‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 130 sur 277 · PROTESTATION ÉNERGIQUE · texte numérisé non relu

PROTESTATION ÉNERGIQUE

Tel était le chevalier de Cliabo, caractère énergique, esprit net et droit, avec qui les faux fuyants et les manœuvres n'étaient point de mise, et qui, dans la discussion comme sur le champ de bataille, poussait son adversaire jusqu'à lui faire crier merci. Ses lettres à Duverney valent des réquisitoires. « J'ai été, lui disait-il, dans la surprise, et je n'en reviens pas d'entendre que l'on vous attribue d'avoir blâmé les lenteurs du comte d'Estrées, à vous qui m'avez dit si souvent et écrit, il n'y a pas trop longtemps, de l'engager à aller doucement. Je ne puis le croire, et l'on vous attribue h tort un changement si subit. Au 10 du mois d'août, avoir soumis l'Ost-Frise, toute la Hesse, gagné la plus singulière bataille où, quoique trahi par les siens, il n'a jamais perdu la tête, pris Hamelen, bonne place de second ordre, cent pièces de canon, deux cents milliers de poudre, pris Minden, soumis Hanovre! En un mot, il a gagné la bataille la plus complète, sans presque d'effusion de sang françois; il a chassé l'ennemi hors de son pays, lui a imprimé la plus vive terreur, et jamais bataille gagnée n'a eu de suites plus brillantes : l'on appelle cela à la cour aller trop doucement!... J'aime à m'entretenir avec quelqu'un qui se pique d'être citoyen et homme de guerre. Que je vous rappelle donc nos conversations où tant de fois je vous ai vu frémir sur les difficultés que nous devions éprouver, où vous m'avez si souvent dit de rappeler au maréchal d'Estrées que ce n'étoit qu'en allant doucement qu'on alloit avec certitude. Vous m'avez si bien persuadé, par la grande confiance que j'ai dans vos lumières, que si le maréchal m'avoit demandé conseil, j'aurois cru manquer à la patrie que de lui parler diffé-

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