IRRITATION DU DUC DE RICHELIEU
avait pour destination Zell, et le maréchal de Richelieu avait fait à son colonel la politesse de lui dire qu'il lui avait réservé cette ville comme la meilleure. C'est pourquoi M. de Gisors priait son père de savoir gré au maréchal de ses attentions « dans un moment, ajoutait-il, où je sais qu'il est de fort mauvaise humeur (1). » Ce qu'en savait M, de Gisors n'était que peu de chose. « Ce misérable maréchal de Belle-lsle, écrivait dans ce même temps M. de Richelieu à Duverney, ce misérable maréchal de Belle-lsle, que vous avez par foiblesse empêché d'être pendu (2), me désole au milieu de ce Conseil où l'on ne m'entend point, et je n'essuie que tracasseries. J'aimerois mieux labourer la terre que d'éprouver davantage tout ce qui m'arrive. Ce qui regarde la guerre ne devroit passer que par M. de Paulmy, vous et l'abbé de Bernis (3). »
Cette place que le maréchal de Belle-lsle occupait dans le Conseil et qui lui faisait de si mortels ennemis, le maréchal, s'il n'eût tenu qu'à son fils, ne l'aurait pas gardée davantage. Le duc de Nivernais venait de manquer la charge de premier gentilhomme de la chambre. « Vous avez pu voir par ma lettre h M. de Nivernois, écrivait M. de Gisors, son gendre, au maréchal de Bellelsle, comme je pensois sur la charge qu'il a été en passe d'avoir ; je pense avec la même indifférence, mon cher père, pour tout ce qui ne fera pas votre gloire ou votre repos, et pénétré de la paternité avec laquelle vous vous
(1) Gisors à Bclle-Islc, 23 octobre [Mii].
|2) Allusion au procès de M. de Belle-lsle pendant le ministère du duc de Bourbon.
(3) 30 octobre. — Correspondance (imprimée) du maréchal de Richelieu avec Pàris-Duverney. Londres, 1789, t. II, p. 4.