‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 118 sur 277 · POUR LA BATAII.LE DE HASTENBECK · texte numérisé non relu

POUR LA BATAII.LE DE HASTENBECK

la brig^ade d"Eu, commandée par le comte de Lorg^ et détachée du corps du duc de Randan, ((ui, après avoir reçu l'ordre de descendre d'Eimheck sur Bisperode par le g^rand chemin de Hanovre, avait été définitivement rappelé par le maréchal pour augmenter Iti réserve des troupes combattantes. Accru de la sorte, le corps de Chevert était de seize balaillons. Il se mit en mouvement sur une seule colonne, précédé de douze compagnies de grenadiers, auxquels les volontaires de Flandre et de Hainaut servaient eux-mêmes d'éclaireurs. Il y avait, pour tourner l'ennemi avant de le joindre, deux ou trois lieues d'une marche à travers bois, d'autant pluspénibleque chaque bataillon avait à traîner sa pièce de campagne, d'autant moins certaine qu'un brouillard épais remplissait les ravins et les fonds.

Tandis que Chevert cheminait ainsi dans la brume, le maréchal d'Estrées réunissait une dernière fois les lieutenants généraux et leur répétait les instructions qu'il leur avait données la veille, puis chacun regagnait son poste, et les troupes averties par leurs chefs de la manœuvre qui s'accomplissait dans les bois, l'oreille attentive, les yeux tournésvers la montagne encore invisible, attendaient avec impatience, du canon de Chevert, le signal de la bataille. A six heures, la brume s'éclaircit,le canon gronda; mais ce n'était pas celui qu'on souhaitait d'entendre. C'étaient les redoutes hanovriennes qui ouvraient le feu; d'abord les batteries françaises y répondirent h peine, peu à peu elles s'animèrent, puis quand, vers neuf heures, le canon eut enfin retenti du côté de la montagne, elles prirent sur l'artillerie ennemie, par la justesse et la vivacité de leur tir, une écrasante supériorité. Les boulets commençant leur œxiwe dans les

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redoutes mêmes, l'aclievaient en ricochant au milieu des escadrons massés en arrière.

« La cavalerie hessoise, a dit un officier hanovrien témoin oculaire, la cavalerie hessoise a été pendant cinq heures sous une canonnade qui n\a jamais eu sa pareille. Ce n'étoient point des coups de canon, mais un feu approchant de celui d'un bataillon qui tire par division... » Puis, rendant hommage aux artilleurs français, le même témoin ajoute : « Le coup le plus hardi que je leur ai vu faire, c'est de mener presque au galop six pièces de six en plaine, à découvert, et de tirer contre notre canon et contre nos troupes, à la barbe d'une batterie de dix pièces de douze (1). »

Au moment où s'engageait celte terrible canonnade, le corps de M. d'Armentières, qui formait la droite visible de l'armée, s'était ébranlé pour attaquer la gauche de l'ennemi ; mais, soit erreur des guides, soit désir de se rapprocher du corps deChevertqui s'élevait en combattant sur l'autre versant de la montagne, cette colonne, au lieu de longer seulement les bois, y était entrée tout h fait, si bien qu'à son tour elle était devenue invisible et qu'en déviant toujours vers la droite, elle ouvrait dans l'ordre de bataille une brèche par où l'ennemi devait être tenté de s'introduire. Ce faux mouvement reconnu par M. de Maillebois, il proposa au maréchal de fermer immédiatement la brèche en faisant avancer la brigade de Champagne suivie de la brigade suisse de Reding. « Je crois, écrivait Maillebois au marquis de Paulmv, le lendemain, je crois que M. le

(1) Journal hanovrien. — Voir aussi, sur rartilierie, la lettre du duc de Broglie au marquis de Paulmv, du 28 juillet [3-43(5].

ATTAQUE DE LA GRANDE REDOUTE 2l2o

mnrôclial et M. le comte de Gisors peuvent me remercier de cette attention, le premier, parce (jiie réloignement de 31. d'Armentières interverlissoit Tordre général de la bataille et laissoit un grand vide à la droite, le second, parce que je le mis à portée d'une besogne* brillante et qui ne lui a pas coûté cher (1). » Besogne brillante assurément ; M. de Maillebois avait bien raison de la juger telle, car il ne s'agissait de rien de moins que d'enlever la grande redoute, mais non pas à si bon marché ni si facilement qu'il lui plaisait à dire. D'ailleurs il n'en vit rien et n'en put décider par lui-même, puisqu'un moment après avoir donné l'avis qu'on vient de voir, il partit pour aller examiner ce qui se passait au centre et à la gauche, et resta pendant trois heures éloigné de la droite et séparé du maréchal (2). Quand le feu de l'artillerie française eut à peu près éteint celui de la redoute, le régiment de Champagne reçut l'ordre d'y marcher et de s'y établir. Le terrain était difficile, tourmenté, raviné de distance en distance. Les quatre bataillons ne formaient qu'une seule colonne par pelotons, tous les grenadiersà l'avant-garde. Chaque fois que la tête de colonne, entre deux ravins, atteignait le sommet d'un escarpement qui lui donnait quelque vue sur l'ennemi, les canons du régiment, portés à bras, étaient mis en batterie, faisaient deux ou trois décharges pendant que l'infanterie respirait, puis la marche était péniblement reprise. Le marquis d'Anlezy, lieutenant général, qui commandait les brigades de Champagne et de Reding, avait reçu l'assurance que son flanc droit était couvert par les troupes du marquis d'Armcntières.

(1) Maillebois à Pauliny, 27 juillet [3i36, n» 119, 18»j.

(2) Éclaircissements, etc., p. 14.

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