170
escorté de ciii([iiante oiïicicM's de Gliampagne, étail-il venu à la rencontre de Navarre, et les officiers de Navarre avaient-ils acce|)té le déjeuner que leur venait offrir le colonel de ChaiTipagne. « Tous les cent cin- (jnante sont venus chez moi, écrivait-il à son j)ère ; moitié assis, moitié debout, les uns ayant des assiettes, les autres non, nous avons mangé des poulets au riz, des jambons, des gigots, des pâtés, et bu, tant à votre santé qu'à celle de la fraternité, quatre-vingts bouteilles de vin. Gela s'est passé gaiement et militairement... Puis nous avons reconduit tous ensemble MM. de Navarre à leur camp, notre musique à notre tête, les soldats dans les rues pour leur faire honneur en passant devant le front de bandière. Les leurs nous ont rendu la même politesse et m'ont mangé de caresses, moi personnellement, les vieux, qui étoient à Prague, par adoration ])our vous, les jeunes, en souvenance du vin que nous bûmes ensemble à la naissance de monseigneur le duc de Bourgogne. Tout cela rempli, j'allai voir M. d'Armentières. Quelle ne fut pas ma surprise, revenant chez moi à huit heures du soir, d'entendre nos clarinettes et de voir de loin un bataillon blanc qui marchoit! G'étoit les quatre cents grenadiers de Champagne et Navarre (|ui sur-le-champ m'entourèrent, jetant leurs chapeaux en l'air et criant : Vive Champagne ! Vive Navarre! Vive Gisors! L'un portoit pour drapeau un écureuil au bout de son sabre et me dit que, ne m'ayant pas, ils vouloient du moins avoir toujours mes armes devant eux (1). Un autre me présenta
(\) La p'n'^ce principale des armes des Fouquet était un éciirouil avec la fameuse devise : Quo non ascendam?
180 CHAMPAGiNE ET NAVARRE
un pot de bière avec un morceau de lard sur du pain de munition. Je mangeai, bus avec eux, et, mettant pied à terre, je les reconduisis à leur camp où, M. du Chatelet ^1) nous ayant rejoints, la fête finit par un rondeau au milieu du([uel on apporta deux tonneaux de bière qui furent en un moment avalés à votre santé, tous les cliapeaux de Navarre en l'air. Cette union et cettegaieté entre deux pareils régiments ne vous déplaira pas, je crois, dans la persuasion oii vous devez être qu'au lieu de quatre bataillons j'en ai huit à ma disposition dans cette armée, où d'ailleurs ceci a fait un bon effet. » Après le récit de cet épisode où rien ne manquait pour enivrer une jeune tète et donner à celui qui en était le héros des airs de triomphateur, voici ce qu'ajoutait, quel([ues lignes plus bas, le comte de Gisors : « Je n'ai pu voir M. le maréchal en particulier, h cause de la quantité de princes et de monde qu'il y avoit chez lui. Plus il me marque de bonté et plus je me tiens en arrière, pour ne pas exciter la jalousie de mes camarades qui trouveroient avec raison qu'un blanc-bec comme moi n'est pas fait pour tenir son coin dans le cabinet d'un général (:2). »
C'était seulement depuis le départ de Wesel, c'est-àdire depuis dix jours à peine, que la campagne était réellement et sérieusement commencée. C'était assez pour que le maréchal d'Estrées, observateur exact et tenu de bien voir, pût juger sans illusion de l'état moral de son armée. « La gloire nourrit les François, ws'écriait généreusement le comte de Gisors (3). A ce compte, le
(1) Colonel de Navai-ro.
(-2) Gisjis à telle-, s;o, 31 mai [3131].
(3) Gisjrs à Bdle-lsle, ly mai [3431J.
ÉTAT MOIIAL DE l'aRMÉE 181
maréchal de Saxe en son temps aurait pu se flatter d'être le plus grand munilionnaire du monde (1), car il avait rassasié ses soldats de gloire. Mais comme, chez lui, la délicatesse du caractère n'était point à la hauteur du génie guerrier, comme ses appétits de jouissance étaient plus malaisés à satisfaire que ses appétits de bataille, il avait, par le triste exemple de ses avidités et de ses désordres, rabaissé les âmes qu'avaient exaltées ses victoires. Certes, il n'y a guère eu dans l'histoire militaire de la France de période plus éclatante que les campagnes de 1743 à 1748. Fontenoy, Raucoux, Laufeld, étaient d'illustres actions dont l'armée se faisait justement gloire et dont la France lui faisait justement honneur; mais de Fontenoy, de Raucoux et de Laufeld, l'armée, sous ses drapeaux victorieux, avait rapporté des bagages grossis par la maraude et, parmi le désordre d'un bulletin mal acquis, des germes d'idées malsaines dont le développement, dans une société facile à tontes les tentations, ne devait pas rencontrer le plus léger obstacle. De 1748 à 1736, la France a vécu dans une prospérité jusque-Kà sans exemple, dans une expansion inouïe de jouissances intellectuelles et sensuelles; en un mot, elle a vécu
(1) C'est peut-être pour cela qu'il avait pour la question des subsistances le mépris que lui reprochait en ces termes Pàris-Duverney : « Lorsque M. le maréchal de Saxe écrivit ses Rêveries, il regardoit toutes précautions sur les subsistances comme autant d'inutilités et d'abus. Je crois qu'il auroit bien changé de ton, s'il avoit eu le temps de revoir son ouvrage. N'a-t-il pas eu tort, d'ailleurs, d'appliquer à toutes les nations indifféremment ce qu'il a pu voir pratiquer pour certaines qui ne connoissent pas de discipline et et qui ne vivent que de pillage? » Pàris-Duverney au manjuis de Voyer. Pap. Clcrmonl, 1757, t. I. n» lOi.
182 LE LLXE A L ARMÉE
de cette vie i/timitab/e que jadis Antoine et Cléopâtre avaient imaginée pour eux seuls, tandis qu'ici, au dixhuitième siècle, c'était toute une société qui s'y abandonnait et s'y énervait. L'armée fatalement s'y énervait avec elle. Quand l'appel aux. armes la tira de cette oisiveté de la paix où les défauts se propagent et se développent insensiblement, cette armée en (jui la société se confiait, cette armée qui se croyait toujours égale à elle-même, se trouva tout à coup affaiblie par des besoins nouveaux, alourdie par des exigences nouvelles. Depuis l'officier général jusqu'au simple soldat, à tous les degrés de la hiérarchie militaire, l'influence du temps, le goût du bien vivre, avaient créé des nécessités auxquelles on ne savait plus se soustraire.
Une ordonnance somptuaire, comme d'usage, avait réglé les équipages et la table des généraux et des colonels ^1) ; jamais on n'en avait vu d'aussi large ; elle ne l'était pas assez au gré des habitudes qu'elle devait contenir, et tout de suite elle fut transgressée. La vaisselle d'argent, les porcelaines et les cristaux s'étalaient dans des repas de tous les jours qui étaient des festins. Un lieutenant général, qui aurait dû être content de trente chevaux qu'on lui passait, en avait soixante et plus. Comment résister au torrent? Les meilleurs y étaient entraînés. Le comte de Gisors lui-même avait vingt-trois chevaux, sept de plus que ne lui en attribuait l'ordonnance. Il est vrai que lorsque tous les autres menaient avec eux des berlines et des chaises de poste, il était le seul ([ui n'en eût point, par respect pour les
(1) OrdoiiDanco du i) mars. — Voir Miumures du dio- de Luijn^,
t. XV, JL {,33.
LES TUOl l'KS ET LEIK SllTE 183
ordres de son père. Cependant il le suppliait de révoquer sa défense et de lui permettre d'acheter une voiture, non pour son propre usage, mais dans rintérèt des ol'liciers de son régiment (|u'un accès de goutte on de fièvre pouvait mettre hors d'état de monter à cheval (1). « Je comprends, lui répondait le maréchal de Bellc-Isle, l'utilité dont peut être une berline dans certaines occasions. J'ai été élevé dans des usages absoluments différents, mais dès que c'est l'usago actuel, je ne m'oppose à rien, bien entendu que M. le maréchal [d'Estréesj le trouvera bon, car il faut de préférence à tout obéir scrupuleusement à l'ordre du général (2). » L'ordre du général était que les charrettes des pays que traversait l'armée devaient être exclusivement requises par l'intendant pour le service des fourrages et des vivres ; cependant beaucoup de gens, surtout parmi les officiers inférieurs, s'en emparaient et les retenaient pour mener leurs bagages. 11 n'était pas jusqu'aux soldats à qui il avait fallu fournir des chevaux pour le transport des marmites et des tentes (3). Enfin, comme si ce n'eiit pas été assez de toute cette caravane aux trois quarts inutile pour ruiner les escadrons de guerre en leur disputant le fourrage, il y avait encore les attelages d'une foule parasite accrochée aux flancs de l'armée, de marchands, de cafetiers, de vivandiers, de bateleurs et de filles. C'était dans ces faubourgs auibulants (|ue les officiers et les soldats allaient vider leurs boui'ses et perdre dans la débauche le sentiment
(1) Gisors à ?.ellr>-Islc, 2 juin [313'2].
(2) Belle-Islc à Gisors, 8 juin [3432].
(3) Un oriire du 2i mai accordait une somme do 1,200 livres par hataillon pour l'ac(|uisilion de liiiil chevaux do bat.
1 84 LE MARÉCHAL D ESTRIiES
de la discipline. C'était là que beaucoup de capitaines laissaient l'argent qui devait servir à l'entretien de leur compagnie. C'était de là que revenaient trop souvent ces lieutenants qui émouvaient la pitié du comte de Gisors, quand il les voyait. « faute de moyens, reprendre pour leur subsistance la moitié du pain de munition qu'ils a voient accordé à leurs valets (1). » Enfin c'était de là que partaient les soldats pour courir la maraude, et c'était là, qu'après avoir rançonné ou pillé les pauvres gens du voisinage, ils rapportaient effrontément leurs dépouilles. A tous les degrés de l'armée, le maréchal d'Estrées était résolu d'arrêter le progrès du mal. Aux officiers généraux et aux colonels il avait donné les ordres les plus sévères pour qu'ils eussent à laisser à Munster toutes leurs voitures ; il n'y avait d'exception que pour celles des chirurgiens majors. Contre « le brigandage des vivandiers » et contre la maraude, le grand-prévôt était armé des peines les plus sévères ; les maraudeurs pris en flagrant délit étaient livrés à l'exécuteur et pendus (2).
Du 3 au 5 juin, les deux lignes de l'armée avaient successivement quitté le camp de Munster et s'étaient portées sur l'Ems, d'abord à Teligt, puisa Warendorff. La marche s'était faite en bon ordre^, mais en arrivant, le 4, au camp de Warendorff, beaucoup de soldats
(1) Gisors à Bcllc-Islo, 2 juin 1757 [3432].
(2) Gisors à Bello-Islo, 29 mai [3i3l].
SÉVIT CONTI'.E LA MAKAUnE 18o
S étaient échappés des rangs pour faire la maraude. Dix ou douze vaches avaient été tuées et partagées entre les maraudeurs. Au retour, deux d'entre eux étaient tombés entre les mains du grand-prévôt : c'étaient deux grenadiers de Champagne, qui n'avaient jamais été mis en prison, bons sujets au témoignage de leur colonel, « et de ces gens à bons propos qui animent toute une compagnie ». Toute la compagnie vint donc au comte de Gisors pour ([u'il sollicitât la grâce de leurs camarades. Il répondit qu'il était aussi affligé que personne dans le régiment, mais que Jamais il n'arrêterait le cours de la justice qui devait être inflexible contre les maraudeurs. Le maréchal avait prononcé son arrêt : l'un des deux coupables, désigné par le sort, devait être exécuté le lendemain. Le lendemain 5, à la pointe du jour, le comte de Gisors partit avec un détachement chargé d'escorter le comte de Maillebois, maréchal général des logis de l'armée, qui allait reconnaître la position d'un corps hanovrien qu'on disait être dans le voisinage.
La reconnaissance ne rentra que le 6 au matin à Warendorf. Avant de regagner ses tentes, le comte de Gisors s'empressa d'aller faire son rapport au maréchal d'Estrées. A peine se fut-il montré, « savez-vous, lui dit le maréchal, quel parti j'ai été forcé de prendre ? » Comme évidemment il ne comprenait rien à cette question, le maréchal l'emmena dans son cabinet et le mit au courant d'un fait déplorable qui s'était passé la veille pendant son absence. Au moment où le maraudeur condamné à mort arrivait sur le lieu de l'exécution, au milieu de plus de dix mille soldats de tous les corps, et tandis que le peloton de grenadiers de Champagne qui
186 F>ËSonDnE militaihe
le gardait s'ouvrait pour donner passage à Texécuteur, un grand tuunilte avait éclaté dans le cercle énorme qui se pressait autour d'eux ; le prisonnier, qu'on n'avait pas pris la précaution d'attacher, s'était échappé aux applaudissements de la foule, et le tumulte tournant à la sédition, la connétablie et le grand-prévôt lui-même avaient été chassés et poursuivis à coups de pierres. Le lendemain matin, le maréchal avait fait appeler le lieutenant-colonel, le major et les commandants de bataillon du régiment de Champagne, et après leur avoir démontré qu'il était nécessaire de raffermir par un exemple sévère la discipline ébranlée, il les avait prévenus que le lieutenant de grenadiers qui, par sa négligence, était responsable de l'évasion du condamné, serait cassé le jour même, en présence du maréchal et devant tout le régiment assemblé sous les armes. C'est sur ces entrefaites qu'était arrivé le comte de Gisors. Au camp, il trouva tout le monde consterné, les commandants touchés des paroles du maréchal, les officiers et soldats résignés à l'expiation qui allait tomber malheureusement, après quarante ans de service, sur un vieil officier de fortune.
A trois heures, le régiment avait pris les armes, les quatre bataillons formaient un vaste carré au milieu duijuel se tenaient les officiers supérieurs. Pendant trois quarts d'heure un silence solennel régna dans Tenceinte : c'est à peine si, parmi les nombreux spectateurs qui se pressaient au delà, queNjucs mots étaient échangés h voix basse. Enfin le maréchal parut : plus de cent officiers généraux ou supérieurs lui servaient d'escorte. 11 vint d'abord aux drapeaux du premier bataillon, et s'adressant au comte de Gisors, il lui dit
SKVÉRITK DU MARÉCHAL d'eSTRÉES 187
i\n"\\ élait tort tVu'lié de lui faire une pareille visite, puis il ordonna (luon amenât le lieutenant et les vingt grenadiers i[iii étaient la veille de garde autour du condamné. Aux grenadiers il dit (jue s'il taisait honne justice, il les décimerait, mais (jue comme l'armée marcliaità l'ennemi, il comptait bien ([u'ils sauraient mériter leur grâce; j)uis il cassa l'oiticier, lui intligea six mois de prison, et donna l'ordre d'envoyer au prévôt le sergent et le caporal. Alors haussant la voix et s'adressant à tout le bataillon, il dit : « Mes enfants, autant je chercherai à épargner votre sang en général, autant je sévirai contre la maraude oii vous vous êtes adonnés par la négligence de vos ofticiers. »
Ici il faut laisser le comte de Gisors raconter à son père la suite de cette scène émouvante: « Remué, comme vous le pouvez croire, par un tel propos, je m'avançai et lui dis à haute voix : « xMonsieur le maré- « chai, s'il y a eu hier un misérable de sauvé, il y a « bien des innocents de morts aujourd'hui, car c'est a perdre pour nous mille fois plus que la vie que de « perdre l'estime et les bontés de notre général. » J'ose dire que la moitié de l'assemblée joignit ses larmes à celles qui m'échappèrent. M. le maréchal passa au second bataillon, s'arrêta pareillement vis-à-vis des drapeaux et dit, après un petit préambule sur la maraude, (\ui/ serai t. fâcheux pou)' lui d'être à la tète d'une armée de voleurs. Les deux autres bataillons n'eurent que des gracieusetés ; mais jamais M. le maréchal ne pourra nous en faire d'aucune espèce qui réparent la plaie qu'une pareille scène et l'épithète d'armée de voleurs ont faite à nos cœurs. J'ai assemblé les ofhciers du régiment et leur ai parlé comme je le