H ÉDUCATION DU COMTE DE G [SORS
en plus sévère ; il lui fit une loi d'être debout tous les jours à quatre heures du matin et il lui défendit les veillées tardives. La marche, la course, le cheval, les armes, tous les exercices du corps devinrent de bonne heure familiers à l'enfant ; c'est pourquoi le président Hénault a dit qu'il avait été élevé comme à Sparte ; mais, pour achever la comparaison, il aurait dû ajouter que l'éducation athénienne ne lui manqua pas davantage. Le comte de Belle-Isle n'avait pas entendu développer le corps de son fils aux dépens de son intelligence. Il voulut le rendre également familier avec les beautés morales des lettres anciennes et des lettres françaises : un homme de goût, de tact et de sens, l'abbé de Mange, fut chargé de l'éducation de son esprit ; le comte et la comtesse de Belle-Isle partagèrent avec le précepteur l'éducation de son âme.
En 1740, la mort de l'empereur Charles YI mit subitement en relief la grande autorité que le comte de Belle-Isle avait insensiblement prise. On ne l'avait encore regardé que comme un militaire d'une rare disinction ; il parut tout d'un coup un homme d'Etat et un politique. Le cardinal de Fleury goûtait ses conseils et songeait, d'après lui, à ruiner la maison d'Autriche. Il s'agissait d'abord d'enlever à la cour de Vienne la couronne impériale ; la guerre devait suivre. Nommé par le roi son ambassadeur auprès de la Diète électorale et maréchal de France (1), le comte de Belle-Isle partit pour l'Allemagne; la comtesse l'y suivit afin de l'assister dans les réceptions magnifiques par
(1) Nommé ambassadeur le 16 dc^cembre 1740, il reçut ses pouvoirs le 25 janvier 1741 ; le 11 février suivant, il fut compris dans une promotion de sepl maréchaux de France.