‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 174 sur 277 · HÉSITATIONS DU DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DU DUC DE RICHELIEU

parut enfin, mais pour ajouter à l'anxiété générale, en éclairant la mauvaise disposition de l'armée.

Déjà le maréchal, fort inquiet lui-même et pressé par plusieurs officiers généraux de chercher un meilleur poste en arrière, s'était déterminé à reculer de quatre lieues, jusqu'à Burgdorf, sur le chemin de Hanovre. En vain M. de Crémille avait protesté contre cette marche rétrograde, humiliante et désastreuse, car il fallait abandonner dans Zell douze cents malades, de l'artillerie, des munitions, des magasins, en un mot tout l'approvisionnement du quartier d'hiver. Une reconnaissance d'état-major eut plus de succès que la protestation de M. de Crémille. Il se trouva qu'avant de déboucher à Burgdorf, il aurait fallu pendant une demi-lieue défiler sur une seule colonne entre des marais. Quand cette circonstance fut connue, il était déjà trop tard pour que l'armée eût pu achever avant la nuit sa retraite ; d'un autre côté six nouveaux bataillons arrivaient à Zell; dix autres et six escadrons devaient arriver le lendemain ; enfin l'ennemi demeurait tranquille. M. de Crémille revint à la charge ; la plupart des officiers généraux, ou fidèles ou convertis à son opinion, le soutinrent, et le maréchal de Richelieu finit par consentir à rester. Le soir même, M. de Crémille écrivait au ministre de la guerre : « Je vous exprimerois difficilement, monseigneur, la joie que j'ai ressentie du parti noble et décent que M. le maréchal vient de prendre (1). »

Malheureusement, les hésitations de cette journée du 14 n'avaient pas été tenues assez secrètes. « Notre

(1) Il va sans dire que le maréchal se fit de même auprès du ministre le plus grand îionneur de sa résolution. Voir sa lettre du 15 décembre [3445].

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