‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 139 sur 277 · DOULEUR DU MARQUIS DE TAULMY · texte numérisé non relu

DOULEUR DU MARQUIS DE TAULMY

tous ceux qui sont à votre armée. J'ai tenu bon tant qu'il n'a été question que d'objets de peu de conséquence, mais je vous avoue que je n'ai pas voulu qu'on me prit à partie sur les marchés de fourrages et sur le plus ou le moins du traitement d'hiver. On s'en tirera, mon ami, comme on voudra (1). » Cette dernière lettre était datée de Plaisance. A un autre de ses confidents il écrivait avec moins d'aigreur : « Ma santé est délabrée au point que je désespère de pouvoir la rétablir... Un pareil état et soixante-quatorze ans font faire des réflexions; j'en ai fait. 11 en est résulté que j'ai renoncé à la suite des objets qui pouvoient trop m'affecter, entre autres à celui de la subsistance des armées dont je ne veux plus du tout me mêler... Je compte me retirer à l'École militaire ou à Plaisance... Je regarderai de ma retraite tout ce qui a rapport aux armées d'un œil de citoyen, car j'en aurai les sentiments jusqu'au dernier soupir (2). »

Le premier atteint par la résolution de Duverney, c'était le moins coupable de tous, pour mieux dire, le seul innocent, car il était la docilité même, le mar([uis de Paulmy. Aussi le vieillard irrité ne pouvait-il bien longtemps tenir rigueur à son pupille. Il consentit, sous le plus grand mystère, à lui continuer, par l'entremise de Grémille, sa précieuse tutelle. On a la date de cette entente. « De vous à moi, lui écrivait Paulmy, le 9 septembre, souvenez-vous de la promesse que vous m'avez faite hier ; vous devez cela à ma tendresse pour vous et à votre ancienne amitié pour mon oncle. »

(1) 5 et 24 septembre. Corresp. Diivornoy-Dumesnil, n<"* 31-33.

(2) Duverney àBernicr, 10 septembre. Pap. Clermont, 1757, l. II, n» U.

PLAIDOYER DE M. DE MAILI.EIÎOIS 271

Et trois jours après : « Je vous remercie de tout mon cœur (le tout ce que vous avez jjien voulu écrire à M. de Crémille... Ce petit commerce me consolera du moins un peu, mais je suis bien embarrassé à en garder le secret que je garde pourtant inviolablement ; car votre amitié pour moi, qui est connue, fait qu'on s'étonne que vous m'abandonniez tout à fait. Je réponds que j'espère vous toucher par la suite ; voilà ce que je dis à madame de Pompadour, qui, après vous avoir fait écrire par M. l'abbé de Bernis, doit vous écrire ellemême fortement pour vous prier de ne pas abandonner les affaires. Il est sûr qu'elles ont bien besoin de vous... Je vous embrasse et vous aime, monsieur, de tout mon cœur (1). »

A l'armée, entre Richelieu, Maillebois et Dumesnil, ce fut une bien autre rumeur. Déjà les deux premiers n'étaient plus aussi étroitement attachés l'un à l'autre. Aussi Maillebois n'essaya-t-il pas de se faire l'avocat du maréchal ; il ne parla que pour lui-même : « Je suis votre ami, écrivait-il à Duverney ; de plus, je vous considère comme un citoyen précieux, comme un homme supérieur et unique, enfin comme un ami cher et nécessaire à un beau-frère que j'aime plus que moi-même ; jugez si je veux rien perdre des sentiments sur lesquels vous m'avez permis de compter (2). » La cause était entendue ; avec de telles raisons, il n'était pas besoin de plaider davantage.

Restait le grand coupable, Riclîelieu. C'était un habile homme, un esprit plein de ressources ; il fut à la

(ly 9 et 12 septembre. Correspondance Duverney-Paulmy, t. II, nos \ et 1-2.

(2) lîi septembre. Correspondance Duvcrney-Maillebois, n« 49.

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