PRISE DE LA GRAÎSDE REDOUTE
Tout à coup, sur la lisière des bois que côtoyait en sécurité le régiment de Champagne, un feu de tirailleurs, vif, rapide, éclate. Surpris, mis en confusion par cette attaque imprévue, les soldats rompent les rangs, les pelotons se mêlent et tous, face aux bois, échangent avec un ennemi qu'ils ne voient point une fusillade désordonnée. Quelques minutes, un temps énorme pour le colonel désespéré, se passe avant que les officiers aient pu arrêter le feu, reformer les rangs, apaiser les hommes. M. de Gisors fait fouiller le bois ; mais l'ennemi, quelque troupe légère sans doute, a déjà disparu. Dès lors on marche avec précaution, des flanqueurs couvrent la colonne. On arrive à portée de la redoute, on fait halte. C'est aux grenadiers qu'appartient l'honneur de donner l'assaut. Ils s'élancent, se jettent dans le fossé, escaladent le parapet, se hissent par les embrasures; ils sont maîtres de la batterie ; mais à peine s'y croientils établis que le prince héréditaire de Brunswick, à la tête des gardes de Wolfenbuttel et d'un bataillon hanovrien, fond sur eux; fusillés à bout portant, assailis à la baïonnette, pressés par le nombre, ils perdent le terrain conquis. Refoulés, non découragés, ils se reforment dans un ravin, et s'efforcent de rentrer dans la redoute en la tournant par la gorge. Mais leurs camarades ne leur en laissent pas le temps. Les fusilliers de Champagne, guidés et animés par leur colonel, se sont élancés à leur tour. Comme les grenadiers, ils ont escaladé la redoute; mais, plus heureux et plus nombreux qu'eux, ils en citassent l'ennemi, la conquièrent définitivement et s'y maintiennent (1). Il en coûtait au
(1) Gisors à Bcllo-Isie, ±2 septembre [3ii0]. — Relation du duc de Cuiiibcrland. — Journal hanovrim.