VISITE DU COMTE DE GISOHS
chai de Richelieu la permission d'aller faire sa cour au duc régnant de Brunswick, beau-frère du roi de Prusse, qui était alors retiré au chAteau de Blankenburg, à trois ou quatre lieues de Halberstadt. « Les princes infortunés méritent plus de respect que les autres, écrivait-il à son père, et, en vérilé, c'est un spectacle bien touchant de voir un souverain réfugié sur un rocher d'où il découvre tous ses États en proie au fléau de la guerre et de malheureux sujets qui sont les tristes victimes du mauvais parti qu'il a pris. Nos maraudeurs ont mis le comble à l'amertume de son sort, en allant jusqu'cà Blankenburg, malgré sa garde, piller les habitants du seul village qui lui reste. M. le maréchal, comme vous pouvez croire, a sévi contre eux, mais le mal étoit fait. Le duc m'a très bien reçu, m'a montré beaucoup de regret de ce que je ne m'étois pas arrêté chez lui dans le cours de mes voyages, m'a demandé de vos nouvelles et m'a chargé de vous faire ses compliments. La duchesse (1), après le dîner, n'a pu s'empêcher de m'ouvrir son cœur sur le changement du système de la France. J'ai répondu à ses reproches avec les égards qu'on doit au malheur, mais cependant avec la fermeté qu'il convient d'employer pour faire connoître l'équité et la générosité de son maître. Convenant que le roi de Prusse étoit un ami précieux, un ennemi respectable, j'ai exposé ses torts, je me suis récrié sur la patience du roi qui auroit pardonné des engagements contraires à ses intérêts, si on ne l'avoit pas soupçonné d'en avoir pris de contraires à la bonne foi, et l'ai assurée que le roi auroit garanti son frère d3 tous les dangers qui le me-
(1) Elle élait sœur de Frédé.i; 11.