‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 137 sur 277 · ENTHOUSIASME DE DUMESNIL · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME DE DUMESNIL

diers, se portant partout pour faire ses dispositions sous les coups de fusil, a bien senti que M. le maréchal n'étoit pas homme à assembler un conseil de guerre pour savoir s'il l'attaqueroit ; et effectivement, entre nous, mon cher ami, s'il avoit pris ce parti, je puis vous assurer qu'il n'auroit pas accompli ! i brillante manœuvre qui vient de s'exécuter et qui justifie si bien l'opinion que vous avez de la supériorité de ses talents et de ses vues militaires. » Malheureusement cette glorieuse médaille avait son revers, et c'était du même crayon que l'enthousiaste admirateur du duc de Richelieu ajoutait à son esquisse triomphale ce coin sombre et sinistre : « Il y a d'autres détails très-intéressants dont je vous entretiendrai successivement, et qui demandent de prompts remèdes pour remettre un ton convenable; car, en vérité ce que j'ai appris et même entendu depuis vingtquatre heures fait frémir. Enfin le brigandage est plus fort dans le cœur des gens supérieurs qu'il ne Test dans la conduite du soldat, qui est rempli cependant de bonne volonté pour aller aux coups de fusil, mais point du tout pour être en règle avec la discipline (1).»

Par une singulière rencontre, la cour vit arriver le même jour (2) le maréchal d'Estrées et le duc de Duras, celui-ci de Gloster-Zeven, celui-là d'Aix-la-Chapelle;

(1) Dumcsnil à Duverney, 10 septembre 1757. Correspondance Duverney-Dumesnil, n" 30.

{i) Le 16 septembre à Fonlainebleau.

268 DÉSACCORD EKTRE DLVERNEY

mais l'accueil qu'on leur fit ne fut pas le même ; le premier rencontra d'autant ])lus de froideur qu'on affecta plus d'empressement autour de l'aulre. « M. le maréchal d'Estrées est arrivé ici cette après-dinée à six heures. lia déjà vu 31. le maréchal de Belle-Isle, le roi et madame de Pompadour ; je nomme suivant l'ordrequ'il a misdansses premières visites (1). «C'était M. de Crémille qui, ayant fait cette malveillante remanjue, en donnait part à Duverney;il aurait pu même ajouter que le maréchal ne voulut pas voir le mar([uis de Paulmy. Ainsi, par un jeu du hasard, le souvenir pâli de Hastenbeck et les brillantes nouvelles de Gloster-Zeven venaient de se trouver brusquement en présence. Mais les curieux qui s'en amusaient ne se doutaient pas qu'il y avait dans cet événement, pour les initiés, une coïncidence morale mille fois plus surprenante. Au moment où le succès du maréchal de Richelieu, si glorieux à première vue, paraissait justifier avec éclat l'intrigue qui l'avait misa la place du maréchal d'Estrées, au moment où il semblait que les complices dussent être plus que jamais unis dans ce commun triomphe, ils ne s'entendaient déjà plus. Entre eux s'agitait déjà la discorde vengeresse.

Le problème des subsistances, ce terrible problème qui avait brouillé Duverney avec le maréchal d'Estrées, menaçait de le brouiller avec le duc de Richelieu. Sous l'un comme sous l'autre général l'armée avait peine à vivre, sous le dernier davantage encore, car elle s'éloignait de plus en plus vers des pays de plus en plus in-

(1) Crémille à Duverney, 16 soj)tembre. Correspondance Duverney-Crémille, n° 57.

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