FAUTES DU DUC DE RICHELIEU
de Closter-Zeven à Halberstadt. « Toute l'armée, écrivaitil h son beau-frère, est enfournée ici, et il y a des régiments qui auront plus de quatre-vingts lieues h faire pour aller dans leurs quartiers d'hiver, si on persiste à en prendre dans l'Ost-Frise et dans le pays de Clève... M. de Bourgade (1) sort de chez moi et m'a demandé, comme de raison, un plan des opérations de M. le maréchal ; je lui ai répondu qu'il ne m'avoit pas dit ses intentions, que je voyois bien tous les plans détruits, mais aucun do fait. Ainsi j'espère qu'on ne m'imputera pas les fautes dans rétablissement des quartiers, s'il y en a (2). » Il est certain que, sous prétexte d'assister M. de Soubise, il n'était pas nécessaire de déplacer de plus de quarante lieues, comme le reprochait à M. de Richelieu le comte de Maillebois, d'accord sur ce point avec le maréchal de Belle-Isle, cent douze bataillons et cent vingt-sept escadrons, et tout cela pour s'épargner le petit chagrin de voir passer dans une autre armée un détachement de ses propres troupes. Cependant, sur l'injonction formelle et réitérée du roi, il fallut bien s'exécuter; encore l'exécution fut-elle incomplète. Au lieu de vingt-quatre escadrons qu'il lui était prescrit d'envoyer h M. de Soubise, le maréchal de Richelieu n'en laissa partir que dix-huit avec vingt bataillons d'infanterie, sous les ordres du duc de Broglie (3). Le détachement se fit donc si tard et de si mauvaise grâce que le maréchal n'eut même pas auprès du roi et de madame
(1) Le munitionnairc général.
(2) Maillebois à Paulmy. Halberstadt, 29 septembre 17S7 [3436, no 149^ 210].
(3) Gisors à Bclie-Is!e, 30 septembre [SUiV. — Maréchal de Belle-Isle au marquis de CastrieSj 6 et 14 octobre [34-41].
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de Pompadour le mérite de ce qu'il nommait hautement son sacrifice (1).
Depuis la disparition du prince Ferdinand de Brunswick, l'armée de Hanovre campait autour de Halberstadt, inactive, d'autant plus sensible à ses misères et portée au mécontentement. « Aujourd'iiui, écrivait M. de Gisors, le 3 octobre, au maréchal de Belle-Isie, nous voyons de loin la neige sur les montagnes, et il grêle dans la plaine. Toute la nuit, le vent a été si fort que je n'ai pu dormir. Il n'y a plus une seule canonnière de soldat qui tienne, pas un officier qui ait ni argent ni volonté... Notre machine absolument détraquée a besoin d'être remontée... Rien de plus fâcheux ((ue d'iiiverner dans un pays aussi rongé que le sont actuellement les bords de l'Elbe... Vous me connoissez assez pour croire que le dégoût général ne me gagne point... Je tiens le régiment autant que je peux alerte et gaillard, mais j'y perds mou latin, et il ne faut pas que vous jugiez des troupes actuelles d'après ce que je vous ai entendu dire qu'elles étoient... Je vous parle vrai et vous cite des f;\its que je ne peux pas croire, d'après les opinions dans lesquelles j'ai été élevé. »
Pour se distraire et pour accomplir en même temps un devoir, le comte de Gisors avait demandé au maré-
(Ij Crémille à Duvcriicy. Versailles, :2oclu]jro. « j'ai vu hier
maflanic de Lauraguais qni me paroîtun peu effarouchée ries rapports qui lui entêté faits; elle croit le mal bien plus grand (|u'i[ ucst. Je lai fort asssurée que notre maréchal n'avoit point d'ennemis déclarés ici, qu'il y avoit bien eu quelques propos leims sur coque le maréchal n'avoit encore envoyé aucun secours à M. de Soubise, mais que sa marche et les dispositions ultérieures qu'il ailoit faire imposeroient silence à tout le monde, parce que ces dispositions sufiiroient, selon les apparences, pour faire repasser l'Elbe au roi de Prusse. » Correspondance Duverney-Créniille, n" 62.