MOUVEMENT DU ROI DE PRUSSE
laquelle vous me traitez, et jamais il n'y a rien eu de pareil, je le puis dire... M. de Duras m'avoit dit que vous reveniez à moi ; mais votre lettre du 20 m'accable de nouveau et m'outrage en me disant que j'ai contrarié toutes vos idées. J'ai discuté les miennes et tout soumis aux vôtres : voila ce que vous appelez contrarier et contrecarrer... Vous manquez, je crois, à tous les sentiments que je crois mériter de votre part ^1). »
Depuis le commencement de cette dispute, un grave incident était survenu qui n'avait pas peu contribué à l'aigrir. Le i^"" septembre, le prince de Soubise avait écrit d'Erfurtb au ministre de la guerre que Frédéric II, quittant brusquement la Lusace, était arrivé h Dresde avec 25,000 bommes. « Les Saxons, ajoutait le prince, prétendent qu'il viendra nous attaquer ; pour moi, je ne puis croire que le roi de Prusse s'avance jusqu'ici (2) .» S'il n'y pouvait croire, il le craignait fort. Le corps français qu'il avait amené de Strasbourg à Erfurth n'était que de trente-deux bataillons et vingt-deux escadrons avec vingt pièces de campagne; quanta l'armée de l'Empire ou des Cercles, avec laquelle il devait raarcber, manœuvrer et combattre, elle était sans artillerie, presque sans munitions ; elle n'était même pas toute rassemblée encore; et quelle armée! Des contingents appelés de droite et de gauche, protestants, catholiques, se jalousant et se déliant les uns des autres, une cohue dont le général en chef, le prince de Hildburghausen, avouait lui-même au prince de Soubise qu'il craignait la désertion, si elle s'approchait de lar-
(1> 24 et 29 septembre. Correspondance imprimée. (2) [3439, D» 23.]