MANŒUVRES DE DUVERNEY
ratrice; l'autre, le vrai projet, était d'envoyer quarante mille hommes en Westplialie rejoindre et renforcer la grande armée, sous la main d'un seul général qu'on ne nommait pas encore. « L'art d'arranger les dispositions des subsistances qui doivent conduire au faux projet, Duverney s'en charge, disait Duverney luimême, et il en coûtera peu de chose... On n'a besoin de donner connoissance du vrai projet qu'au roi, madame de Pompadour, M. le marquis de Paulmy, M. de Crémille, M. de Montmartel et M. Duverney (1).» On voit que le maréchal de Belle-Isle était formellement exclu du secret, et qu'au 2 juin l'abbé deBernis, le maréchal de Richelieu etMaillebois n'en étaient pas encore. Le 11, M. de Belle-Isle écrivant à son fils au sujet de la nouvelle armée lui disait : « Le roi n'a point encore nommé le général, mais, selon toute apparence, ce sera M. de Richelieu (2). » Il s'agissait bien d'autre chose ; en huit jours Duverney était arrivé à ses fins. Le roi et madame de Pompadour voulaient secourir directement l'impératrice : Duverney proposait d'envoyer au secours de l'impératrice le prince de Soubise; par là il gagnait madame de Pompadour qui favorisait le prince de Soubise, et par madame de Pompadour il gagnait le roi ; par la formation d'une armée pour M. de Soubise, il obtenait la réunion des deux autres, la disgrâce du maréchal d'Estréeset l'élévation du maréchal de Richelieu à sa place.
(1) Projet de conduite à tenir pour pouvoir exécuter, dans le plus grand secret, celui proposé par le mémoire du 29 mai 1757. — Mémoires sur le même sujet, 2 el 9 juin. Correspondance de Duverney et de de Paulmy, 1. 1, n"^ îO, il et 41. [Mss. D. G.]
(2) Beile-Isle à Gisors, 11 juin 17o7 [3432].
COMPLOT CONTRE I.K MARÉCHAL k'eSTRÉES 239
Le il juin, le même jour où le maréchal de Belle- Isle annonçait à son fils, en confidence et comme une primeur, quele duc de Richelieu avait grande chance de commander la nouvelle armée d'Allemagne, voici ce que M. de Paulmy écrivait de sa main à Pàris-Duverney : «Vous verrez, monsieur, par la lettre ci-jointe, que j'ai fait tout ce dont nous sommes convenus hier. Vous voilà autorisé à parler à l'abbé de B.(l), et le roi a déjà dit au maréchal de R. (2) que vous et moi lui dirions au juste de quoi il étoit question, en lui faisant jurer qu'il n'en parleroit à personne. Le roi lui a cité M. de Turenne (3). Tout cela s'est bien passé, et le roi m'a permis de dire que M. de R. commanderoit l'armée qui doit s'assembler sur le Mein, et M. le prince de Soubise un corps séparé qui doit marcher sur le Danube. J'aurai demain avec M. le maréchal de R. une conversation, mais je le renvoierai à apprendre de vous-même le projet en détail et je le rassurerai seulement sur la crainte de n'avoir qu'une petite armée bien inférieure à celle de son cadet (4). Je pourrai du reste convenir avec lui d'un jour où nous irons vous voir et raisonner à fond sur le projet et tous les détails de l'exécution (5)... » Le 26 juin, l'abbé de Bernis, nommé ministre des affaires étrangères à la place de M. Rouillé, venait renforcer le parti du complot dans le Conseil. Cependant le maréchal de Belle-Isle travaillait sérieusement avec M. de Richelieu,
(1) L'abbé de Bernis.
(2) Le maréchal de Richelieu.
(3) Dans la c^errc de Flandre, en 1667, Turenne, épris de madame de Coël(jucn, s'était laissé aller à lui conlier un secret qu'il avait promis à Louis XIV de garder.
(4) Le maréchal d'Estrées.
(5) Correspondance de Duvcrncy et de Paulmy, t. L n" 49 [Mss.]