‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 158 sur 277 · MISSION DE M. DE CRÉMILLE · texte numérisé non relu

MISSION DE M. DE CRÉMILLE

nier, protégé de M. Duverney, il faille risquer l'honneur des troupes du roi qui seront très compromises dans celte place, quelque ouvrage qu'on y fasse. Ce M. Dernier qui, en six semaines de temps, a soutiré dix mille francs de Brunswick où il étoit, voudroit bien demeurer en possession de la lieutenance de roi de Halberstadt, et il est bien singulier que M. Duverney, d'après les rapports d'un tel homme, donnant le ton au Conseil du roi, .contredise tout ce que M. le maréchal de Richelieu, M. de Maillebois, les officiers généraux les plus estimables et tout le militaire pensent sur cette matière. Voilà, mon cher père, le cri général que j'ai cru devoir vous rendre dans toute sa force (1). »

Pour décider entre Duverney et l'armée, le gouvernement n'avait imaginé rien de mieux que d'envoyer sur les lieux même un arbitre dont l'opinion ferait loi ; cet arbitre était M. de Crémille. Le maréchal de Belle- Isle en avait donné avis à son fils, <( Le secret que vous me confiez, lui répondait celui-ci, le 19 octobre, humiliera beaucoup certaines personnes qui croient mériter qu'on s'en rapporte à elles, et il (Crémille) finira, je crois, sur les lieux, par être de leur avis sur beaucoup d'articles. » En effet, le maréchal de Richelieu et le comte de Maillebois étaient de la plus méchante humeur ; pour avoir été naguère leur complice, Crémille n'en allait pas moins être un contrôleur et un surveillant de leurs actes ; le seul fait de sa mission leur était profondément désagréable, « Mon Dieu, mon cher ami, écrivait Dumesnil à Duverney, que j'entrevois de choses singulières! Maillebois me paroît outré et le maréchal

(1) 16 octobre [Ul'2].

A l'argile de HANOVRE ^299

ne dit rien ; seulement il m'a dit : « Je serai bien aise « d'être jugé par M. de Crémille, et je serai flatté s'il « approuve mon opinion sur la situation de Halber- (( stadt, ainsi que celle de tous vous autres, messieurs, « et de toute l'armée, » Personne ne croit ici que Grémille vienne simplement, comme il me le mande, pour recevoir les idées du maréchal sur la campagne prochaine... Jugez, mon cher ami, les commentaires que cela va occasionner à des esprits déjà très portés à la criti(iueetà l'improbation (1). « Quant à M. de Crémille, rien n'était moins de son goût que le voyage qu'on lui faisait faire. « Vous me pardonnerez aisément, écrivait-il à Duverney, de n'être pas pressé de partir... Je ne serai que trop tôt le témoin oculaire de mille choses que je voudrois ignorer toute ma vie, et comme je ne vois en moi aucune possibilité d'y faire le bien, je regarderois comme une preuve bien grande de votre amitié, si vous obteniez pour moi un contre-ordre (2). » Bon gré, malgré, il fallut partir. « Notre ami M, de Crémille, écrivait Duverney à Dumesnil, le 23 octobre, est parti ce matin comme les chiens que l'on fouette ; toutes les représentations ont été inutiles; le maître l'a voulu. Je lui ai bien soutenu que votre général le recevroit avec amitié. Vous savez ce qu'il vaut à tous égards; c'est donc votre affaire de préparer les voies (3). »

En attendant une décision sur Halberstadt, le maréchal avait enfin obtenu d'envoyer dans les quartiers d'hiver la plus grande partie des troupes. Le régiment de Champagne était un des derniers à partir ; mais il

(1) 20 octobre. Duverncy-Dumcsnil, n° 48.

(2) Correspondance Duverney Crémille, 11 octobre l".*)", n» G9.

(3) Corresp. Duv.-Duinesnil, n" 47.

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