BATAILLE DE ROSBACH
est mémorable. Elle a été écrite le o novembre, le jour même où le roi de Prusse gagnait la bataille de Rosbach.
On n'a point à faire ici le douloureux détail de cette bataille; mais on ne peut se dispenser d'en noter les suites fatales pour l'armée même oii servait le comte de Gisors. Le 6 novembre, les débris de l'armée vaincue s'étaient séparés en deux groupes, à Freyburg; les Allemands s'éloignaient au sud-ouest, les Français au nord-ouest. « Depuis avant-bier je n'entends plus parler du prince d'Hilburgbausen, écrivait, le 8, M. de Soubise; heureux si je n'avois jamais joint son armée, et encore plus si j'avois su m'opposer avec assez de fermeté à la dernière résolution qu'il a prise (1). » Le comte de Saint-Germain, dont la division placée en réserve avait contenu les Prussiens victorieux, h la fin de cette bataille si imprudemment décidée par le prince allemand et si mal conduite, faisait l'arrière-garde des troupes françaises et couvrait leur retraite. Les Prussiens d'ailleurs avaient déjà cessé de les suivre. Rétablies en Saxe, tout près de l'être en Hanovre, satisfaisantes dans la Prusse royale, d'où les Russes étaient sortis pour hiverner en Pologne, les affaires de Frédéric II souffraient encore en Silésie et en Lusace ; de ce côté, sa présence était nécessaire pour arrêter les progrès des armes autrichiennes. Il y marchait, laissant les Allemands désunis et les Français humiliés. Malheureusement, à mesure qu'elles s'éloignaient du champ de bataille qui leur avait été si funeste, les troupes du prince de Soubise, au lieu de se raffermir, s'abandon-
(1) Soubise à Paulmy, 8 novembre [3443].
DÉSORDIŒ DE LA UETRAITE 313
naieiit de plus en plus à de détestables excès. Le comte de Saint-Germain, l'ofticier estimé, respecté, qui, avec Ghevert, avait conquis par son énergie, sa fermeté, ses talents, le plus d'autorité dans toute l'armée française, ne pouvait plus se faire obéir ni se faire écouter seulement. Son témoignage fait frémir : « Le pays, à trente lieues à la ronde, est saccagé et ruiné comme si le feu y avoit passé ; à peine nos traîneurs et maraudeurs ont-ils laissé exister les maisons... 11 n'y a plus moyen de servir avec de pareilles troupes... Il faut de grands remèdes et couper dans la racine ; si cela ne se fait pas, il faut renoncer à la guerre {i). »
Après s'être avancé au nord-ouest jusqu'à Duderstadt, où le comte de Maillebois était venu s'entendre avec lui, le prince de Soubise reçut de Versailles l'ordre de se rabattre vers le Mein, h travers la Hesse, et de rassembler les débris de son corps à Hanau.
C'était le 6 novembre, au moment où l'armée de Hanovre quittait les environs de Halberstadt pour gagner ses quartiers d'hiver, qu'était parvenue au maréchal de Richelieu la triste nouvelle de Rosbach. Le lendemain, il en recevait une autre pour lui plus grave encore : les Hanovriens s'agitaient aux alentours de Stade ; les postes français, sur les limites convenues à Closter-
(i) Saint-Germain à Diivcrney, 11 et 19 novembre 1757. Corres. pondance (imprimée) du comte de Saint-Germain avec P<àris-Duverney. Londres, 1789, t. I, p. 157 et suivantes.