‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 157 sur 277 · ENTÊTEMENT DE I)UVEP.>*EY · texte numérisé non relu

ENTÊTEMENT DE I)UVEP.>*EY

trouvent de distance en distance ne sont pas susceptibles qu'on y place du canon. Ainsi vous voyez, d'après cela, que ceci n'est pas un poste tenable pendant l'hiver. Il faudroit quinze bataillons, avec lesquels j'aimerois mieux aller livrer bataille dans la plaine que de défendre de pareils murs. Ce que je vous dis, tous les officiers généraux le pensent, et ce que nous sommes de troupes ici ne suffirions pas pour fortifier cette ville comme il conviendroit(i). »

M. de Richelieu partageait absolument l'opinion qu'on vient de voir : nouvelle difficulté entre Duverney et lui, juste au moment où le premier, cédant à l'amitié dont il se disait pénétré pour le maréchal, avait encore une fois consenti à sortir de Plaisance. « 11 a fallu renoncer au repos et reprendre les affaires, écrivait-il à Dumesnil ; mais cela ne sera pas long, parce que sûrement ma santé n'y résistera pas. L'esprit de votre armée, la foiblesse que l'on attribue à votre général pour y établir l'ordre, ses idées sur ses quartiers, l'affiche que l'on ne pourra pas faire le siège de Magdebourg l'année prochaine, m'attirent tous les jours des reproches; ses ennemis triomphent, et tout cela contribue beaucoup à me décourager... En dût-il coûter un million, je voudrois fortifier Halberstadt, y mettre, si cela étoit nécessaire, cent pièces de canon... Le seul appareil de cette disposition seroit capable d'en imposer au roi de Prusse de manière à nous laisser tranquilles pendant le quartier d'hiver. Si l'on n'occupe pas Halberstadt, M. de Soubise ne sauroit prendre ses quartiers dans le bas de la Saala, et nous verrons des ar-

(1) Gisorsà Bellc-Isle, 30 septembre [3440i.

SUR l'importance de halberstadt 297

mées, dont le fonds est de plus de cent quarante mille hommes, culbutées, renversées et mises dans le désordre par une armée de quarante mille (i). » L'opinion, même erronée, de Duverney était une puissance avec laquelle il fallait compter. M. de Richelieu assembla les meilleures têtes du corps royal de l'artillerie et du génie, et leur demanda une consultation sur l'état de Halberstadt. Pour l'améliorer, les docteurs en fortification déclarèrent qu'ils avaient besoin de trois mois et de six mille travailleurs.

L'armée connaissait l'homme qui entretenait les illusions de Pàris-Duverney ; c'était un personnage du nom de Dernier, mi-parti d'ofticier et de munitionnaire, qui était attaché, avec le grade de colonel, h l'état-major du maréchal de Richelieu, mais qui en était constamment détaché pour le service de Duverney, qu'il avait mission de renseigner principalement sur les subsistances, au besoin sur d'autres objets. Par exemple, il lui écrivait: « J'ai toujours gardé le silence sur l'indiscipline de l'armée qui augmente tous les jours ; ce qui se passe est si extraordinaire qu'il faudroit des expressions neuves pour en faire le tableau. Je respecte votre repos; permettez-moi de ne rien dire de plus (2).» Mais il oubliait ou négligeait de lui parler des contributions qui se levaient sur le pays conquis et dont ni la caisse de l'armée ni le trésor royal ne profitaient guère. « Toute l'armée, écrivait M. de Gisors à son père, le jour où il partit de Halberstadt pour Oschersleben, toute l'armée trouve bien dur que pour satisfaire l'avidité de M. Rer-

(t) Corrospondancc Diivernoy-Diinicsnil, 12 ocIuImt, ii" 42. (2) 22 ocloliro. l'ap. Clcriiioiil, IToT. t. II. n» 88.

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