‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 172 sur 277 · RETOUR A ZELL · texte numérisé non relu

RETOUR A ZELL

assez pour avoir sur les bras toute l'armée du prince Ferdinand; c'était trop pour attendre en vain, l'œil au guet, l'arme prête. Cependant à Uelzen on le croyait enlevé, lui et son détachement. Quand il eut rejoint la colonne de M. de Villemeur, « vous eussiez été attendri, écrivait-il à son père, de voir la joie et l'amitié avec laquelle on me reçut ; tous les officiers du régiment vouloient venir au-devant de moi (4). »

D'Uelzen la marche de la colonne fut dirigée, non plus sur Zell directement, mais sur Gifhorn, pour regagner Zell par la rive gauche de l'Aller. C'était, de par le maréchal inquiet du voisinage de l'ennemi, dix lieues de plus pour les troupes épuisées de fatigue. Tel était le résultat de sa folle équipée; l'ennemi auquel il s^était flatté d'imposer lui imposait à son tour, prenait l'offensive, marchait sur ses talons, et menaçait même de le devancer au passage de l'Aller (2).

Enfin, le 10 décembre, le régiment de Champagne rentrait à Zell. M. de Gisors fut parfaitement reçu et complimenté par le maréchal. « De qui j'ai été mieux

(1) Gisors à Belle-Islc, 1"", 2, 4, 5, 7 décembre [3445].

(2) Gisors à Belle-Isle, 7 décembre 1737: « Les marches de

huit et dix lieues que nous faisons harassent absolument nos troupes. Nous n'en avons pas moins le chagrin dabandonner les plus beaux magasins... Vous pouvez vous ressouvenir, mon cher pérc, de ce que je vous ai prédit en passantrAUer. Dieu veuille que nous en soyons quittes pour être revenus bredouille » [344S, n" 70.]

ATTAQUE DES IIANOVRIENS 331

accueilli encore, disait-il, c'est des habitants de la ville, à qui on a mandé de Lunebourglebon ordre que j'avois fait observer par mon arrière-garde, et que la conservation decettevillem'étoitabsolumentdue(l).))G'étaitau tour de Zell de passer par les terreurs de la guerre. On croyait que le prince Ferdinand, n'ayant pu gagner les Français de vitesse, s'était replié probablement à Lunebourg, sinon à Stade, et pour le moins à Uelzen. Tout à coup, dans la matinée du 12 décembre, les volontaires de Hainaut qui étaient campés en avant de Zell, sur la rive droite de l'Aller, furent assaillis par un corps hanovrien (ju'on n'évaluait pas à moins de trois mille hommes. Malgré les troupes de soutien qui leur furent envoyées, les volontaires ne purent conserver leur poste, mais ils se replièrent lentement sur Zell en tiraillant; la fusillade dura tout le jour; vers le soir, le canon gronda du côté des Hanovriens. Évidemment le prince Ferdinand était plus proche qu'on ne se l'imaginait. Des aides de camp, des officiers d'état-major furent dépêchés vers tous les quartiers du haut et du bas Aller, de l'Ocker même, pour en ramener à marches forcées les troupes. « Si l'ennemi se présentoit, écrivait, le 12 à dix heures du soir, M. de Crémille au ministre de la guerre, tout ce que je vois que M. le maréchal puisse rassembler demain se réduit à moins de cinquante bataillons très foibles, et à une quarantaine d'escadrons qui ne sont guère plus forts. »

Le comte de Gisors avait été au feu pendant toute cette journée; il commandait quatorze compagnies de grenadiers qui avaient marché au secours des volon-

(1) Gisors àBellc-Isle, 11 décembre 17o7[3415J.

Page 1