‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 112 sur 277 · RETRAITE DES HANOVRIENS · texte numérisé non relu

RETRAITE DES HANOVRIENS

eurent bientôt enlevé tout espoir au duc de Cumberland^ nouveau mécompte pour l'état-major hanovrien qui, de son propre aveu, avait tous les jours cherché et manqué Theureuse chance de battre quehju'un des détachements que les Français tenaient constamment en campagne. « En tombant sur eux avec une force supérieure, disait assez naïvement un officier de cet état-major, nous étions sûrs du succès et de leur faire un tort d'autant plus considérable que les François étant obligés de céder avec précipitation à une plus grande force, l'animosité de nos troupes ne nouslaissoit pas craindre qu'ils seroient menés trop doucement (1).» Ainsi se marquaient par les sentiments des deux armées les caractères des deux races : dédain chez les Français, haine et colère chez les Allemands. Quoi qu'il en soit, le duc de Cumberland revenu de son illusion et subitement frappé du p ril qu'il courait lui-même d'être coupé de sa seconde ligne, décampa sans bruit de Halle le 19, à onze heures du soir, en se faisant même suivre par le corps de grenadiers qui, depuis le 13, était établi à Wickensen.

Tandis ([u'il rentrait, le !20, dans son camp de Hastenbeck, l'armée française rejoignait à Stadl-Oldendorf le détachement du duc d'Orléans et la réserve du marquis d'Armentières. Celle-ci, le lendemain, continuant son rôle d'avant-garde, se portait à Bnden-Werdt'r, et le 22, l'armée venait camper à Halle sur le terrain même (|u'avait occui)é, trois jours auparavant, la première ligue desHanovriens. On était d'S lors à quatre ou cinq lieues de l'ennemi ; mais une sorte de contre-

(1) Journal hanovrien, lOjuillct.

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fort boisé, régnant des montagnes au Weser, séparait encore les deux armées, et c'était dans trois villages situés aux débouchés des chemins qui traversaient ce contre-fort, que le duc de Gumberland avait placé ses avant-postes. Le maréchal, accompagné des princes et de l'état-major, s'était avancé pour les reconnaître jusqu'aux grand'gardes de M. d'Armentières, lorsqu'il vit tout à coup des colonnes de cavalerie, puis d'infanterie, sortir des bois et se déployer au pied des hauteurs. Était-ce un détî? Était-ce la bataille? Tandis que la canonnade s'engageait de part et d'autre et que les hussards du mar([uis d'Armentières escarmouchaient avec ceux de Tennemi, des officiers d'étal-major couraient h toute bride chercher l'armée qui, deux lieues en arrière, venait de planter ses tentes sur le plateau de Hall.e

Il était midi ; la chaleur était accablante. Officiers et soldats se reposaient de la marche du matin ; M. de Gisors, comme bien d'autres, s'était assoupi au pied d'un arbre. On le réveille en sursaut, on lui dit(juela générale bat à la première ligne ; d'abord il croit rêver, puis entendant le son distinct et le rhythme significatif du tambour, il court à son régiment qu'il trouve déjà sous les armes et envoie prendre les ordres du major général. « La gaieté qui régnoit dans le soldat, les propos qu'il tenoit et la vivacité avec laquelle les anciens se disputoient l'honneur du premier rang m'ont ému jusqu'aux larmes, écrivait-il à son père ; peu après, M. de Chevert est arrivé avec l'ordre de faire remplacer à la seconde ligne le terrain qu'avoit occupé la première qui avoit déjà marché en avant. Jamais à l'exercice les rangs ne sont observés comme ils l'ont été dans notre

CHAGRm UU COMTE DE GISOUS

marche; nos malingres avoient repris des couleurs; ceux qui étoient le plus las le malin en arrivant triploienl de jambes, et malgré moi les rangs très serrés, nous n'avons cessé de marcher le pas redoublé jusqu'à ce que le fatal ordre de rentrer dans notre camp est arrivé. Cet ordre a été un coup de poignard pour moi et pour tout le monde. Pour me consoler un peu, j'ai demandé à M. de Chevert la permission d'aller au camp de M. d'Armentières d'où étoit venue l'alerte et qu'on disoit encore en prise avec l'ennemi. Tout étoit aussi fini quand j'y suis arrivé. Je n'ai tiré de mon voyage que le profit de voir les dispositions qui avoient été faites de part et d'autre et n'ont abouti qu'à se retirer

chacun de son côté Ce qu'il vous suffit de savoirest

que ce corps qu'on a pris pour l'avant-garde des ennemis qui marehoient à nous est le même que nous avons déjà voulu attaquer à Halle. N'ayant cru avoir affaire qu'à un simple détachement de douze compagnies de grenadiers qui avoient précédé les campements de la réserve, il a cru pouvoir se montrer, et quand il a aperçu les colonnes de l'armée, il s'est bien vite retiré et a exécuté sa retraite en bon ordre, parce que nous ne l'avons pas poursuivi. Excusez, mon cher père, si je murmure en soldat de voir encore une occasion manquée de tomber sur le corps des Hanovriens ; quand je serai plus instruit, je finirai sûrement jiar respecter la prudence des généraux. Ne montrez, je vous prie, ma lettre à personne, parce que je ne pense ainsi tout haut que vis-à-vis d'un père que j'aime et respecte de toute mon âme (1). »

Gisorsà Bel!c-Is!c, 2'2 juilhn [:U$:'., iv '2î)].

MLIIMIUKS n.V.NS LES iH'lJX ARMÉES 21S

11 y avait en effet du mécontentement dans l'armée française, et le comte de Maillebois ne man(juait pas d'en écrire au mar(|uisde Paulmy (i) ; mais il y en avait tout juste autant dans l'armée hanovrienne ; le duc de Cuniherland n'était pas moins blâmé de n'avoir pas battu les Français que le maréchal d'Estrées de n'avoir pa>^ battu les llanovriens (2). Cependant le maréchal avait sagement fait de ne point hasarder à l'improviste une action partielle, lorsqu'il avait la résolution bien arrêtée de livrer, à son jour et à son heure, une bataille complète et décisive. Ce fut aussi pour cela qu'il donne le lendemain à ses troupes une journée de repos (3).

Dans la matinée du 23, tous les lieutenants généraux furent convoi[ués chez le maréchal : « Messieurs, leur dit-il, je ne vous assemble pas aujourd'hui pour demander s'il faut combattre M. de Cumberland et investir Hamelen, l'honneur des armes du roi, sa volonté, ses ordres ex|)rès, l'intérêt de la cause commune, tout engage à prendre les résolutions les plus fermes. Je ne

(1) Maillebois à Paulmy, 23 juillet [3«(J, n- 119, 17°].

(2) Journal hnnovrien, 22 juillet.

(3) Petit détail de courtoisie noté dans le Journal liunovrien, à la date du 28 juillet : « Tout resta tranquille, et le midi, il arriva un courrier françois accompagné d'un tronipette. Le ministre françois à La Haye, ayant appris (jue le duc de Cumberland cherchoit avec empressement de l'eau de Luce, en Ut part à sa cour, et le roi envoya une cassette, (jui fut accompagnée d'une lettre trôsjolie du maréchal d'Iistrées. » 11 y a en effet du nu*'me jour une lettre du maréchal d'Estrées au manjuis de Paulmy, ainsi conçue : « Aussitôt, monsieur, l'arrivée du courrier qui m'a remis la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du IG de ce mois, j'ai fait passer à M. le duc de Cumberland la bouteille d'eau

de Luce M. de Cumberland a fait doimer cent louis à celui de

mes gens ijui lui a porté la bouteille d'eau de Luce ; l'en ai fait donner cin(iuanle à voire courrier. » [3436, n» 43.]

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